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Enquête
La vente en vrac s’invite dans les épiceries de nos campagnes

Les magasins offrant des produits sans emballage se développent aussi en zones rurales. Ils encouragent une consommation durable tout en favorisant le lien social et en soutenant les producteurs locaux.

La vente en vrac s’invite dans les épiceries de nos campagnes

Dans la coquette épicerie d’Enney (FR), les ouvriers qui viennent chercher leurs dix-heures côtoient la grand-maman qui réserve chaque jour son pain et des clientes s’approvisionnant en graines de chia et légumes bios. Depuis un an et demi, Clément Castella tient l’épicerie de ce petit village de 500 habitants. Il y vend des produits en vrac, bios, Demeter et locaux, en plus d’un petit rayon traditionnel. «Je ne me serais pas installé ailleurs, souligne l’économiste de formation. J’ai grandi ici. Je connais tout le monde. J’ai voulu sauver le magasin du village, mais en y servant les aliments auxquels je crois. Et ça marche! Les habitants représentent 40% de ma clientèle, les autres viennent de plus loin, séduits par le concept.»
Dans les campagnes romandes, on trouve de plus en plus d’épiceries qui vendent des denrées qui ne sont pas préemballées. Elles surfent sur la vague du zéro déchet et de la consommation durable, mais pas seulement. La coopérative Les Enfants de la Terre, au Val-de- Ruz (NE), cherche actuellement des fonds. À Neyruz (FR), Cap sur le Vrac vient d’ouvrir ses portes. Tous deux ont fait le pari de lancer un nouveau commerce en zone rurale. D’autres optent plutôt pour la reconversion. C’est le cas de l’épicerie de La Sagne (NE): «Réorienter le Mag à Zaza vers le vrac et les produits régionaux tout en gardant ce qui était proposé, c’était l’option de la dernière chance», témoigne Isabelle Hugi. À Échallens (VD), l’épicerie Obio a aussi opéré ce virage pour prendre un nouvel élan et éviter la fermeture.

Soigner ses clients
«C’est un peu une surprise, mais nous constatons que nos magasins prennent plus vite leur essor en campagne alors qu’on était convaincus que dans les villes, c’était trendy!» À l’origine des épiceries bio-vrac franchisées Chez Mamie, Olivier Richard peut en effet comparer la situation de ses dix établissements: «Selon moi, le succès de Chez Mamie à Corcelles-Cormondrèche (NE) ou au Châble (VS) tient au fait que les gens y ont plus de temps pour faire leurs achats qu’à Zurich.» Un point de vue partagé par le Fribourgeois Clément Castella. «J’ai baptisé mon épicerie La Sieste, car ici on prend son temps; pour remplir ses contenants, certes, mais aussi pour discuter et cultiver la convivialité. Ma valeur ajoutée, c’est ma proximité, tant avec mes fournisseurs qu’avec mes clients.» Tous ces établissements revendiquent l’importance du lien social, de l’échange, du service personnalisé. Ateliers de cuisine ou coin café complètent l’offre. Ce qui est d’autant plus important car dans certains villages, les établissements publics se font rares. Il est aussi intéressant de constater que l’achat de produits non emballés est resté familier pour beaucoup de clients âgés habitués à fréquenter les laiteries, fromageries ou boucheries locales où l’on pratiquait traditionnellement la vente à la coupe. Cette population, parfois peu mobile, côtoie ainsi une clientèle plus jeune prête à faire plusieurs kilomètres pour se fournir en produits bios ou en pain au levain.

Convaincre sans moraliser
Si la convivialité et le service sont une manière de se distinguer de la grande distribution, il n’en reste pas moins que ces commerces doivent avant tout être rentables pour durer. Porte-parole de la coopérative Les Enfants de la Terre au Val-de-Ruz, Michel Faragalli est conscient du défi. «Le bassin de population est assez grand, mais nous allons devoir créer notre clientèle, convaincre les gens de l’intérêt du sans-emballage, du bio et de la pertinence de nos prix. Nos horaires seront standards afin d’offrir une vraie alternative aux supermarchés, même si nous sommes bien conscients que nous ferons aussi office de dépanneur.»
En campagne plus qu’en ville, il en faut pour tout le monde, pas que pour les convertis. «J’ai conservé quelques rayonnages avec des produits classiques, parce qu’on a tous parfois envie de chips au paprika! lance Clément Castella. Même si je suis convaincu par le zéro déchet et l’alimentation saine, j’évite de faire de la propagande ou de culpabiliser les gens s’ils viennent chercher des œufs avec un emballage vide provenant d’un des deux géants orange.»
Assurer sa viabilité économique et celle de ses fournisseurs, cultiver les liens sociaux et réduire les déchets pour des raisons environnementales: ces magasins spécialisés dans la vente en vrac ont toutes les cartes en main pour être durables. «Cela me touche beaucoup de voir chez mes clients une réelle prise de conscience et la volonté de changer leurs habitudes», se réjouit Michel Baeriswyl, gérant de l’épicerie challensoise Obio. Aux consommateurs de jouer le jeu.

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): Jean-Paul Guinnard

Important réseau

«Lorsque j’ai passé au vrac, on m’a recommandé de créer une page sur ­Facebook pour me faire connaître auprès des gens du dehors, sensibles au concept zéro déchet et au bio», précise Isabelle Hugi, gérante du magasin de La Sagne (NE). Clément Castella, d’Enney, est aussi très actif dans le but de créer une vraie communauté. Une présence sur les réseaux sociaux aide à renforcer la visibilité. Le financement participatif de ces structures permet aussi d’augmenter la notoriété d’un lieu, parfois isolé géographiquement, dès la recherche de fonds qui dure plusieurs mois. Ce mode de financement permet la création d’une petite communauté de soutien. Ces dernières peuvent se regrouper en association ou simplement former une future clientèle de base, indispensable à la survie économique du commerce.

Questions à...

Barbara Pfenniger, responsable alimentation à la Fédération romande des consommateurs (FRC)

L’essor des épiceries spécialisées dans le vrac se poursuit hors des centres urbains. Y a-t-il de l’avenir en campagne pour ce mode de consommation?
Ces magasins proposent une offre complémentaire aux artisans boulangers, fromagers et bouchers et aux marchés paysans traditionnels. Authenticité, transparence et durabilité sont des arguments qui touchent les consommateurs recherchant une alternative aux produits de masse. Les nouvelles épiceries comblent ces attentes en offrant des produits de proximité, équitables et peu transformés. Pour être proches du public, les heures d’ouverture doivent toutefois être adaptées aux besoins de cette population.

Ces épiceries de village ont-elles d’autres vocations que le zéro déchet?
Au-delà du zéro déchet et de la possibilité d’acheter exactement la quantité nécessaire, beaucoup de ces épiceries veulent offrir un modèle de consommation complémentaire aux achats au supermarché, par le choix de l’assortiment et par le dialogue avec et entre les clients. Ce rôle social de plate-forme d’échange d’idées et de recettes est une plus-value intéressante pour les consommateurs. Elles soutiennent aussi l’économie locale en s’approvisionnant auprès de producteurs locaux.

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