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Coronavirus
La vente en ligne de produits locaux cartonne

Les commandes sur les plateformes de distribution romandes ont plus que triplé avec la crise du coronavirus. Si la plupart parviennent à assurer les livraisons, d’autres limitent la clientèle, car certains producteurs peinent à suivre.

La vente en ligne de produits locaux cartonne

Il est 7 h du matin et tous les collaborateurs de Farmy sont déjà sur le front, à la centrale de distribution de Prilly (VD). Depuis la mise en place de mesures de lutte contre le coronavirus par le Conseil fédéral – impliquant le confinement d’une grande partie de la population –, les commandes sur le site de vente de produits locaux ont plus que triplé et le délai d’attente dépasse un mois. «Nous venons une heure plus tôt que d’habitude pour gérer les achats, emballer les denrées et les livrer en temps et en heure. De nombreux coursiers ont été mobilisés et l’équipe informatique travaille d’arrache-pied pour éviter tout problème de surcharge du site, explique Chiara Eckenschwiller, directrice du marketing de la plateforme en Suisse romande. Mais surtout, ce qui permet à la chaîne d’approvisionnement de continuer à fonctionner, c’est le précieux travail de nos producteurs régionaux.»
Justement, trente kilomètres plus loin, le maraîcher Gilles Roch, du domaine des Biolettes, à Ballens (VD), s’affaire à préparer des dizaines de palettes de pommes de terre, oignons, carottes, céleris et betteraves. Comme chaque matin du lundi au vendredi, un employé de Farmy a garé sa camionnette devant chez lui afin de charger les légumes, qui seront distribués dans tout le pays. «C’est deux fois plus qu’en temps normal! Comme il n’y a plus de marchés, cela me permet d’écouler une partie de ma marchandise. Pour l’instant, j’arrive à fournir tous les clients en puisant dans mes stocks. Par contre, je n’ai plus le temps de travailler aux champs. J’espère que cette crise ne durera pas trop longtemps…»

Un défi logistique
Dans toute la Suisse, la vente alimentaire par internet connaît un essor sans précédent. Alors que Migros a modifié le fonctionnement de son marché en ligne pour réguler les nombreuses commandes – chaque utilisateur n’a désormais droit qu’à dix minutes pour faire ses courses sur ­LeShop.ch – les responsables des plateformes de distribution de produits locaux ne savent plus où donner de la tête. «C’est vertigineux, confesse Hélène Bourdy, responsable administrative chez Espace Terroir, société d’e-commerce active dans la région genevoise. Les ventes se sont multipliées par quatre et il y a environ 1000 livraisons par semaine, dont la plupart dépassent les 200 francs. Ça ne s’arrête pas! Nous avons dû engager dix personnes supplémentaires, notamment pour la livraison et le conditionnement.»
Du côté de Terre vaudoise, l’heure est au pragmatisme. «Nous nous sommes improvisés logisticiens en quelques heures. Jusqu’à présent, notre boutique en ligne était très peu fréquentée. Là, les volumes commandés sont monstrueux», lâche ­Suzanne Gabriel, directrice du magasin lausannois. Grâce à une collaboration avec Vélocité, service de livraison à deux-roues, les colis arrivent tout de même à bon port en 48 heures. Une ligne téléphonique a aussi été mise en place pour ceux qui n’ont pas de connexion internet. «Les légumes, le pain et les produits laitiers sont très demandés, mais il y en a pour tout le monde.»
À Rolle (VD), Nicolas Giroud, directeur de VitaVerDura, ne peut pas en dire autant. Depuis plus d’une semaine, la plateforme fondée en 2011 – qui livre dans toute la Suisse romande – n’accepte plus de nouveau client. «Nous avons choisi de donner la priorité aux habitués. Les producteurs avec lesquels nous travaillons n’arrivent plus à suivre l’explosion de la demande.» Étienne Clerc, de la Ferme des Collines, à Moiry (VD), confirme. «C’est un véritable tsunami! On m’a demandé deux fois plus d’œufs, mais mes poules ne pondent qu’une fois par jour. Je ne peux pas aller plus vite que la nature. La hausse a été trop soudaine, je n’ai pas eu le temps de m’adapter.»
Pour d’autres exploitants, la fermeture des frontières a également eu un impact sur les capacités de production. «Des ouvriers étrangers n’ont pas pu entrer en Suisse ou ont préféré rester auprès de leur famille, ce qui pèse sur les récoltes, observe Nicolas Giroud. Malgré tout, les affaires marchent et il y a un bel élan de solidarité. Une dizaine de clients se sont même portés volontaires pour nous aider à livrer les colis. Du jamais vu!»

S’adapter, le maître mot
Chez Label bleu, épicerie en ligne basée à Neuchâtel, c’est un autre problème qui a poussé son fondateur à réguler la clientèle: le manque de place pour stocker les marchandises en chambre froide. «Désormais, nous demandons à chaque nouvel utilisateur de remplir un formulaire avec son âge et son état de santé. Ceux qui ne sont pas prioritaires sont redirigés vers notre service de paniers de fruits et légumes standards, plus simples à préparer», déclare Michaël Dusong. Espère-t-il, à terme, fidéliser une partie de cette clientèle? «Bien sûr! Pour cela, il faut continuer à assurer un service efficace et garantir la fraîcheur des produits locaux. J’espère que les différentes plateformes joueront aussi le jeu. C’est le moment de montrer aux consommateurs la qualité et la valeur du terroir.»

Texte(s): Lila Erard
Photo(s): Keystone

Livraisons en toute précaution

Parmi la nouvelle clientèle séduite par les sites de vente en ligne, les personnes âgées ou en quarantaine sont nombreuses. Pour assurer un service en toute sécurité, les coursiers appliquent des règles d’hygiène strictes. La procédure est millimétrée: ils déposent le colis devant la porte, sonnent puis reculent de cinq pas – ou s’en vont, si les clients en ont fait la demande au préalable via un formulaire, comme sur farmy.ch. Masques et gants sont aussi utilisés et les horaires de travail dans les centres de distribution ont été adaptés, pour limiter les contacts entre les collaborateurs.

Boom des paniers de légumes

Si la demande de paniers de la part des entreprises a diminué ces dernières semaines – le télétravail s’étant généralisé –, elle a largement été compensée par celle des particuliers. Au Marché Cuendet, à Bremblens (VD), les commandes se sont multipliées par cinq. «C’est énorme! Il a fallu repenser toute notre organisation. Nous apprenons un nouveau métier», témoigne Mathieu Cuendet. De nouveaux points de vente ont été ouverts, dont trois à Épalinges (VD), sur demande de 80 familles qui se sont coordonnées via WhatsApp. «Nous déposons les paniers dans un jardin ou un garage mis à disposition par des volontaires et les clients viennent les récupérer ensuite», détaille le maraîcher. Ailleurs en Suisse, d’autres acteurs se sont mis à proposer ce service pour écouler leur marchandise à la suite de la fermeture des marchés et des restaurants, comme Marolf Production, à La Neuveville (BE). Sur la plateforme VitaVerDura, des paniers solidaires contenant des produits locaux et une bouteille de blanc – destinés à être envoyés à des proches âgés ou malades – ont également connu un grand succès et se sont vendus jusqu’en Suisse alémanique.

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