Décryptage
La stratégie nationale de réduction des antibiotiques porte ses fruits

Les dernières données analysées montrent une diminution du recours aux antibiotiques en santé animale. Mais la problématique des résistances reste d’actualité et exige de ne pas relâcher les efforts.

La stratégie nationale de réduction des antibiotiques porte ses fruits

Depuis dix ans, un programme national a été mis en place, afin de lutter contre l’augmentation du nombre d’infections par des bactéries résistantes aux antibiotiques. Baptisé Stratégie Antibiorésistance Suisse (StAR), il vise à préserver l’efficacité des médicaments, que cela soit en santé humaine ou animale, toutes deux étant étroitement liées. Un rapport publié fin 2020 tire le
bilan des mesures mises en place. «En médecine vétérinaire, la diminution constante du recours aux antibiotiques constitue un réel succès, en particulier la baisse des antibiotiques critiques, se réjouit Katharina Stärk, responsable de la division santé animale de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires. En dix ans, leur utilisation a ainsi reculé de moitié.»

Préserver la santé animale
Ce ralentissement est d’autant plus spectaculaire que, en médecine humaine, la consommation est restée stable durant la même période. Or, plus des bactéries sont exposées à ces médicaments, plus le risque augmente de voir des résistances se développer. L’un des principaux axes de prévention consiste donc à réduire autant que possible leur utilisation, sans pour autant prétériter la santé animale. Producteurs de lait, engraisseurs de veaux et de bovins, éleveurs de porcs ou de volailles: tous sont concernés par cet effort. «Il est important que celui-ci soit poursuivi dans la même mesure que jusqu’à présent, souligne Christian Hofer, directeur de l’Office fédéral de l’agriculture. Les professionnels de la branche ont tout intérêt à avoir des animaux en bonne santé, tout en employant le moins d’antibiotiques possible pour parvenir à ce résultat.» Si la consommation d’antibiotiques baisse, le rapport met en avant des résultats plus mitigés au niveau de l’évolution des résistances. Or l’antibiorésistance sur des bactéries à caractère zoonotiques (qui peuvent se transmettre de l’animal à l’être humain) est particulièrement importante. Un point délicat est l’abattage des animaux, au cours duquel des bactéries peuvent contaminer la viande fraîche. Les prélèvements effectués chez des porcs d’engraissement ont ainsi montré en dix ans une progression de 2 à 52,8% de staphylocoques dorés résistants à la méticilline. Néanmoins, la plupart des infections bactériennes d’origine alimentaire sont provoquées par des bactéries du genre Campylobacter; alors que leur résistance aux fluoroquinolones dans la viande de volaille était en constante augmentation depuis quelques années, une diminution significative a été observée pour la première fois en 2018.

Tendance stabilisée
Même constat en ce qui concerne les bactéries E. coli présentes dans les intestins des veaux de boucherie, ainsi que des poulets et porcs d’engraissement: la tendance à la hausse des résistances contre divers antibiotiques observée jusqu’en 2014 s’est largement stabilisée depuis. «Les mesures de prévention en matière de santé animale visant à réduire et cibler l’usage des antibiotiques jouent un rôle central pour lutter contre l’émergence de résistances», observe Katharina Stärk.

Évolution pratique
Certains changements de pratique ont contribué à améliorer la situation, telle la baisse draconienne du recours aux prémélanges médicamenteux – des antibiotiques mélangés à la ration alimentaire – auparavant largement utilisés en élevage. Le tarissement sélectif des vaches laitières, sans recours systématique aux antibiotiques, en est un autre exemple. Plusieurs projets en cours s’inscrivent dans cette stratégie. À Fribourg, ReLait, qui concerne les exploitations laitières, montre de premiers résultats encourageants (voir encadré ci-dessous). Au niveau national, le projet «Des onglons sains – De bon pied vers l’avenir», lancé en 2019, a notamment pour objectif d’atteindre une réduction des antibiotiques de 15% dans le traitement des onglons d’ici à fin 2024. «Améliorer la santé des onglons a un impact positif sur la santé générale du ruminant et réduit les pathologies associées, telles les mammites», observe Maria Welham Ruiters, responsable du projet au Service sanitaire bovin. Enfin, le Programme «santé des porcs Plus» vise à quantifier puis réduire l’usage d’antibiotiques. «Seuls des efforts impliquant tous les acteurs de la branche, de la production au commerce de détail en passant par les vétérinaires, les scientifiques et les autorités, sont prometteurs à long terme», conclut Christian Hofer.

 

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): DR

En chiffres

La StAR, c’est…

  • Une diminution de 50% depuis 2016 de l’utilisation des molécules critiques en santé animale, de première importance pour la santé humaine.
  • 52% de réduction de l’usage des antibiotiques constatés depuis 2010.
  • 30‘108 kg d’antibiotiques vétérinaires vendus en 2019.

Questions à...

Jean-Charles Philipona, responsable du secteur production animale à l’

Voilà trois ans que le projet fribourgeois ReLait, qui vise une diminution des antibiotiques administrés au bétail laitier, a été mis en place. Quels sont les premiers résultats?
Les substances actives dites critiques, de grande importance en médecine humaine, ont été considérablement réduites, tout comme les antibiotiques systémiques, en particulier lors d’infections de la mamelle et de la matrice. Et la santé des animaux, la qualité et le volume de la production laitière ont malgré tout été maintenus. De manière générale, les exploitations ayant le plus recours aux antibiotiques ont bien réussi à diminuer les traitements.

Concrètement, quelles mesures ont-elles été mises en place?
Nous avons proposé aux producteurs 17 stratégies touchant à la santé des veaux d’élevage, de la mamelle et de la matrice, domaines où la production laitière utilise le plus d’antibiotiques. L’accent a été mis sur l’hygiène des litières, les méthodes de tarissement ou l’abreuvage des veaux. Rien de neuf, mais le suivi des exploitations a amélioré la mise en pratique. Pour garantir la bonne santé du troupeau, il faut voir l’exploitation dans son ensemble, alimentation et architecture comprises.

ReLait se poursuit-il?
Plus de 150 producteurs y participent désormais, soit environ 10% du total du canton. On a constaté qu’il est important de bien les superviser et les soutenir, car la mise en pratique a tendance à se relâcher au fil des mois. Nous allons aussi nous pencher sur l’aspect socioéconomique d’une telle stratégie. De simple initiative cantonale, ce projet lancé en janvier 2017 a pris une importance nationale, grâce au soutien financier de la Confédération et à un partenariat avec la Faculté vétérinaire de l’Université de Berne Vetsuisse.