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décryptage
La sonde de suivi de température, incontournable arme de lutte antigel

L’hiver 2019-2020 aura été particulièrement clément. Dans les vergers, on s’inquiète déjà des retours de froid printaniers et on s’équipe pour suivre l’évolution des températures aussi précisément que possible.

La sonde de suivi de température, incontournable arme de lutte antigel

La Suisse a connu son hiver le plus doux depuis le début des mesures en 1864. De décembre à février, la moyenne nationale des températures a été de 0,7°C, soit presque 3°C au-dessus de la norme 1981-2010. Résultat: malgré un début de mois de mars plus frais, le retour en végétation est plutôt précoce cette année, en particulier dans certaines régions. En Valais, les abricotiers ont ainsi largement entamé leur floraison et les producteurs sont d’ores et déjà sur le pied de guerre pour résister aux gelées nocturnes qui pourraient amoindrir le potentiel de récolte. «On sait qu’avec le réchauffement climatique, on va vers des hivers plus doux et donc vers une végétation qui s’expose davantage aux gels tardifs. Une lutte efficace est devenue incontournable dans notre métier», confie Jean-Stéphane Dorsaz, qui exploite avec son père un domaine arboricole à Fully (VS). Comme chez la majorité des arboriculteurs situés en plaine, leur verger d’abricotiers est équipé d’asperseurs mis en route lorsque les températures descendent sous la barre du 0°C. «La lutte contre le gel par aspersion est tout un art. Si on veut qu’elle soit utile, il est nécessaire de connaître au dixième de degré près la température et l’hygrométrie. Une erreur infime et l’eau aspergée fera plus de casse qu’autre chose», précise-t-il encore.

Nouveauté sur le marché
En plus d’être membre du système ­Intrantscope proposé par l’Interprofession des fruits et légumes valaisans depuis 2014 (voir encadré ci-dessous), le jeune producteur a investi l’an passé dans un dispositif novateur de surveillance des températures. Développés par l’entreprise romande Koalasense, des capteurs autonomes et sans fil permettent de suivre en temps réel, parcelle par parcelle, l’évolution des températures au verger, dans les vignes, mais aussi sous les tunnels de fraises et de framboises (voir ci-contre). «Nos capteurs ne sont pas équipés de carte SIM, mais communiquent via des ondes radio longue distance avec une antenne Swisscom, explique Nicolas Gugger, l’un des fondateurs de la start-up. Simple et largement éprouvée, cette technologie des ondes basse fréquence autorise un échange de données dans les emplacements difficiles d’accès, dépourvus de réseaux cellulaire et électrique.» Outre qu’il se passe de la 4G, le système Koalasense a par ailleurs été conçu sur des technologies basse consommation lui conférant une autonomie de deux à quatre ans.
Les données transmises par ces petits boîtiers, conçus pour s’accrocher aux arbres ou à la structure du verger tels des koalas, offrent un suivi extrêmement précis de l’évolution des paramètres climatiques dans les différentes parcelles. Pour cela, les producteurs n’ont qu’à télécharger préalablement une application sur leur mobile puis à configurer alarmes et seuils d’alerte.

Gain de précision
De quoi convaincre une cinquantaine de producteurs romands, qui se sont aujourd’hui équipés de boîtiers Koalasense. «Grâce à ce dispositif, j’évite d’être tributaire d’une sonde placée chez un collègue, témoigne Pierre Dorsaz, arboriculteur et vigneron à Charrat (VS) à l’enseigne de la Cave Les Collines. L’information transmise par cette dernière peut en effet être biaisée dans la mesure où notre parcelle en est éloignée. Et il suffit qu’un collègue commence à lutter en aspergeant ses arbres pour que cela influe sur la température de la sonde et fausse l’information.»
«Au final, les informations provenant des boîtiers Koala et du réseau de sondes Intranscope se complètent parfaitement, résume Jean-Stéphane Dorsaz. Pour nous, c’est une double sécurité. Un investissement nécessaire, car c’est le revenu de l’exploitation qui est en jeu!»
Outre un gain en précision et en confort d’utilisation, le dispositif Koalasense présente également un coût moins élevé qu’une station météo standard. «Un boîtier ne coûte que 350 francs, précise Nicolas Gugger. Un producteur peut donc facilement en acquérir plusieurs et les disposer dans chaque parcelle sensible au gel de printemps.»
+ D’infos www.koalasense.ch

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller

Bon à savoir

Jean-Stéphane Dorsaz exploite ses quatre boîtiers Koalasense de la mi-mars jusqu’à l’automne: «Une fois les saints de glace passés, je les installe dans mes tunnels de fraisiers et de framboisiers.» Placés à hauteur des plants, les appareils surveillent non plus les baisses, mais les hausses de température. «Le feuillage est très sensible à la chaleur. Une trop forte évapotranspiration peut retarder la mise à fruit et diminuer le rendement.» Or les fraises sont attendues de pied ferme sur le marché dès le début du mois de juin. «Je parviens ainsi à être particulièrement réactif pour ouvrir les tunnels, créer un courant d’air ou de l’ombre grâce à une bâche», note le producteur. «Nos boîtiers ont de multiples usages, confirme Nicolas Gugger. On peut aussi s’en servir pour le suivi du stockage en chambre froide.»

Questions à...

Olivier Borgeat, directeur de l’Interprofession des fruits et légumes du Valais (IFELV)

Comment fonctionne le réseau Intrantscope?
Voilà six ans que l’IFELV a mis sur pied ce réseau qui compte aujourd’hui 82 stations entre Saint-Maurice et Salquenen et couvre 1800 hectares, soit 90% du verger fruitier de la plaine du Rhône. Il fonctionne sur le réseau 3G et fournit à nos 98 abonnés, essentiellement des arboriculteurs, de nombreuses données comme les températures (humides et sèches), l’hygrométrie, la pression atmosphérique, etc. Le prix de l’abonnement annuel est de 430 francs, auxquels il faut ajouter les 1500 francs d’investissement initial.

Qui décide de l’emplacement des sondes?
En fonction des demandes des producteurs, évaluées par une commission ad hoc de l’IFELV, nous avons régulièrement ajouté de nouvelles sondes au réseau ou modifié l’emplacement de certaines d’entre elles. Nous prenons soin d’optimiser Intrantscope en le densifiant à certains endroits, comme entre Riddes et Saxon. En 2018, on a investi 110 000 francs pour le remettre à jour en l’équipant de nouvelles batteries et de nouveaux capteurs et ainsi lui conférer le surcroît de précision souhaité par les arboriculteurs.

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