«La génomique? Un outil pour les éleveurs, au service de leur art»

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«La génomique? Un outil pour les éleveurs, au service de leur art»

De passage en Suisse, le Québécois Vincent Landry, spécialiste de l'insémination bovine, a donné une conférence sur l’intérêt de la génomique dans la sélection. Cette technique, généralisée en Amérique du Nord, est en passe de révolutionner le monde de l’élevage laitier.

«La génomique? Un outil pour les éleveurs, au service de leur art»

Voilà sept ans que la génomique est utilisée systématiquement dans les processus de sélection de taureaux des centres de sélection nord-américains. Concrètement, qu’est ce que les éleveurs laitiers canadiens ont gagné avec l’avènement de cette technique?

➤ Depuis deux ans, on remarque une amélioration au niveau de la productivité des vaches. Un taux de cellules somatiques moyen plus bas traduit clairement une amélioration de la santé des mamelles. On progresse également au niveau des performances en matière de reproduction. Enfin, en accélérant le processus global de sélection, la génomique va nous permettre de régler notre principal problématique, à savoir, une très faible longévité des animaux, qui ne dépasse pas en moyenne quatre ans et un mois.

La fiabilité de cette technique soulève encore des questions. Quel niveau de sécurité atteint-on aujourd’hui?

➤ On l’estime désormais à 60 ou 70 %. Auparavant, avec le système de sélection traditionnel des taureaux, il était situé entre 30 et 40 %. On est donc aujourd’hui deux fois plus précis. Désormais, tous les nouveaux taureaux qui sortent sur le marché sont génotypés. Soit 30 000 en 2015. Et il faut bien se rendre compte que plus la base de données s’élargit, plus le nombre de bêtes génotypées augmente, et par conséquent, l’indice de sécurité sera plus élevé.

Qu’en est-il de l’acceptation de la génomique par les éleveurs canadiens?

➤ Une partie d’entre eux sont convaincus du formidable accélérateur que leur offre la génomique pour l’amélioration de leur troupeau. Il s’agit, par exemple, de ceux qui vivent en partie de la vente de sujets ou d’embryons. Le génotypage de leurs bêtes rend ces dernières plus attrayantes, d’un point de vue commercial. D’autres exploitants, qui ont pour objectif une haute productivité laitière, y ont trouvé un outil supplémentaire dans le management de leur troupeau, leur permettant d’identifier plus rapidement les moins bons éléments. Globalement, la génomique attire davantage les propriétaires de grand scheptels, car elle leur a rapidement permis d’y dessiner des tendances claires. Du côté des plus petits troupeaux, ces tendances se révèlent forcément plus lentes à s’imprimer; les éleveurs attendent de voir pour croire.

Dans quel état d’esprit avez-vous trouvé les éleveurs suisses que vous avez récemment rencontrés à l’égard de la génomique?

➤ En Suisse, l’élevage est considéré comme un art, qu’on exerce avec passion et savoir-faire. Pour certains de vos éleveurs, la génomique est un intrus. Ils ont la sensation qu’on dénature la beauté de leur travail, que ces tableaux remplis de chiffres les dépossèdent de leur savoir- faire. Eh bien! Je leur dis que c’est faux. Les éleveurs trouvent justement avec la génomique un outil supplémentaire qui va donner une nouvelle dimension à leur métier.

La filière de la production laitière est actuellement en souffrance en Suisse. En quoi pensez-vous que la génomique puisse venir en aide à nos producteurs?

➤ La génomique permettra d’augmenter la durée de vie de leurs bêtes, de diminuer les frais vétérinaires et de peaufiner le taux de conversion alimentaire: voilà ce qu’offre cette discipline. Ce sont clairement des manières d’améliorer ses marges.

La génomique ne va-t-elle pas favoriser une consanguinité déjà inquiétante au sein de la population holstein?

➤ Non, bien au contraire. Elle nous a justement permis de détecter plus rapidement des lignées de taureaux non apparentées, affichant un faible taux de consanguinité. À l’heure actuelle, à l’échelle des centres d’insémination, nous disposons de tous les outils nécessaires pour régler en une génération le problème de la consanguinité dans la population hosltein. Le problème, c’est que les éleveurs restent maîtres dans le choix des accouplements et bien souvent refusent de s’éloigner de leurs lignées favorites, ne serait-ce que pendant une génération. C’est également à eux de prendre leurs responsabilités par rapport à cette problématique.

Certains éleveurs estiment que la génomique frôle les limites de l’éthique, avec, par exemple, le testage des ovules. Ne risque-t-on pas, ce faisant, de mettre en péril l’image de la production laitière auprès du consommateur?

➤ La génomique permet d’avoir des animaux en meilleure santé, dont le bien-être est amélioré. Et en tant que consommateur, je trouve plutôt positif de savoir qu’on va diminuer l’utilisation des antibiotiques sur le bétail! Outre le fait d’avoir des animaux en meilleure santé, la génomique permet également d’identifier des femelles porteuses du gène A2A2. Ces vaches produisent du lait qui peut être bu par les intolérants au lactose. Concernant le testage des ovules, je peux comprendre que cela pose des questions éthiques. Mais ces avancées technologiques n’atteignent pas le bien-être de l’animal, c’est l’essentiel.

Texte(s): Propos recueillis par Claire Muller.

de quoi parle-t-on?

Jusqu’à présent, on repérait le bon taureau en fonction des résultats de ses filles, en termes de productivité et de morphologie. Il fallait attendre cinq ans pour établir ses valeurs d’élevage et mettre ce taureau sur le marché. Désormais, la valeur génétique de l’animal peut être estimée, dès sa naissance, directement à partir d’une simple prise de sang ou de quelques poils. La comparaison de ses séquences de gènes avec ceux d’une population de référence fournit des valeurs d’élevages génomiques, à savoir, son potentiel génétique. L’analyse du génome de l’animal est relativement rapide (quelques semaines) et offre une fiabilité estimée à 60 ou 70 %.
La technique s’avère encore coûteuse (130 fr. par analyse). La Suisse bénéficie depuis peu de l’accès à la base de données nord-américaine: un tiers des semences vendues par swissgenetics sont aujourd’hui génotypées.

Plus d'infos

Au Canada: Centre d’insémination artificielle du Québec (CIAQ)
En Suisse: Swissgenetics