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décryptage
La fréquence de la grêle et la taille des grêlons vont être cartographiées

Si la grêle estivale est courante en Suisse, il n’existe pas encore de base de données permettant de mieux la prévoir. Un réseau de stations au sol et les observations recueillies par smartphone vont y remédier.

La fréquence de la grêle et la taille des grêlons vont être cartographiées

Le violent coup de tabac qui s’est abattu sur l’arc lémanique au soir du 15 juin, accompagné d’un déluge serré et ininterrompu de glace durant dix minutes, en a apporté une nouvelle preuve: chez nous, la grêle fait partie du paysage estival. «En Europe, les régions entourant les Alpes, comme la Suisse, sont parmi les plus fréquemment touchées, note Simona Trefalt, de MétéoSuisse. Même si on n’y observe pas de grêlons géants comme aux États-Unis, les dégâts occasionnés sont importants presque chaque année.»

Imprévisible par nature
Ceux-ci se chiffrent en dizaines de millions de francs – près de 25 millions en 2018 selon les comptes de Suisse Grêle, l’assurance contre les dommages causés aux cultures par les événements météorologiques et naturels (voir encadré ci-dessous). Mais en dépit de sa fréquence, la grêle n’en reste pas moins très difficile à prévoir, d’abord parce que les orages échappent eux-mêmes aux prévisions trop précises. «En général, on peut déterminer plusieurs jours à l’avance la probabilité d’une atmosphère favorable aux orages et évaluer dans le même délai si ceux-ci seront accompagnés ou pas de phénomènes violents, comme la grêle, développe la météorologue. En revanche, en raison de leur courte durée et de leur petite taille, toutes deux typiques, et à cause de processus chaotiques impossibles à anticiper, il est très difficile de savoir si les orages vont réellement se déclencher, où ils se produiront et quelle chronologie exacte sera la leur.»
L’autre point faible de la climatologie de la grêle tient aux observations recueillies en direct: il n’existe pour l’heure aucune base de données uniforme et en libre accès qui les rassemble. Or, ce sont elles qui permettent de qualifier un épisode, notamment en estimant la taille des grêlons déversés, et in fine de fournir des informations statistiques utiles sur la fréquence et la violence de la grêle en un lieu donné.

Grain de café ou balle de golf
C’est à cette lacune que MétéoSuisse s’est attaqué. D’abord en ajoutant une fonction Signaler une grêle à son app pour smartphone, dès 2015; parmi les données à saisir, la taille des grêlons, à estimer selon une échelle simple (grain de café, pièce de 5 fr., balle de golf, etc.). Pas moins de soixante mille observations sont ainsi parvenues à l’office fédéral, dont 2000 au printemps 2019 (ndlr: avant le 15 juin). Ensuite, depuis l’an dernier, un réseau automatique de 80 capteurs de grêle au sol est en train d’être installé dans les trois «points chauds» identifiés en Suisse, soit le sud du Tessin (25 capteurs), la région de l’Entlebuch/Napf (40) et le Jura (15 senseurs seront mis en place en 2020). «Ces capteurs mesurent l’énergie des impacts et en déduisent la taille des grêlons», précise Simona Trefalt, l’une des responsables du projet, développé en collaboration avec La Mobilière Assurances et le Laboratoire de recherche sur les risques naturels de l’Université de Berne. Corrélées avec les observations fournies via l’application, les mesures seront utilisées pour vérifier et calibrer les algorithmes empiriques qui permettent de lier signaux radars météo, probabilité de grêle et dimension maximale des grêlons attendue au sol.

Risque mieux évalué
Surtout, elles serviront à établir une carte précise de la fréquence de la grêle, disponible dès 2020, avec une résolution spatiale de 1 km2. «Le public pourra aussi consulter la période de retour d’une taille de grêlons donnée, par exemple 4 cm de diamètre, pour une région donnée, précise Simona Trefalt. Cela peut aider à décider quel matériau utiliser pour une construction, s’il est judicieux de bâtir un abri pour voiture, etc.» Et dans une certaine mesure, servir à protéger ses cultures de la grêle. Pouvoir évaluer plus finement le risque statistique en une région et à une époque donnée pourrait en effet s’avérer utile, par exemple pour les viticulteurs qui hésitent à s’équiper de filets de protection – même si ceux situés dans les «points chauds» l’ont pour la plupart déjà fait. À Genève, touché pour la seconde fois en trois saisons, l’État (lui-même fortement impacté par le dernier épisode) va ainsi probablement investir dès l’an prochain pour protéger ainsi ses propres domaines.
Quant à Suisse Grêle, dont les données alimentent le projet de MétéoSuisse, la société ne s’attend pas à de grands changements dans la pondération du facteur «risque local», un des éléments de calcul des primes. «Nous nous basons déjà aujourd’hui sur des données par commune récoltées sur une longue durée, note le directeur Pascal Forrer. De plus, dans le cas des cultures agricoles, la date de survenance de la grêle (stade de végétation, dates de semence et récolte) ainsi que la sensibilité à la grêle de la culture touchée jouent un rôle très important.»
Reste que les viticulteurs et agriculteurs font une grande consommation de données météo, et qu’améliorer la précision de celles-ci ne peut qu’être utiles. D’autant que les conséquences du réchauffement climatique sur la grêle restent encore nébuleuses. «On ignore les tendances futures, avoue Simona Trefalt. En été, on peut s’attendre à une atmosphère généralement plus chaude et plus humide. Il en résulterait une augmentation de l’énergie à disposition pour former des orages. En même temps, les situations météorologiques typiques pourraient changer aussi, notamment l’incidence des fronts froids dans notre région, faisant diminuer le nombre d’orages qui se développent.» Bref, dans le doute, mieux vaut donc consulter son app météo.

+ d’infos www.meteosuisse.admin.ch

Texte(s): Blaise Guignard
Photo(s): DR

En chiffres

Suisse Grêle en 2018, c’est:

  • 30 472 contrats d’assurance.
  • 6314 sinistres déclarés pour un dommage total s’élevant à 24,6 millions de francs.
  • Des primes encaissées pour 45,7 millions de francs.
  • Des ristournes de primes pour un total de 3,5 millions de francs.
  • Une somme d’assurance (valeur des risques couverts) totale de 2,1 milliards de francs.
    + d’infos www.hagel.ch

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