La clé pour innover? Savoir bien s’entourer à chaque étape du projet

Agriculture
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La clé pour innover? Savoir bien s’entourer à chaque étape du projet

«Adaptez-vous, innovez!» est un leitmotiv courant dans la bouche des politiques à l’égard des paysans. Mais quels sont les moyens pour trouver des idées et où les professionnels peuvent-ils chercher des soutiens? Analyses et témoignages.

La clé pour innover? Savoir bien s’entourer à chaque étape du projet

«L’avenir est incertain et imprévisible: les marchés fluctuent, les frontières s’ouvrent, l’État se retire de la gestion des affaires agricoles. Dans les autres secteurs économiques qui ont également traversé des crises, seules les entreprises qui ont fait preuve d’initiative s’en sont sorties. Stagner, c’est mourir.» Voilà le discours d’un patron de banque s’adressant à un auditoire agricole il y a de cela quelque temps. Faire preuve d’initiative, sortir du lot, se démarquer, oui, mais comment? «Être innovant n’est pas une question d’âge ni de formation, encore moins de contexte géographique de l’exploitation, analyse Pierre Praz, spécialiste du développement de l’espace rural chez Agridea. Ce qui compte, c’est avant tout d’être dans un état d’esprit propice au changement.» L’agronome a analysé 200 projets innovants afin de comprendre les raisons du succès de ces derniers. «Le facteur humain est clairement la clé du succès. La personnalité du paysan et de sa famille est primordiale.»

Savoir bien s’entourer
Une bonne planification du projet constitue le premier pas vers la réussite. Pierre Praz recommande ainsi aux chefs d’exploitation de s’entourer dès le départ de conseillers issus des services de vulgarisation ou des chambres d’agriculture. «Il ne faut pas négliger le montage d’un projet ou la réalisation d’études de faisabilité, qui nécessitent un soutien et des compétences particulières.» Pour matérialiser son projet, on peut également faire appel à des acteurs extérieurs au monde agricole, comme une chambre de commerce. Les offices cantonaux de crédit agricole peuvent aussi agir comme soutien. Valorisant cette dynamique, le canton du Tessin finance par exemple le coaching au porteur de projet.

Comment trouver les finances?
Vient ensuite la recherche de fonds. Là encore, avant de partir en quête de financement, un tour d’horizon du contexte économique s’impose: «Nombre de projets menés par des viticulteurs ou des agriculteurs se sont greffés à des projets de développement régional ces dernières années», relève Pierre Praz. Du côté des cantons, il existe aujourd’hui des programmes de financement. La Confédération soutient elle aussi des projets. Depuis les années 2000, il est en effet possible d’obtenir des aides grâce à certains programmes développés dans la cadre de la politique agricole 2014-2017. Ainsi est né le programme OQuaDu, l’ordonnance sur la promotion de la qualité et de la durabilité dans le secteur agroalimentaire. Cet outil a été conçu pour apporter une aide financière initiale à des projets novateurs, à de nouvelles technologies, à de nouveaux circuits de distribution ou encore à des produits possédant une valeur ajoutée propre à garantir un meilleur positionnement sur le marché. «Un projet peut, par exemple, viser à réduire l’utilisation d’antibiotiques ou de pesticides ou à améliorer le bien-être des animaux, décrit l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) dans sa présentation de ce programme. Les projets OQuaDu doivent participer à resserrer la coopération entre les agriculteurs, les transformateurs, les commerçants et les consommateurs.» À ce jour, une trentaine de projets, dans le cadre de leur phase préliminaire, ont déjà été soutenus par l’OFAG, à l’instar d’un logiciel d’administration et de gestion pour les projets d’agriculture contractuelle, de l’installation d’automates à lait dans les boulangeries ou de la production de pain à la farine de quinoa.
Outre les financements publics, on aurait tort de ne pas aller prospecter du côté des fonds privés: de généreux donateurs, de riches mécènes, ça existe! Certains se sont récemment illustrés en soutenant des rénovations de ruraux dans les Préalpes vaudoises. Des fondations (Aide suisse aux montagnards, entre autres) et des concours à l’innovation (Prix montagne, agroPrix, etc.) peuvent également être d’intéressants contributeurs. Enfin, plusieurs chefs d’exploitation envisagent de faire appel au financement participatif, grâce aux réseaux sociaux (voir encadré ci-contre). «En Suisse les agriculteurs suisses ont une chance incroyable: ils possèdent un capital sympathie énorme auprès des consommateurs, évoquait ce patron de banque dans son intervention. Ces derniers ont beaucoup de considération pour leur travail et leurs produits.» Voilà sans aucun doute un atout précieux à exploiter. «Il n’y a pas d’idée folle, glisse encore Pierre Praz. Et bien analysée, elle peut aboutir à un projet tout à fait concret et viable!»

Texte(s): Claire Müller
Photo(s): Agroprix

Deux projets gagnants

Genevois pionniers de la lentille suisse
La famille Courtois a remporté l’édition 2015 de l’agroPrix. L’originalité et la durabilité du projet, son intérêt agronomique et le fait que ce soit une culture reproductible chez d’autres cultivateurs ont convaincu les sept membres du jury de récompenser ce projet innovateur lancé il y a vingtaine d’années. À la ferme de Sauverny, on ne manque pas de projets: dernier en date, la construction d’un local de vente dans un ancien hangar, qu’il faut assainir et rénover. Le budget? 400 000 francs. «Pour le financement, je me lance dans le participatif, grâce à notre réseau de clients et à internet, explique Christophe Courtois. Les gens qui nous soutiendront paieront ainsi en quelque sorte leurs achats en avance.»
www.fermecourtois.ch

Reconversion réussie pour le Sapalet
C’est la recherche permanente de l’originalité qui explique le succès de la famille Henchoz, récompensée par l’agroPrix en 2013 pour son projet de fabrication de produits laitiers à base
de lait de brebis, lancé dans les années nonante. «Tous les ans, on se donne un défi, comme le lancement d’une nouvelle recette», explique Mickaël Henchoz, de la ferme du Sapalet, à Rossinière (VD). Associé au projet avec son frère, ses cousines, son père, ses oncles et tantes, le jeune agriculteur poursuit: «Notre réussite est aussi due au fait que toute la famille est impliquée. On tire tous à la même corde.» La difficulté de financer leur projet ne les a pas empêchés de mettre en route leur nouvelle fromagerie il y a quelques mois, en partie grâce au soutien d’une fondation.
www.sapalet.ch

Plus d'infos

Les inscriptions pour l’agroPrix 2016 sont possibles jusqu’au 30 juin.
Dossier à télécharger sur www.emmental-versicherung.ch