Portrait
La boulangère fait naître des histoires comestibles de ses mains

Beatriz Pires Martins, de Moutier (BE), est la seule femme à avoir participé à la Coupe d’Europe de boulangerie, qui vient de s’achever à Nantes. Si elle n’est pas montée sur le podium, son talent a marqué les esprits.

La boulangère fait naître des histoires comestibles de ses mains

Des gouttes de sueur perlent sur le front de Beatriz Pires Martins, qui s’applique au montage de la pièce artistique, un travail demandant de la dextérité et une pleine concentration. Une heure avant la fin du concours, la tension est à son paroxysme dans le Parc des expositions de la Beaujoire, à Nantes (F). La candidate suisse s’apprête à fixer la partie supérieure de sa création, la montre géante symbole du savoir-faire helvétique, sur son socle. Celle-ci lui glisse soudainement des mains! Rapide et agile, elle parvient à la rattraper de justesse sans l’abîmer. Ouf! Beatriz pousse un soupir de soulagement. Alors que ses coéquipiers s’activent autour d’elle sans même s’apercevoir de ce qui vient de se passer, elle s’arrête un instant, ferme les yeux et prend une grande respiration… Une fois ses esprits retrouvés, elle se remet aussitôt à la tâche avec le même entrain.

Un calme olympien
L’horloge tourne mais pas la tête de la candidate suisse. Même cet instant de frayeur n’a pas troublé longtemps cette force tranquille. Dominique Sourice, membre du jury, est épaté par la faculté de l’unique candidate féminine du concours à rester sereine en toute circonstance. La maîtrise de soi dont elle fait preuve, elle l’a sans doute acquise grâce au karaté, qu’elle pratique depuis l’âge de 8 ans. «J’ai appris à canaliser mon énergie afin de rester concentrée sur le moment présent. Face au stress, j’essaie de me calmer, de me vider l’esprit puis de prendre une chose à la fois, sans précipitation.»
C’est la première fois que cette jeune femme de 22 ans participe à un concours d’une telle envergure, et son équipe est la plus jeune de cette édition 2019 de la Coupe d’Europe de boulangerie, mais concourir face à des équipes bien plus expérimentées ne lui fait pas peur. De nature optimiste, elle ne se laisse pas facilement impressionner. Tout comme en karaté, ce que cette ceinture noire vise plus que la victoire, c’est repousser ses propres limites.

Bricoleuse dans l’âme
Sous la toque de cette pâtissière se cache un esprit doté d’une grande créativité. Si son équipe n’est pas montée sur le podium, lundi dernier, le jury a tout de même salué l’originalité et le travail de finesse de la pièce artistique qu’elle a confectionnée. «Cette jeune femme a beaucoup de potentiel. Elle fait preuve d’une grande maturité dans sa manière de travailler et d’une bonne maîtrise technique de la pièce artistique. À son âge, je n’avais sans doute pas le même talent», commente Dominique Sourice.
Beatriz est une bricoleuse. Elle aime faire naître des choses de ses mains habiles. Il lui a toujours été évident qu’elle exercerait un métier manuel dans lequel elle pourrait laisser libre cours à sa créativité. «J’ai d’abord pensé à devenir menuisière. Je me voyais déjà confectionner des tables, des chaises et autres meubles, mais après une première journée d’essai passée à poser des fenêtres en PVC, j’ai vite déchanté», se souvient-elle amusée. C’est alors qu’elle découvre la pâtisserie à l’occasion d’un stage au sein de l’entreprise Schupisser, à Moutier (BE). Une expérience décisive, puisqu’elle choisira d’en faire son métier.
Cette Jurassienne bernoise aux origines portugaises s’est également formée à la boulangerie et à la confiserie, mais c’est la pâtisserie qu’elle préfère, domaine dans lequel elle jouit d’une plus grande liberté de création. «Je me lasse rapidement du classique. Les tresses, les croissants, le pain mi-blanc… Ce n’est pas ma tasse de thé», admet-elle. Elle préfère ce qui innove, ce qui sort de l’ordinaire, ce qui ose déplaire. Pas étonnant que cette cinéphile ait un attrait particulier pour les films décalés et loufoques comme Pulp Fiction ou glauques comme Midsommar, un film d’épouvante qui se déroule entièrement de jour.

Susciter de l’émotion
Un épisode du programme TV Le Meilleur Pâtissier l’a d’ailleurs particulièrement marquée: «Le thème imposé était Halloween. Un candidat a réalisé à cette occasion un masque effrayant, voire gore. Ce n’était vraiment pas esthétique, mais cela suscitait de l’émotion», raconte-t-elle, admirative. Susciter de l’émotion et partager un univers à travers ses créations, voilà ce qui tient à cœur à Beatriz.
Et ce défi, elle l’a relevé avec succès à l’occasion du concours dont le thème imposé était la boulangerie de son pays à travers les âges. Sa source d’inspiration? Les champs de blé qui s’étendent à perte de vue, le cycle du temps et des saisons et surtout les cimes escarpées où elle aime se ressourcer de temps à autre. Afin d’apporter du mouvement à sa pièce, Beatriz a osé défier les lois de la gravité: un moulin et une montre géante – symbole du savoir-faire helvétique, mais aussi du temps qui accompagne le boulanger dans son travail – reposent sur un petit socle représentant les fameuses montagnes qu’elle affectionne tant. En donnant forme et vie à sa pâte à sirop, elle a su transmettre au public son amour pour sa patrie et son métier.

Texte(s): Marisol Hofmann
Photo(s): Nicolas de Neve

Son univers

Un objet
Un crayon à papier. «J’en ai dans mes poches au travail, dans mon sac à main, dans ma voiture, pour noter ce que je ne dois pas oublier ou pour gribouiller lorsque je m’ennuie.»
Un artiste
Banksy. «Derrière l’innocence que dégagent ses créations se cache un message fort.»
Un lieu
La montagne. «Elle me procure une impression de bout du monde.»

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