Instruire et divertir, les missions du «Sillon romand», selon son fondateur

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Instruire et divertir, les missions du «Sillon romand», selon son fondateur

Chaque mois nous partons à la rencontre d’une personnalité qui a marqué le monde agricole romand ces cent vingt dernières années. À tout seigneur, tout honneur: Albin Schorro, créateur du Sillon romand.

Instruire et divertir, les missions du «Sillon romand», selon son fondateur

«Accroche ta charrue à une étoile si tu veux que ton sillon soit droit»: cette citation aurait particulièrement bien convenu à Albin Schorro, fondateur et rédacteur en chef du Sillon romand, l’ancêtre de Terre&Nature, pendant près de cinquante ans. Avec sa fine moustache et ses lunettes rondes, lui donnant des airs de professeur Tournesol, cet enseignant passionné tant par la pédagogie que par les travaux des champs aura participé, à travers la création de ce journal destiné à la famille paysanne, à l’évolution du monde agricole romand, lui apportant de l’information technique vulgarisée et du divertissement.
Ce Fribourgeois est un homme de la terre. Il est né à Montécu, dans le district de la Sarine. Il passe son enfance dans cette région d’élevage par excellence. Son diplôme d’instituteur en poche, il est nommé à l’âge de 21 ans à la tête du domaine agricole (150 poses!) de l’orphelinat Marini de Montet, dans la Broye. Dans un article biographique que lui consacre François Mauron en 1998, à l’occasion du centenaire de notre hebdomadaire, on apprend que ce sont l’amour de la terre et la soif de connaissance qui poussent Albin Schorro à élargir son horizon professionnel. Notre homme, passionné de pédagogie, a également pris goût aux travaux des champs. Il suivra de nombreux cours pour obtenir des diplômes d’agriculture, de commerce et universitaires. En 1891, il s’en va même étudier l’allemand à Zoug. C’est d’ailleurs durant ce séjour que, impressionné par la vigueur de la presse agricole alémanique, il envisage pour la première fois de créer une publication de la même veine pour la Suisse romande.

De 6000 à 22’000 exemplaires
Albin Schorro, dès lors, imagine un journal avec articles et illustrations, qui s’adresserait à l’ensemble de la famille paysanne. Vulgariser, conseiller, ouvrir l’esprit, apporter un service, mais aussi divertir, telles sont les ambitions de ce journaliste autodidacte. Et c’est le 1er juin 1898, à Estavayer-le-Lac (FR), que sort de presse la première édition du Sillon romand! Bimensuel illustré, tiré à 6000 exemplaires – l’abonnement trimestriel coûte alors 60 centimes suisses – et sous-titré «Le foyer et les champs», la publication obtient aussitôt les faveurs des gens de la campagne, assure le quotidien La Liberté le 25 mars 1957, dans un article nécrologique publié au décès du fondateur du Sillon.
Cinquante ans durant, Albin Schorro va se consacrer pleinement à la rédaction, à la gestion et à la diffusion de son journal en parallèle de sa carrière de professeur au Collège Saint-Michel de Fribourg. Il l’accompagne dans sa progression, absorbant Le Paysan suisse en 1904, puis L’Éleveur suisse en 1933. Entre-temps, le Sillon romand devient un hebdomadaire en 1922. À la fin des années 1940, le tirage dépasse les 22 000 exemplaires! À l’heure de sa retraite d’enseignant en 1933, le Fribourgeois décide de s’installer à Pully (VD), dans une maison située à proximité de la rédaction, cette dernière ayant été transférée d’Estavayer-le-Lac à Lausanne. Pas question pour lui d’abandonner le journalisme ni la mission qu’il s’est donnée: «Accorder au cultivateur la plus large part possible de conseils, d’appuis, de faveurs, de sollicitude, d’exemples et de protection.» Albin Schorro se fera également auteur. Outre des ouvrages sur la pédagogie (La prononciation corrigée par la lecture et La pratique du dessin), il rédigera à la fin de sa carrière deux livres destinés aux vignerons et agriculteurs: Pour gagner quelques millions par an et Ce que tout paysan doit savoir: on peut gagner, mais aussi perdre!
En 1948, lors du 50e anniversaire du Sillon romand et alors que, âgé de 83 ans, il s’apprête à rendre son tablier, «le bon papa Schorro» est cité dans La Feuille d’Avis du Valais ainsi: «Le Sillon romand a 50 ans. Cet âge représente une moisson d’expérience et nous autorise à lier les gerbes du souvenir et de l’espoir réunis. Nous nous penchons sur notre passé, mais l’avenir nous tend la main. Notre labour doit être un, nos sillons demeurer parallèles. Ce que nous avons acquis, au cours de ces cinquante années, nous le portons à compte nouveau, nous envisageons le champ futur.»

+ D’infos Retrouvez cette série ainsi que l’ensemble des articles consacrés au 120e anniversaire de «Terre&Nature» sur www.terrenature.ch/120ans

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Illustrations Marcel G.