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En alerte, la Suisse se prémunit contre la grippe aviaire

Mardi soir, la Confédération a renforcé les mesures visant à empêcher tout contact entre les oiseaux sauvages et les volailles domestiques pour éviter la propagation du virus. Les éleveurs confinent leurs oiseaux.

En alerte, la Suisse se prémunit contre la grippe aviaire

Les 10 752 686 poules suisses peuvent se faire du souci! La grippe aviaire H5N8 a touché notre pays début novembre. Plusieurs canards sauvages ont été retrouvés morts, victimes de ce virus hautement pathogène qui s’étend sur l’Europe à la faveur des flux migratoires automnaux. Par précaution, mardi, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a décidé de renforcer les mesures de biosécurité, en considérant l’ensemble du territoire suisse comme une zone de contrôle. S’y appliquent des contraintes strictes visant, comme le mentionne l’ordonnance du 11 novembre dernier, «à prévenir l’introduction de la peste aviaire dans la population de volaille domestique». La contagion, par les liquides organiques et les fientes, est très rapide. Apathie, plumage terne et hirsute, absence d’appétit ou difficultés respiratoires sont les principaux symptômes. Pour le moment, aucune exploitation avicole suisse n’a été touchée, mais ces mesures auront un impact considérable sur le travail des éleveurs ces prochaines semaines.

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Éviter toute transmission
03_new_sff_cygne_h5n8_estavayerLa grippe aviaire de sous-type H5N8 a été détectée en 2014. Elle est de retour en Europe depuis fin octobre. Vecteurs de la maladie, les oiseaux migrateurs disséminent le virus vers l’ouest. En Suisse quelque 80 volatiles ont été retrouvés morts, début novembre, sur les rives du lac de Constance. D’entente avec ses voisins allemands et autrichiens, notre pays a alors lancé une première alerte en établissant un périmètre de contrôle d’un kilomètre de large autour des lacs et des principaux canaux suisses. L’objectif: éviter tout contact entre volaille d’élevage et oiseaux sauvages, ces derniers pouvant être asymptomatiques mais porteurs du virus hautement pathogène. Cette contamination est la principale crainte liée à la souche H5N8, considérée pour l’instant comme non transmissible à l’homme (lire ci-dessous). À l’heure actuelle, seuls deux cas d’élevages avicoles contaminés ont été signalés: l’un au sud de la Hongrie et l’autre dans le Vorarlberg autrichien… à deux pas de la Suisse. Des milliers de volailles y ont été abattues. Une mesure draconienne que craignent tous les éleveurs, qu’ils soient professionnels ou amateurs.

Éleveurs sur la sellette
Dans tous les cantons, les vétérinaires cantonaux ont enjoint aux éleveurs de prendre des mesures. Il s’agit notamment de rendre inaccessibles aux oiseaux sauvages les mangeoires, abreuvoirs et bassins. Lorsque cela s’avère impossible, il faut confiner la volaille dans des locaux clos ou des systèmes de stabulation pourvus de cloisons latérales et d’un toit étanche. Président de GalloSuisse, association des producteurs d’œufs suisses, Jean Ulmann estime que les éleveurs professionnels sont relativement bien préparés. «À cette saison, les poulets d’engraissement restent généralement à l’intérieur. Quant aux poules pondeuses, près de 90% des exploitations disposent d’une aire à climat extérieur protégée, une sorte de jardin d’hiver parfaitement fermé. Ces parcours de sortie couverts ont été progressivement mis en place dans le cadre des paiements directs, mais ils répondent aux exigences de biosécurité actuelles. En complément, nous avons toutefois rappelé aux producteurs les mesures d’hygiène usuelles (nettoyage, désinfection). Nous les encourageons à éviter les visiteurs
extérieurs aux élevages pour limiter le risque de contamination.»

Wyandotts in front of chicken house

Pour les aviculteurs amateurs, la situation est plus compliquée, même si c’est la deuxième fois en dix ans qu’ils doivent composer avec de telles contraintes. «Le confinement est problématique chez bon nombre d’éleveurs, souligne Jean-Maurice Tièche, président de l’association Volailles de race Suisse. Pas tellement pour les poules, mais pour les palmipèdes, pour lesquels un accès à l’eau est indispensable. En plaine, les bassins se trouvent souvent dans de grandes étendues d’herbe qu’il est difficile de couvrir de manière étanche. Chacun fait comme il peut.»
Concernant les marchés et les expositions, l’ordonnance pose les bases légales d’une interdiction. Toutefois, il revient aux cantons de trancher, en fonction de la situation. À Delémont (JU) ce week-end, les pigeons pourront être présentés. À Chavornay (VD), le week-end prochain, seuls les lapins seront exposés. Le sort de l’exposition nationale d’aviculture 2016, qui devrait rassembler 2500 animaux et 1000 éleveurs au Cerm de Martigny (VS) les 17 et 18 décembre prochain, n’est quant à lui pas encore scellé.

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): DR

10 ans de surveillance

La grippe aviaire hautement pathogène s’est développée dans les élevages de volailles asiatiques en 1997. La souche H5N1 réapparaît en 2003 et atteint l’Europe occidentale en automne 2005. En Suisse, des oiseaux sauvages sont touchés durant l’hiver 2006 sur les lacs de Constance et du Léman, de même que quelques élevages de volailles. Or le virus H5N1 se transmet à l’homme. Craignant une pandémie, l’OMS table sur 28 millions de personnes hospitalisées et entre deux et sept millions de morts. Elle recommande de constituer des stocks nationaux de Tamiflu, avant de remettre en question l’efficacité de cet antiviral. Depuis 2006, une surveillance intensive de la volaille et des oiseaux sauvages a été mise en place par le biais de prélèvements sanguins de dépistage.

Bon à savoir

Quel danger pour la santé humaine?

La plupart des virus ne se transmettent pas d’une espèce à l’autre. Une grande majorité des pathologies aviaires ne représentent donc pas de risque pour l’homme… à quelques exceptions près. C’est le cas du virus H5N1 (ou «grippe aviaire A») qui, depuis 2003,
a provoqué sur le plan mondial 629 cas chez l’homme, dont 374 décès. Les Chinois sont particulièrement touchés par ce virus, les derniers cas datant du mois de février dernier. La maladie se contracte par contact direct avec un volatile malade, et concerne donc principalement les professionnels travaillant dans l’élevage.
Mais pour l’heure, pas de H5N1 à l’horizon: les oiseaux infectés retrouvés en Suisse
et dans les pays voisins étaient en effet porteurs du virus H5N8, que l’Organisation mondiale de la santé considère comme non transmissible à l’homme. Malgré le risque actuel très faible, les autorités conseillent toutefois de ne pas toucher un animal retrouvé mort, mais de contacter les surveillants de la faune, les gardes-pêche ou la police cantonale.