Globe-trotter et homme-orchestre de la Fête des vendanges de Neuchâtel

Portraits
Xavier Grobéty
Globe-trotter et homme-orchestre de la Fête des vendanges de Neuchâtel

Très impliqué dans le milieu associatif de l’arc jurassien, Xavier Grobéty est de nature hyperactive. Rencontre à la veille de la Fête des vendanges, qu’il préside depuis 2013.

Globe-trotter et homme-orchestre de la Fête des vendanges de Neuchâtel

Depuis ses 10 ans, Xavier Grobéty n’en a manqué qu’une. «J’étais au Québec, mais je dois avouer que je me suis embêté ce week-end-là.» Pour le quinquagénaire, la Fête des vendanges de Neuchâtel est sacrée. À tel point qu’il prend aujourd’hui congé une semaine avant et une après l’événement, où il ne se rend pas pour festoyer, mais pour travailler. Xavier Grobéty y consacre tout son temps libre. Pendant une dizaine d’années, il a œuvré sous la tente de la place des Halles. Jusqu’en 2013, où il est nommé président central de la manifestation, chargé de la communication et des relations avec les médias. Ça tombe bien: parler, il aime ça. Très vite de préférence, en évitant si possible de dire «huitante» au lieu de «quatre-vingts», détail qui trahirait tout de suite ses origines vaudoises, de Vallorbe plus précisément.
L’homme, né à Bâle en 1964, est en réalité profondément neuchâtelois. Il a grandi dans la ville du bord du lac, ses grands-­parents aussi, et il ne se verrait pas la quitter. «Le grand nord n’est pas mortel! clame-t-il haut et fort. Il faut que l’on parle et que l’on promeuve ce qui se passe dans l’arc jurassien. Parce qu’il y en a, des choses à faire.»

Peur de s’ennuyer
Hyperactif, vous ne le verrez pas passer la soirée dans son canapé, devant sa télévision. Il s’ennuierait, confie-t-il. Une fois son uniforme des CFF enlevé – il y est chef de la gestion des événements à 100% –, Xavier Grobéty reprend du service. «J’adore le milieu associatif. Il faut agir pour l’intérêt général au lieu de râler derrière son PC.» Avant de prendre la tête du plus gros événement animant Neuchâtel, qui attire plus de 300 000 personnes en trois jours, il a été vice-président de l’Union sportive suisse des transports publics, soutenant une cinquantaine de clubs amateurs. Il s’est également retrouvé à la tête de la fanfare des cheminots de Delémont, lui qui n’a plus touché d’instrument, d’accordéon en l’occurrence, depuis 1989. Il est par ailleurs toujours vice-président de l’Association des sociétés de la ville de Neuchâtel, comptant 91 clubs ou groupements locaux. «L’associatif, c’est la base!, estime-t-il. Les conflits entre le haut et le bas du canton? Les sociétés locales se fichent de ces âneries. Les liens qu’elles créent sont permanents.»
Son travail de planification quotidien l’aide dans ses loisirs, chronophages. Il peut aussi compter sur le comité de la Fête, entièrement composé de bénévoles, âgés de 30 à 75 ans. Ils passent une année à préparer une Fête des vendanges. Cela va de la gestion des stands à la réalisation du corso fleuri, ce cortège de 60 formations, avec ses chars décorés par 11 tonnes de fleurs fraîches. Leur travail dure toute l’année. Les membres du comité se déplacent également dans les fêtes régionales, comme la Boudrysia ou le Marché-Concours de Saignelégier. «Il ne s’agit pas de se montrer, je déteste les personnes à l’ego surdimensionné ou qui participent par intérêt personnel, poursuit Xavier Grobéty. Notre présence montre que nous sommes solidaires des événements se déroulant dans notre région.»
Pour présider la Fête, il a aussi dû faire des choix. Lui qui s’était lancé en politique, sous la bannière du Parti bourgeois démocratique (PBD) en 2012, s’est rétracté. S’il fait partie du PLR aujourd’hui, il refuse de s’investir au niveau politique, craignant que cela puisse lui nuire, certains pouvant voir dans son engagement un potentiel conflit d’intérêts. «Cet événement est totalement indépendant et apolitique, on ne parle pas de religion non plus, d’ailleurs. C’est le vin et la vigne qui sont mis en avant.» En plus, il reconnaît que son expérience politique ne l’a pas totalement convaincu, lui qui préfère le travail de terrain à la «sculpture de nuages».

Toujours avec le sourire
Quand il a repris les rênes de la manifestation, il a passé un an à observer comment elle se déroulait. Puis il a passé à l’action, faisant parfois le poing dans sa poche. Et quand il a besoin de s’évader, il part voyager, son autre passion. Nouvelle-Zélande, Sri Lanka, Australie, et surtout le Québec: l’homme adore sortir des sentiers battus.
À quelques jours du coup d’envoi de la Fête, pas le temps de s’évader toutefois, les sollicitations venant de toute part. Quand ce n’est pas par SMS ou par courriel, c’est par téléphone, parfois jusqu’à 2 heures du matin avec son caissier. «Il est aussi taré que moi, c’est pour ça qu’on s’entend bien», plaisante-t-il.
Sans stress, il parvient à conserver son sourire et sa bonhomie, même si les journées sont longues. Il garde aussi l’œil sur les prévisions météo, en sirotant une bière panachée, non sans préciser qu’il apprécie le vin, particulièrement le pinot et l’œil-de-perdrix neuchâtelois. «Il faut que nos vins restent au centre de la fête.» Mardi, il a commencé son marathon festif. Il ne prendra fin que dimanche soir, près du Temple du Bas, son emplacement préféré. Enfin, si personne n’a besoin de lui ailleurs, bien sûr. Puis l’organisation de la prochaine édition commencera. Le thème 2018 a du reste déjà été trouvé. L’homme aime prendre de l’avance. Il avoue même «délirer» d’avance sur la programmation de la 100e édition, en 2025.

+ D’infos Du 22 au 24 septembre à Neuchâtel. Le programme sur www.fete-des-vendanges.ch

Texte(s): Céline Duruz
Photo(s): Guillaume Perret

En dates

1986 Rencontre de son âme sœur, fan de voyages comme lui. Malgré la distance, leur relation dure toujours.
2013 Il reprend la présidence de la Fête des vendanges de Neuchâtel, à laquelle il collabore depuis une quinzaine d’années. Il a passé la première année à observer avant de passer à l’action.
2025 Année de la 100e Fête des vendanges. Il y pense déjà avec son comité, qui a envie de marquer le coup. «On est en plein délire, les idées ne manquent pas.»