Un fitness d’un nouveau genre permet de faire de l’huile en pédalant

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insolite
Un fitness d’un nouveau genre permet de faire de l’huile en pédalant

Idée originale s’il en est: se muscler les mollets tout en fabriquant de l’huile de colza ou de la farine de maïs! C’est ce que propose un Bernois inventif dans son fitness pas comme les autres, prisé par de plus en plus de sportifs.

Un fitness d’un nouveau genre permet de faire de l’huile en pédalant

Artisanal. C’est le mot qui vient à l’esprit lorsque l’on entre au GmüesEsel. D’abord parce que ce fitness inédit est minuscule et composé de quatre machines bricolées à la main.
Ensuite parce que l’on y fabrique à petite échelle de l’huile de colza, de la farine et de la polenta. Depuis un an, deux fois par semaine, des quatuors de sportifs viennent transpirer dans les locaux de l’Ökonomische Gemeinnützige Gesellschaft bernoise, à deux pas de l’Université. Un premier test avait été réalisé l’année précédente. C’est Thomas Wieland, ingénieur électricien, cultivateur, inventeur engagé, qui a imaginé ce concept de fitness écolo, très loin des gigantesques salles de sport tournant 24 h sur 24 dans les villes romandes.

Petites idées de génie
«Je défends la vision d’une industrialisation plus humaine pour les productions existentielles telle la nourriture. Or, les idées alternatives restent cantonnées aux jardins. Dès lors que l’on veut passer à une dimension supérieure, il n’existe presque rien. J’ai donc développé plusieurs idées comme une machine à équeuter les haricots ou un séchoir à fruits fonctionnant à l’énergie solaire. Le concept du GmüesEsel est venu en voyant tous ces gens fréquenter des fitness, car ils ont besoin de bouger après une journée de bureau. Les appareils y tournent à l’électricité. Ici, ils sont mécaniques et servent en plus à fabriquer quelque chose.»

Une bonne odeur de grain
Les mercredis et jeudis, donc, de 17 h à 20 h, les volontaires se succèdent après une inscription via Doodle. L’exercice est gratuit et un quart de la production est distribué après l’effort. La petite salle sent bon le grain, le ronronnement des machines est un peu assourdissant, mais pas plus que la mauvaise musique généralement passée à pleins tubes dans les fitness. L’ambiance est conviviale, vieux joggings et collants de running high-tech se croisent sans frictions.
Sur les vélos – normaux ou elliptiques – et sur le rameur, certains font connaissance et discourent quant à la bonne idée de Thomas Wieland. D’autres fixent avec plaisir les gouttes d’huile qui tombent une à une dans le bocal ou la pluie de farine qui remplit le seau grâce à un ingénieux système de presse et de courroies.
Cette fin d’après-midi, Petra, Sabrina et Ivan, collègues dans une étude, découvrent le concept. L’un est un sportif confirmé, l’autre une triathlonienne. «Nous sommes venus pour voir ce qu’on était capables de produire. Au vu du résultat, imaginez si l’on faisait pareil dans tous les centres de fitness!» clament-ils, fiers et transpirants. En une demi-heure, Ivan a pressé 1 litre d’huile, soit le double du rendement moyen. Idem pour les filles, qui ont moulu 3 kg de farine chacune. Anna, Meret et Lucie, étudiantes, sont elles aussi venues en trio, après avoir rencontré Thomas sur un marché. La première vante la gratuité des lieux, la deuxième le fun de l’activité et la troisième le côté privatif du fitness. Toutes sont ravies de participer à une
entreprise qui fait sens.

La rançon du succès
Christa, Genevoise d’origine, se rend au GmüesEsel chaque semaine pour la même raison. «Je travaille dans la finance. On y gère plusieurs milliards tous les jours. Ici, l’enjeu, c’est un bocal! Je déteste le sport en salle, mais produire quelque chose est psychologiquement très motivant. Et puis c’est chouette de voir les gouttes tomber derrière la vitre, on a l’impression que c’est sa propre graisse qui s’en va!»
Malgré le succès, Thomas Wieland ne souhaite pas étendre l’activité. «J’ai dû récemment acheter du maïs, car toute ma récolte avait été broyée. Chaque soir se conclut avec 4 à 5 litres d’huile et 5 à 10 kilos de farine. Il faut ensuite emballer le tout – ce sont des personnes en réinsertion qui s’en chargent – puis vendre la production sur les marchés. Je veux garder une taille modeste et du temps pour autre chose, je ne cherche pas à faire de l’argent avec cette idée.»
GmüesEsel signifie «âne à légumes», «parce que lorsqu’il y a une surprise, le cheval détale, tandis que l’âne reste et regarde». Toute une philosophie!

+ d’infos Le fitness est situé dans les locaux de l’Ökonomische Gemeinnützige Gesellschaft, Erlachstrasse 5, à Berne

Texte(s): Caroline Stevan
Photo(s): Pierre-Yves Massot

Bon à savoir

Les bicimàquinas, des vélos-mixeurs à tout fair

Moudre du café, broyer du maïs, pomper de l’eau ou mixer des fruits: quand on n’a pas d’électricité, on peut toujours pédaler. En Amérique du Sud, nombreux sont les utilisateurs de bicimàquinas, soit de vieux vélos ingénieusement transformés pour assumer ces tâches de manière on ne peut plus fonctionnelle et économique. Là-bas, l’objectif n’est aucunement de brûler des calories ou de perdre du poids en se donnant bonne conscience. L’utilisation du vélo vise plutôt à simplifier certains gestes de la vie quotidienne, en recyclant les matériaux disponibles pour en faire des machines totalement mécaniques, indépendantes de toute source d’énergie autre que la force du mollet. Le concept a évidemment inspiré les globe-trotters, amateurs de petite reine, qui ont rapporté l’idée en Europe. Désormais, de nombreuses associations œuvrant en faveur de la promotion du vélo ou de l’écologie ont bricolé des vélos-mixeurs. Ils constituent des attractions sympathiques sur les stands ou lors de fêtes populaires.