Décryptage
Attention aux fausses bonnes idées pour aider la faune

Hôtels à insectes, nichoirs, mangeoires et autres accessoires: les magasins regorgent d’articles censés aider oiseaux, insectes et petits mammifères à s’installer dans nos jardins. Mais tous ne sont pas utiles ni adaptés.

Attention aux fausses bonnes idées pour aider la faune

Lorsqu’on est sensible à la nature, on croit parfois bien faire en installant nichoirs ou hôtels à insectes; en nourrissant les canards ou les hérissons, mais ces mesures, même si elles partent d’une bonne intention, n’ont pas souvent l’effet escompté.
Récemment, l’organisation wildBee.ch, qui agit depuis 2011 pour la protection des abeilles sauvages en Suisse, a remis en question l’utilisation des aides artificielles à la nidification des insectes. Le Papiliorama de Chiètres (FR) a également relayé cet avis sur les réseaux sociaux: «Presque tous les nichoirs disponibles dans les commerces de détail classiques sont pensés et construits complètement faux: le diamètre des trous et les matériaux sont inadaptés.»

Proposer le gîte sans le couvert
Christophe Praz, du laboratoire d’entomologie évolutive de l’Université de Neuchâtel, confirme en partie cette information: «D’un point de vue scientifique, les hôtels à insectes ne contribuent en effet qu’à favoriser des espèces communes qui sont déjà présentes, mais passent relativement inaperçues sans cela, car elles nichent isolément. Sans fleurs et plantes indigènes, inutiles de mettre ces abris. Par contre, je pense que depuis que l’on voit ces hôtels plus personne n’ignore l’existence des abeilles sauvages. On ne les sauvera pas grâce à ces installations, mais on sensibilise le public à leur sort.» Des abris à insectes, comme des nichoirs pour oiseaux, il en existe une multitude de modèles et à des prix parfois exorbitants. Certains sont essentiellement décoratifs. Mieux vaut se les procurer auprès des associations spécialisées ou suivre leurs conseils pour les fabriquer soi-même. Reste que cette aide est vaine si le milieu naturel environnant n’est pas favorable à la biodiversité. Dans un jardin entretenu sans pesticides pourvu de fleurs indigènes, de bois mort, d’arbres, de zones de terre ouverte et de prairie, oiseaux et insectes trouveront d’eux-mêmes le gîte et le couvert.

Nourrir mal à propos
Il est également tentant de nourrir les animaux pour leur venir en aide ou pouvoir les observer plus facilement. Les interventions humaines doivent toutefois rester rares et adaptées. «Donner du lait aux hérissons, cela ne pardonne pas!», met en garde Bernard Bader, de l’association Pro-igel. Ils boiront éventuellement de l’eau et mangeront des croquettes pour chien ou chat. Mais il vaut toutefois mieux éviter de nourrir un hérisson. S’il est découvert en plein jour, les associations qui s’occupent de ces petits mammifères conseillent de l’amener au plus vite dans un centre de soins. Et de ne surtout jamais lui donner de pain. Ce qui est d’ailleurs valable pour toutes les espèces animales, oiseaux y compris. À Vevey (VD), comme dans de nombreuses communes situées en bordure d’un lac, la ville a posé cet hiver des panneaux d’information. «Le pain ne contient ni les éléments nutritifs ni les calories nécessaires à la bonne santé des cygnes et des canards. Nous préférons les graines, le maïs ou la salade.» La prolifération de bactéries dans le pain mouillé peut aussi entraîner la mort des volatiles, comme ce fut le cas en Alsace, récemment.
Bien que toléré, le nourrissage hivernal des passereaux avec des graines ou des boules peut également entraîner la transmission de maladies aviaires en favorisant leur promiscuité dans un espace restreint. Celui des rapaces diurnes lors d’hivers particulièrement rigoureux doit quant à lui faire l’objet d’une demande de permission auprès des services vétérinaires cantonaux ou des gardes-faune.

Coller des effaroucheurs
Qu’est-ce que l’on est bien, à l’abri d’une véranda pour observer merles et mésanges au jardin! Pourtant, baie vitrée, fenêtre XL ou balustrade de balcon transparente peuvent être des pièges mortels pour les oiseaux. Les silhouettes autocollantes de rapaces noirs ou jaunes en vente dans le commerce sont totalement inefficaces pour prévenir ces accidents! La Station ornithologique suisse réalise un important travail de prévention à ce sujet. «La cause de collision la plus connue est due à la transparence du verre. L’oiseau voit un arbre ou le ciel mais ne distingue pas la surface vitrée entre les deux. La réflexion de l’environnement dans les fenêtres est aussi un danger. L’oiseau est induit en erreur par le reflet et se cogne à la vitre.» Parmi les mesures les plus simples: la pose de stores, rideaux clairs ou persiennes permet de limiter les dégâts. Bien choisis et posés correctement, les autocollants sont aussi une option. Pour être efficaces, les motifs doivent être suffisamment denses. Les lignes, trames de points ou motifs fantaisistes de couleur claire, mais appliqués sur la face extérieure de la vitre ont fait leurs preuves. On les remarque notamment sur les abribus ou les parois antibruit.

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): DR

Questions à...

François Turrian, directeur romand de BirdLife Suisse

  • Quelles sont les principales erreurs que l’on peut commettre en pensant aider la faune?
    Les fausses bonnes idées sont légion. Le nourrissage, par exemple, est de plus en plus remis en question. Des études montrent que les effets peuvent être contre-productifs en diminuant le taux de reproduction des petits oiseaux. On sous-estime aussi le risque que certains obstacles représentent pour la faune. Un joli jardin aménagé en pensant à la nature, mais entouré d’une clôture hermétique ne pourra pas être colonisé par la petite faune terrestre, mammifères et batraciens.
  • Abris à insectes, nichoirs, mélanges de graines: tous ces produits censés favoriser la biodiversité sont-ils vraiment utiles?
    Ce marché est de plus en plus important, mais il vaut mieux se renseigner, par exemple auprès d’une association reconnue, avant d’acheter ces articles. Les mélanges de graines, notamment, peuvent contenir des espèces problématiques ou exotiques à éviter.
  • Les professionnels, architectes et paysagistes, sont-ils sensibles à ces questions?
    De plus en plus, mais il reste beaucoup à faire. Des essences de plantes invasives, comme les laurelles, sont toujours vendues en jardineries: c’est incompréhensible! Lors des rénovations de bâtiments, on exclut encore trop souvent des espèces d’oiseaux et de chauves-souris qui dépendent des anfractuosités pour se reproduire. La formation des différentes professions du bâtiment en interface avec la biodiversité devrait clairement être renforcée.

Le cas du chat

Avec une moyenne de 60 minets par kilomètre carré sur le Plateau suisse, la population de chats a un impact considérable sur la faune. Bien que ces adorables félins soient désormais nourris par leur propriétaire, ils n’en restent pas moins de redoutables prédateurs. Musaraignes, lézards, crapauds, tritons, oiseaux, libellules, papillons ont tout à craindre de leur présence! Pour avertir les oiseaux du danger, on peut équiper son chat d’une clochette ou d’une collerette. C’est malheureusement plus difficile à faire lorsqu’il s’agit du chat des voisins, ravi de découvrir, dans un jardin riche en biodiversité, un incroyable terrain de jeu.

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