Mordus de balades en plein air, faites attention aux serpents venimeux!

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Mordus de balades en plein air, faites attention aux serpents venimeux!

Chaque année, une trentaine de Suisses subissent des morsures de serpent sans gravité. Les spécialistes mettent cependant en garde contre les vipères aspic et péliade, deux espèces qui peuvent s’avérer dangereuses.

Mordus de balades en plein air, faites attention aux serpents venimeux!

Ils viennent de sortir de l’hibernation. Les serpents suisses refont chaque année surface dès les beaux jours après avoir passé la saison froide dans des trous, hors gel. C’est aussi la période où les marcheurs renouent avec les balades et profitent à nouveau des activités en plein air. Avec un risque cependant: sur les huit espèces de serpents que compte notre pays, deux sont potentiellement dangereuses, la vipère aspic et la vipère péliade.

En 2017, plus de 120 000 personnes sont décédées dans le monde des suites d’une morsure de serpent. En Suisse, la dernière attaque fatale remonte à 1961. Pourtant, on recense tous les ans une trentaine de cas de morsure sur notre territoire. Pour éviter ce genre d’accident, il s’agit tout d’abord de porter de bonnes chaussures (surtout pas de sandales!) et de prendre garde aux endroits les plus chauds, prisés eux aussi par les vipères après leur hibernation. En effet, l’aspic (voir ci-dessous) aime les territoires de plaine, comme la région de Lavaux, alors que la péliade vit quant à elle dans les rocailles et au pied des falaises, autour de 2000 mètres d’altitude. On reconnaît ces deux espèces venimeuses à leurs pupilles, qui sont verticales comme celles du chat. Ces vipères sont en outre plutôt petites, atteignant au maximum 80 cm, à ne pas confondre avec de plus grands serpents comme les couleuvres, qui peuvent, elles, mesurer jusqu’à 1 m 50 et sont inoffensives. En randonnée, enfin, on se méfiera des serpents qui semblent inanimés, car certains se mettent sur le dos, la langue pendant hors de la bouche, feignant ainsi la mort pour éviter une menace.

Morsures sèches

«On ne craint rien si on reste à une distance de 50 cm pour les observer», note l’herpétologue Michel Ansermet, collaborateur de l’aquarium Aquatis, à Lausanne. Ce passionné de reptiles remarque que dans la plupart des cas, ce sont les pieds et les mains qui sont touchés. Ce qui indique que soit la personne mordue a marché par mégarde sur le reptile, soit elle a tenté de s’en saisir, n’imaginant pas qu’un serpent peut prendre peur et attaquer. Il arrive également qu’au milieu d’une randonnée, on s’assoie dans l’herbe en s’appuyant sur les mains, sans prendre garde à la présence d’éventuels serpents derrière soi. Agriculteurs et bûcherons sont aussi une population à risque, car ils sont appelés dans leur travail à manipuler par exemple des tas de branches où aiment à se loger les reptiles.

Dans près de la moitié des cas de morsure, le serpent n’injecte pas de venin. C’est ce qu’on appelle une morsure «sèche» ou «blanche», qui est sans danger. Cela tient au fait que la production de venin coûte beaucoup d’énergie au serpent, qui ne l’utilisera que pour attaquer des proies à sa mesure, mais certainement pas un humain. «Il faudrait le venin de dix serpents pour venir à bout d’un randonneur d’environ 75 kg en bonne forme physique», précise Michel Ansermet. Cependant, les personnes fragiles ou âgées et les enfants sont des populations plus à risque, met en garde le spécialiste. «Dans ces cas de figure, ce n’est pas la toxicité du venin à proprement parler qui causerait la mort, mais plutôt une santé précaire à la base», relève-t-il.

Pas de succion ni de garrot!

Attention enfin aux remèdes de grand-mère, comme pratiquer une incision ou une succion à l’endroit de la morsure, ou encore improviser un garrot. François Chappuis, médecin au service de médecine tropicale et humanitaire des Hôpitaux universitaires de Genève et spécialiste des morsures de serpent, est catégorique: «Tenter de sucer le venin est inefficace et peut en fait empirer la situation, avec des risques de surinfection par des bactéries. Quant au garrot, deux effets pervers menacent: d’une part, la diminution de l’oxygénation des tissus, qui peut aggraver des nécroses nécessitant une chirurgie; d’autre part, au moment d’ôter le garrot, le venin peut brusquement circuler dans le corps et provoquer une envenimation plus générale avec notamment des troubles de la coagulation sanguine.»

Antivenin ou antibiotiques

Lors de la prise en charge d’une morsure par un serpent venimeux, les médecins sont ainsi attentifs aux signes d’envenimation locale (enflure autour de la morsure) ou générale, pouvant entraîner un état de choc et des hémorragies, et de réaction allergique aux composantes du venin, qu’on appelle le choc «anaphylactique». «La complication la plus redoutée lors des morsures de vipère, y compris celles présentes en Suisse: des troubles de la coagulation, avec des saignements au niveau de la peau, des muqueuses ou du tube digestif», observe François Chappuis. Dans les cas d’envenimation locale étendue ou généralisée, on injecte dans la veine un antivenin à base d’anticorps dirigés contre les composantes du venin. Le but de ce traitement est d’éviter que les toxines injectées par le serpent ne fassent leur effet dans les tissus. Enfin, en présence de signes de surinfection locale, «on administre des antibiotiques aux patients», précise le spécialiste.

Texte(s): Maryline Taille
Photo(s): Andreas Meyer/karch

Les bons réflexes

En cas de morsure, il ne faut pas attendre les premiers symptômes, même s’il y a un doute. Il convient impérativement d’appeler les secours et d’observer une marche à suivre simple afin de ne pas péjorer la situation. «Il est primordial de rester calme, de préférence couché ou assis, d’éviter les efforts excessifs et la mobilisation de la partie mordue, ce qui favorise la dissémination du venin dans le corps», conseille le Dr François Chappuis. Autre réflexe à avoir au plus vite: enlever ses bijoux, montre, bracelet et bague, qui pourraient présenter un risque de compression en cas d’enflure de la plaie.

Deux espèces à éviter

La vipère aspic

Elle s’épanouit jusqu’à 2000 m d’altitude et dans les lieux ensoleillés. Elle peut être grise, beige, jaunâtre, rouge brique, complètement noire, ou présenter des intermédiaires entre ces différentes teintes. C’est le serpent qui a la plus grande variation naturelle de couleurs au monde. La vipère aspic mesure 70 cm maximum. Elle se nourrit de lézards et de rongeurs. En Suisse, elle est victime du commerce illégal causé par sa grande beauté: on la capture pour la vendre à l’étranger. La vipère aspic vit environ quinze ans. Sa pupille est verticale.

La vipère péliade

On la trouve jusqu’à 3000 m d’altitude, dans les pierriers ou les zones marécageuses. Elle est de couleur brune avec un zigzag brun foncé à noir; certaines sont aussi toutes noires. Elle mesure environ 60 cm et se nourrit d’amphibiens et de rongeurs. Elle vit environ quinze ans. Sa pupille est verticale. Les spécialistes ne révèlent jamais l’emplacement de son lieu de vie afin de la protéger. Comme l’aspic, elle fait l’objet de prélèvements par des personnes qui en font un animal de compagnie ou s’enrichissent via un trafic illégal.