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décryptage
Le cornichon suisse se fait désirer

Les cornichons helvétiques manquent pour remplir les bocaux de Reitzel, dont la demande augmente. Reportage à Carrouge (VD), au Domaine du Gallien, où la récolte s’achève dans d’excellentes conditions.

Le cornichon suisse se fait désirer

À Carrouge (VD), au Domaine du Gallien, les plants de cornichons semblent donner leurs dernières forces en cette fin septembre. Autour des cueilleurs, les caissettes se remplissent rapidement, malgré les températures matinales fraîches et la luminosité déclinante. «Ce sont les tout derniers jours d’une récolte qui aura duré trois mois», confient Anne et Aurélien Jordan, qui cultivent du cornichon pour la deuxième saison consécutive sur leur domaine de 40 hectares, à 700 mètres d’altitude. En parallèle de leur atelier d’engraissement de génisses et de leurs chevaux en pension, la famille Jordan produisait jusqu’alors blé, orge, colza, maïs et tabac. «Nous avons commencé le cornichon en guise de diversification.»
Voilà quelques années que cette culture a fait sa réapparition en Suisse romande, grâce à l’entreprise aiglonne Reitzel qui est aujourd’hui à la recherche de nouveaux producteurs (voir encadré ci-dessous). Si elle s’avère tout à fait possible dans des terrains et à des altitudes variés, elle n’en est pas moins exigeante en main-d’œuvre. «Je compte 3000 heures de travail entre la fin juin et mi-septembre. C’est trois à quatre fois plus que pour le tabac», glisse Aurélien Jordan qui a engagé une équipe de six personnes entièrement dédiée aux cornichons.

Repiquage à la mi-mai
L’agriculteur joratois produit ses propres plantons en utilisant ses serres à tabac. Il y effectue ses semis à la mi-avril. «On pourrait semer directement en pleine terre, à la fin du mois d’avril, mais à notre altitude, ce serait risquer les gels tardifs. Chez nous, le repiquage assure un bon démarrage et une précocité de récolte.» Aux champs, le sol est préparé sur les sept premiers centimètres. «La terre doit être meuble sans pour autant être semoule.» Un labour, un passage de herse et un bon apport de fumier sont nécessaires. «J’intègre également une interculture à base de légumineuses, comme le trèfle ou un mélange avoine-pois-poisette, précise Aurélien Jordan. Ici, nous disposons de sols moyens à lourds, structurés, qui retiennent bien l’eau.»
Si cette dernière est un facteur de réussite, les températures n’en sont pas moins cruciales. «J’attends toujours que les saints de glace soient passés pour repiquer.» Quelques jours avant la plantation, des films de paillage biodégradables noirs ainsi qu’un goutte-à-goutte sont tirés. «La mise en terre est mécanisée, grâce à une repiqueuse à légumes qui poinçonne les films plastiques tous les 30 cm. En un après-midi, le travail est fait.»
Vient ensuite la période de croissance, au cours de laquelle il faut être particulièrement intransigeants avec les mauvaises herbes et les maladies. «On n’a pas de limaces grâce aux plastiques, ni de pucerons ou de mouches blanches grâce à l’altitude. Par contre, mildiou et oïdium sont à prendre très au sérieux.» Les traitements étant bannis sitôt que commence la période de récolte, la culture doit donc être impeccable pour la fin du mois de juin.

L’eau, le nerf de la guerre
Dès que commence la production, la gestion de l’irrigation devient capitale. «Nous avons tiré des conduites depuis la maison jusqu’aux parcelles, de façon à pouvoir arroser. C’est indispensable, car les cornichons, qui présentent un faible système racinaire restant en superficie, sont extrêmement gourmands en eau.» Les Jordan comptent donc 2 à 3 mm par jour, et ce malgré un sol affichant une bonne réserve utile en eau. «Il ne faut bien entendu pas trop arroser, au risque de faire pourrir les racines.» Si l’agriculteur a parfaitement maîtrisé cet aspect cet été, il n’a par contre rien pu faire contre la grêle qui s’est abattue sur son champ le 15 juin. «Elle a provoqué des dégâts sur les feuilles, fleurs et jeunes fruits. Les plants ont été traumatisés et les premières récoltes retardées.»
La production a malgré tout été excellente cette saison. «On a beau mettre en place des stratégies pour gérer le pic de travail, on est débordé de mi-juillet à mi-août», confient en chœur Anne et Aurélien Jordan. Car la principale difficulté de la culture du cornichon, c’est de cueillir ses fruits au bon moment. «Les plants sont généreux et poussent tant que les conditions sont bonnes, mais un cornichon trop gros n’a aucun intérêt commercialement parlant!»
Une machine de récolte a été spécialement développée par l’agriculteur. Enjambant trois rangs, elle permet à six cueilleurs de sélectionner les fruits. Un travail fastidieux, mais nécessaire. «Si le kilo de cornichons au bon calibre est payé 6,50 francs, ce qui dépasse le quota est rémunéré 15 fois moins, soit 40 centimes le kilo…» Les Jordan livrent leur production Ω qui atteint les 40 tonnes sur un hectare Ω trois fois par semaine à Aigle, chez Reitzel. «C’est une culture astreignante mais qui nous offre une belle satisfaction, celle de voir notre labeur bien mis en valeur.»

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller/Eric Bernier

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