Une bande de petits apiculteurs à la découverte des mystères du rucher

Terroir
L'été des enfants 3/5
Une bande de petits apiculteurs à la découverte des mystères du rucher

L’école finie, camps de vacances et journées thématiques font découvrir la nature et le monde paysan aux enfants. Nous les suivons tout l’été dans leurs activités. Pour le troisième épisode, nous avons participé à une journée d’initiation à l’apiculture.

Une bande de petits apiculteurs à la découverte des mystères du rucher

«Avant de nous approcher des ruches, je vous rappelle quelques règles de sécurité», dit Claude Spicher. Le ton est donné: lorsqu’on côtoie des abeilles, un peu de prudence s’impose. Et même si c’est les vacances! Consciente du sérieux de la situation, la petite assemblée fait silence pour écouter les instructions. Ils sont cinq enfants à s’être inscrits à cette activité de découverte de l’apiculture à Vuisternens-en-Ogoz (FR). Certains connaissent un peu les abeilles, d’autres en ont une peur bleue.
«Ne faites pas de gestes brusques, leur répète Claude Spicher. Même si une abeille se pose sur votre bras.» L’animateur du jour connaît son sujet: il est l’un des inspecteurs des ruchers du district de la Sarine. Mais plus encore, il est convaincu de l’importance de ces ateliers destinés aux plus jeunes. «Un enfant qui est passé dans un rucher voit les choses différemment, assure-t-il. Les abeilles nous sensibilisent à la problématique de la pollinisation, aux saisons, à la nature dans son ensemble.»

L'été des enfants - Apiculture à Vuisternens-en-OgozLa ruche vit à un autre rythme
La petite troupe doit d’abord marcher quelques minutes sous le soleil, puis dans la fraîcheur de la forêt, pour atteindre le rucher signalé par le discret bourdonnement des insectes. De loin, on ne voit qu’un pavillon en bois. Il faut le contourner pour découvrir, contre la façade, les huit ruches colorées. Claude Spicher contourne le rucher et ouvre une porte située à l’arrière. Dans cette petite pièce baignée de soleil, des ouvertures vitrées laissent aux visiteurs tout loisir d’observer l’activité qui règne dans les ruches. Les enfants poussent des cris de surprise en découvrant ce spectacle, puis ils s’avancent timidement pour s’approcher des insectes qui, indifférents à la présence de ces jeunes apiculteurs d’un jour, s’affairent entre les rayons.
Pendant quelques minutes, les enfants restent muets, fascinés par les mouvements des insectes. Puis les questions fusent: «Comment les abeilles font-elles pour élire la reine?» «Il y a des mâles, ou seulement des femelles?» «Combien de temps leur faut-il pour remplir un pot de miel?» Sans se démonter ni sourire aux questions les plus naïves, Claude Spicher répond à chacun avec patience et pédagogie. Il raconte le cycle de vie de ces insectes, de la ponte à la production de miel. Fascinés par cette société parfaitement organisée, les enfants sont avides de chiffres. Une manière de mesurer le spectacle qui se déroule sous leurs yeux. Car une ruche, c’est un monde qui vit à une autre échelle. «Une abeille née en été meurt après un mois», explique l’apiculteur, suscitant des exclamations dans l’assemblée. «Et elles sont environ 40 000 dans chacune des ruches. Cela doit faire à peu près 4 kilos d’insectes!» Pour rendre ces données abstraites plus facilement compréhensibles, Claude Spicher doit multiplier les comparaisons. Ainsi, à la question de savoir à quelle vitesse vole une abeille, il répond: «À une trentaine de kilomètres par heure. Comme… comme un vélomoteur!»

Une organisation fascinante
«Comment vous faites pour qu’elles viennent s’installer dans votre rucher?» demande Merlin, 11 ans. «Soit je récupère un essaim, soit j’achète une colonie», répond Claude Spicher. Son jeune public est abasourdi: «On peut acheter des abeilles?» Échanger des insectes contre de l’argent, voilà qui surprend les enfants.
L'été des enfants - Apiculture à Vuisternens-en-OgozCe qui passionne le plus les cinq curieux, c’est l’organisation qui régit la vie d’une colonie. «Est-ce qu’elles se parlent?», lance une petite voix. «Non, tranche François, 10 ans et la langue bien pendue. Elles ne parlent pas, elles communiquent en bougeant! C’est comme une danse.» Et Claude Spicher de prendre le relais en expliquant la manière dont une abeille mime le chemin à suivre pour trouver une source de nectar.
Celle que les visiteurs rêvent de voir, c’est la reine. Bien sûr, l’apiculteur leur a dit qu’elle ne venait jamais du côté de la vitre. Mais ils ouvrent tout de même un œil attentif. «Elle est plus grosse que les autres, celle-ci, non?» Peine perdue: la reine ne se montre pas. «Elle ne va pas chercher de nectar, répète l’un des enfants comme pour s’assurer qu’il a bien tout retenu. Mais alors, elle ne fait rien de la journée?» Éclat de rire général. «C’est vite dit, sourit Claude Spicher. La reine pond 2000 œufs par jour. Ce n’est pas rien, non? Imaginez: plus d’un par minute. Depuis que nous sommes arrivés, chacune des huit reines a donc déjà pondu près de cent œufs.» De quoi donner le vertige.

Tous les insectes sont utiles
Une des filles sursaute brusquement. «Ah non, ce n’était qu’une mouche!», souffle-
t-elle en regardant son coude. Dans le petit rucher, les enfants se passent de main en main une plaque de cire, une cellule royale puis une loupe pour observer de plus près quelques varroas, ces acariens qui causent de terribles pertes au sein des colonies. «Et les guêpes, ajoute l’un des petits, elles tuent aussi les abeilles?» L’apiculteur lui répond que non. «Ouais, ben elles servent à rien, de toute façon.» «Mais si, rétorque un autre enfant. Tous les insectes servent forcément à quelque chose, sinon ils ne seraient pas là.»
Le temps passant, tout le monde se détend et s’habitue à la présence vrombissante des abeilles. C’est le moment de faire une petite pause pour se désaltérer. Pas de boissons sucrées, par contre: elles sont proscrites pour éviter d’attirer les butineuses. Tout à l’heure, on grimpera dans la forêt voisine pour aller pique-niquer. Mais la matinée n’est pas finie: Claude Spicher va capturer une abeille pour faire une démonstration de marquage d’une reine. Vite, on retourne au rucher!

L'été des enfants - Apiculture à Vuisternens-en-Ogoz

Texte(s): Clément Grandjean
Photo(s): Clément Grandjean

Ailleurs en Romandie

Les ruches s’ouvrent volontiers aux enfants
De nombreux ruchers proposent des activités pédagogiques, et pas seulement en été. En voici une petite sélection:

  • Fribourg: Carine Beaud a lancé Graines d’apiculteurs à Riaz en 2015. Journées et ateliers sont organisés durant toute l’année, en fonction de l’âge des enfants.
  • Genève: La Société cantonale d’apiculture a mis en place un rucher-école dans l’enceinte du domaine de Lullier. Les apiculteurs y accueillent les classes du canton.
  • Neuchâtel: À Cernier, ne manquez pas l’Espace abeilles d’Évologia. Bâti en 2012, cet édifice sur deux étages présente de nombreuses ruches, certaines vitrées. Accès libre toute l’année, manifestations et animations pour enfants fréquentes.
  • Vaud: Le rucher-école de la Société d’apiculture de Lausanne s’ouvre régulièrement au jeune public, notamment dans le cadre du passeport vacances.

Bon à savoir

Un passeport pour des vacances réussies
Le passeport vacances, c’est une véritable institution. Villes, régions et cantons rivalisent d’imagination pour proposer aux plus jeunes des activités récréatives et instructives durant les mois d’été. À Fribourg, c’est du 7 juillet au 11 août que cela se passe. Et le programme est richement fourni: chasse au trésor, visite d’une pisciculture, d’un barrage ou d’un aérodrome, atelier de fabrication de chocolat, initiation à la magie, au soufflage de verre, au karaté, au kayak ou à l’équitation, les bambins n’ont que l’embarras du choix!

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