Enfants, chercheurs et amateurs: sommes-nous tous des scientifiques?

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Enfants, chercheurs et amateurs: sommes-nous tous des scientifiques?

Les projets de sciences participatives se multiplient dans tous les domaines. Faire avancer la science, c’est gratifiant pour les volontaires. Bénéficier de l’aide de millions d’amateurs est un plus pour les chercheurs.

Enfants, chercheurs et amateurs: sommes-nous tous des scientifiques?

Un loir s’est endormi dans votre cabane de jardin? Signalez sa présence sur le site www.nosvoisinssauvages.ch. Vous aimez herboriser? Participer aux Missions Découvertes d’info-flora sur le terrain. L’univers inconnu vous fascine? Visionnez les images envoyées par le télescope Wise de la Nasa pour découvrir la neuvième planète du système solaire. Dans tous les domaines de sciences naturelles ou humaines, des techniques ou même de la santé, l’aide des citoyennes et citoyens est de plus en plus recherchée. Les sciences participatives ont la cote!
L’idée n’est toutefois pas nouvelle, astronomes ou naturalistes en herbe ont, lors des siècles passés, apporté des contributions non négligeables à l’avancée de nos connaissances. Mais l’internet a changé l’échelle en ouvrant les portes du vaste monde. Les applications pour smartphone ont grandement facilité la récolte des données. La géolocalisation a amélioré leur précision. Techniquement, les chercheurs déploient aujourd’hui des trésors d’ingéniosité pour rendre le travail des volontaires attractifs. Galeries photos, quiz, concours, ambiances dignes de meilleurs jeux vidéo: la collecte et l’analyse de données sont devenues attractives et ludiques.
Selon la définition, «les sciences participatives impliquent, enfants et amateurs de façon active dans un processus de nature scientifique qui génère de nouvelles connaissances». Des deux côtés, on y trouve son compte. Aux citoyens d’apporter leur engagement bénévole, leur savoir et leurs idées tout en se familiarisant avec la recherche. Aux scientifiques, l’avantage de bénéficier d’une masse d’informations qu’ils n’auraient sans doute pas pu traiter ou récolter seuls. «Les capacités cognitives d’un grand nombre de personnes sont supérieures à celles d’une seule, fût-elle scientifique, précisait François Grey, coordinateur du Centre de cyberscience citoyenne à l’Université de Genève, dans un article récent. Après avoir analysé une centaine d’images, un chercheur va commencer à faire des erreurs. À l’inverse, plusieurs volontaires travaillant sur un même sujet vont pouvoir se corriger entre eux.»
Les projets participatifs ont généralement deux visées. La première sert la science: accélérer la récolte ou le dépouillement de données innombrables. En 2010, le Muséum d’histoire naturelle de Paris a lancé un vaste programme de numérisation. 6,5 millions de planches ont été scannées, restait à les classer. Mais les inscriptions manuscrites historiques sont illisibles pour des logiciels. Le Muséum a donc fait appel aux web-citoyens du monde entier. Il aurait fallu cinq cents ans a un chercheur seul pour arriver au bout de cette tâche. Des internautes assis dans leur salon y parviendront bien avant.

L’effet démultiplicateur
Sur le terrain aussi, les projets participatifs peuvent disposer d’un sérieux avantage du fait de la forte dissémination des participants. La Société suisse de biologie de la faune l’a bien compris. Pour son projet de nouvel Atlas des mammifères de Suisse et du Liechtenstein, elle fait appel aux talents d’observation de tous les amis de la nature, ce qui permet d’augmenter sensiblement le nombre et la distribution géographique des informations concernant tant les écureuils que les marmottes. Il aurait été impensable de recruter, et de payer, des scientifiques professionnels pour accomplir cette tâche sur tout le territoire helvétique.
L’effet démultiplicateur peut être encore plus fort: 420 000 personnes ont participé aux comptages et recensé plus de 6,7 millions d’oiseaux pour le projet Oiseaux de nos jardins, relayé chaque printemps par BirdLife. «Bien sûr, une heure d’observation libre des volatiles dans son jardin apporte des résultats hétérogènes, mais l’image globale reste intéressante, souligne François Turrian, directeur de BirdLife Suisse. C’est surtout un bon outil de sensibilisation à la biodiversité.»

L’effet sensibilisateur
En effet, le second objectif des sciences participatives est de sensibiliser la population. Pour cette raison, les enfants sont souvent parmi les premiers ciblés. «L’idée de PhaenoNet était de sensibiliser les élèves aux changements des plantes dans leur environnement grâce aux outils d’observations phénologiques, relève Éric Wyss, directeur du programme éducatif international GLOBE Suisse. Comme nous avions des contacts avec les experts de MétéoSuisse, la coopération scientifique a été poursuivie. Nous avons développé une plate-forme internet où élèves et professionnels saisissent leurs observations et profitent des analyses.» Le fait que les participants bénévoles aient un retour d’informations sur les projets auxquels ils participent fait partie intégrante du marché. Cela permet à la fois de démocratiser les résultats de la rechercher scientifique et d’impliquer le public dans des thématiques qui influencent bien souvent les politiques publiques ou, plus largement, l’évolution de notre société.

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): Thierry Porchet

Comment participer?

Le multimédia ayant grandement favorisé l’essor des sciences participatives, on trouve, sur internet, des plates-formes qui rassemblent ces projets. Petit florilège subjectif et non exhaustif:

www.schweiz-forscht.ch
Le site suisse Tous scientifiques liste des projets en lien avec les domaines suivants: santé, univers, climat, société, laboratoire, langue, technique, faune, plantes.etc.

www.open-sciences-participatives.org
Ce portail présente des observatoires de la biodiversité français. Il a été créé par le Muséum national d’histoire naturelle de Paris dans le cadre du projet 65 millions d’Observateurs.

www.citizen-science.at et www.buergerschaffenwissen.de
Les plates-formes autrichienne et allemande.

Questions à...

Tiina Stämpfli, adjointe du directeur et cheffe de l’équipe suisse alémanique de la Fondation Science et Cité

Les projets participatifs sont-ils compliqués à mettre en place en matière de ressources financières et d’expertise technique?
Ils doivent être pensés dès le départ et gérés soigneusement. Ils exigent, il est vrai, des ressources financières différentes, en fonction des projets. Dans le niveau 1, les citoyens servent de capteurs de données; au niveau 2, leur rôle est celui d’interprètes essentiels; au niveau 3, ils participent à la définition des problèmes et à la collecte des données. Au niveau 4, il s’agit carrément de recherche et d’analyse conjointe des résultats.

Qu’en est-il de la fiabilité des données récoltées?
Elle est très importante! C’est un prérequis pour qu’elles puissent être utilisées scientifiquement. La fiabilité augmente si seules des connaissances fondamentales sont nécessaires pour participer et si les objectifs sont très explicites. Les données peuvent également être contrôlées par des algorithmes ou manuellement. D’autres fois, elles sont si nombreuses que les erreurs deviennent statistiquement négligeables. Un travail de bachelor de l’Université de Berne autour du projet PhaenoNet a montré que la différence entre les observations faites par des professionnels et celles des amateurs est de moins de 5%. Elles peuvent donc sans risque être utilisées à des fins scientifiques.