Enquête
En plein essor, la betterave sucrière bio cherche des producteurs

Il se cultivait 19 hectares de betteraves à sucre bios en Suisse en 2017. Cette année, ce sera plus de 100 hectares. Mais pour couvrir les besoins d’un marché très demandeur, il faudrait à terme doubler cette surface.

En plein essor, la betterave sucrière bio cherche des producteurs

La betterave à sucre bio a le vent en poupe! La raison? Une demande en sucre indigène labellisé Bourgeon en forte augmentation ces dernières années. Le marché, jusqu’alors inexistant, a soudainement décollé. Mais faute de volumes suffisants en Suisse, 90% des betteraves bios transformées à Frauenfeld (TG) provenaient encore, en 2018, du sud de l’Allemagne, où elles ont été produites selon les normes du Bourgeon suisse. L’entrée en vigueur de la nouvelle législation «Swiss­ness», qui oblige les transformateurs souhaitant afficher un emblème helvétique (croix suisse, Cervin, etc.) sur leurs emballages à utiliser des matières premières d’origine helvétique, a cependant changé la donne. L’objectif est désormais clairement affiché par les industries agroalimentaires, les sucreries et Bio Suisse: il faudra 250 hectares d’ici à 2023 pour récolter les 12 000 tonnes de betteraves bios nécessaires à couvrir les besoins du pays. La filière a donc mis en place un système de rétribution spécifique pour les producteurs bios. Ainsi, pour la troisième année consécutive, ces derniers vont bénéficier en 2019 d’une prime spéciale de 30 francs la tonne, qui complète le prix de base de 124 francs la tonne, et une indemnité variant autour de 4 francs. À cela s’ajoutent une prime de livraison hâtive, voire des suppléments liés à la qualité.
Ces mesures ont fait mouche auprès des agriculteurs, qui sont cette année au nombre de 45 à s’être annoncés auprès de la sucrerie thurgovienne. «On est passé de 68 hectares en 2018 à 110 cette année, précise Markus Meier, chargé du développement de la production bio à Frauenfeld. Cette progression est réjouissante.»

Un défi agronomique
Reste qu’en agriculture biologique, cultiver de la betterave sucrière est un véritable défi agronomique que peu d’agriculteurs ont encore osé relever. «La culture de cette plante est exigeante», reconnaît Milo Stoecklin, conseiller bio à la Fondation rurale interjurassienne. Avec près de la moitié des surfaces cultivées en 2018, le canton du Jura est l’un des principaux contributeurs à l’essor de la betterave bio. «La plupart des agriculteurs qui se lancent sont d’anciens betteraviers conventionnels, qui avaient dû abandonner cette production lors de leur reconversion au bio, faute de marché et de prix intéressant.» Ces derniers savent donc combien la betterave ne supporte pas la concurrence des mauvaises herbes. «Le désherbage est le point central pour réussir cette culture, poursuit Milo Stoecklin. À la différence du maïs, elle lève lentement et pâtit de son retard par rapport au développement des adventices.» Pour maîtriser les mauvaises herbes, il n’y a donc pas de recette miracle aux yeux du conseiller, qui recommande aux producteurs d’adopter une stratégie englobant autant les précédents culturaux, le travail du sol que le suivi technique (voir ci-dessous). «Avec 50 tonnes par hectare et des taux de sucre de 19,8% l’an passé, les rendements sont loin d’être ridicules, constate-t-il. Les agriculteurs bios ont donc ici une belle carte à jouer.»

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): DR

Critères à respecter

Choix de la parcelle
La betterave demande une parcelle particulièrement propre, qui affiche un stock grainier le plus faible possible. «On sera notamment attentifs aux chénopodes, l’ennemi No 1 de la betterave», met en garde Milo Stoecklin. La betterave s’insère sans difficulté dans une rotation culturale traditionnelle bio, préférant les sols mi-lourds et profonds avec peu de cailloux. «Les céréales sont des précédents intéressants, poursuit le conseiller, et les exigences en matière de fertilisation ne sont pas spécialement élevées. On choisira un couvert végétal pas trop riche en légumineuses, à compléter par un apport de fumier ou de lisier avant le semis.» Globalement, pour faciliter une levée vigoureuse et rapide, il faut soigner le travail du sol afin d’obtenir un lit de semences homogène. Gare au tassement, la betterave y est particulièrement sensible!


Semis et Récolte
En bio, il ne faut surtout pas précipiter les semis de betteraves sucrières, au contraire! Il est nécessaire de s’assurer d’une fenêtre d’une dizaine de jours avec des températures douces, supérieures à 10°C. «Je retarde mes semis au maximum, jusqu’à la deuxième quinzaine d’avril», confirme Claude Étique, agriculteur à Bure (JU). L’objectif est de permettre aux graines de lever le plus rapidement possible afin de couvrir le sol et de ne pas laisser la place aux adventices. «Il faut cependant se rappeler que les betteraviers bios seront parmi les premiers producteurs à récolter, dès la mi-septembre, précise Milo Stoecklin, car, à son ouverture, la sucrerie de Frauenfeld (TG) commence par transformer ces betteraves.» Les conditions de récolte sont donc souvent idéales pour les betteraviers bios, mais le rendement peut être péjoré par cette date de récolte précoce.


Nécessaire désherbage
Le plus grand défi de la culture de betteraves bios est sans nul doute la régulation des adventices. «Nous recommandons un labour d’hiver, suivi de plusieurs passages à l’aide d’un outil à dents.» Dès que les conditions le permettent, en sortie d’hiver, les faux semis constituent en effet une prévention efficace contre les mauvaises herbes. Une fois la betterave semée et levée, le désherbage mécanique reste cependant indispensable. «Le sarclage interrang peut intervenir à l’apparition des lignes, dès que les plants ont dépassé le stade deux feuilles, précise Milo Stoecklin. La herse étrille est également un atout précieux, mais gare à ne pas recouvrir les plantules, car la betterave ne le supporterait pas.» Par hectare, il faut compter entre 20 et 70 heures de travail de désherbage manuel, environ, qui viennent s’ajouter au désherbage mécanique.


Ecimer pour épuiser
Décidé à faire de la betterave sucrière un des piliers de son domaine bio, Claude Étique a choisi d’investir dans une écimeuse afin de compléter son équipement destiné à la culture de la betterave sucrière. «Je laisse lever et se développer les chénopodes, jusqu’à ce qu’ils dépassent les lignes de betteraves. Puis, un passage d’écimeuse me permet de couper les têtes de ces adventices concurrentes, épuisant ainsi le stock de graines de la parcelle pour les années à venir.» Équipée de couteaux hydrauliques, l’écimeuse de six mètres de large est attelée à l’avant du tracteur, qui peut rouler jusqu’à 15 km/h. «J’effectue deux ou trois passages pendant l’été, jusqu’à deux semaines avant la récolte.» L’agriculteur reconnaît cependant que l’écimeuse n’est pas une solution miracle, mais s’intègre dans une stratégie plus large de lutte contre les mauvaises herbes.


Variétés: un choix limité
Actuellement, les producteurs bios de betteraves sucrières n’ont guère de possibilités en termes de choix variétal, puisque le Centre betteravier suisse n’a recommandé qu’une seule variété, à savoir Samuela. «C’est effectivement la plus résistante à la cercosporiose, reconnaît Milo Stoecklin, mais elle n’est malheureusement pas spécialement sélectionnée pour sa vigueur à la levée.» Parmi les ravageurs à surveiller à la levée, seule la limace peut être combattue directement. La gestion des nuisibles souterrains (mille-pattes, vers fil de fer, tipules…) sera un facteur clé de la culture. «La rotation est essentielle pour limiter tant les maladies que les ravageurs, prévient Milo Stoecklin. On recommande de ne pas revenir avant cinq ans sur la même parcelle.» Le travail du sol exerce aussi une pression sur ces indésirables.

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