En autocueillette, on soigne les fruits et la relation aux clients

Conso Manger Terroir
Diversification agricole
En autocueillette, on soigne les fruits et la relation aux clients

Pourquoi des producteurs de fruits ou de légumes ont-ils choisi l’autocueillette comme mode de vente directe? L’économie de main d’œuvre est réelle. Mais les risques existent. Une bonne logistique et un certain entregent sont aussi de mises.

En autocueillette, on soigne les fruits et la relation aux clients

La vente directe a pour objectif de supprimer les intermédiaires entre producteurs et consommateurs. Avec l’autocueillette, ce but est atteint, vu que le client récolte directement sur place ce dont il a besoin. Cela permet de diminuer drastiquement la main-d’œuvre agricole. «Dans le cas des fraises, on sait qu’elle représente plus de la moitié des coûts de production, relève David Vuillemin, directeur de l’Union fruitière lémanique. En autocueillette, d’autres coûts doivent bien sûr être rapportés, mais cela reste avantageux.» Alors, les fraises ont la part belle. Elles sont attractives, faciles à cueillir et tellement meilleures à parfaite maturité, juste tiédies sous le soleil. L’autocueillette de framboises, de cerises, de pommes, mais aussi de légumes se développe. Les chiffres manquent pour circonscrire l’étendue de cette forme de diversification agricole.

Une forme d’agritourisme
Certaines adresses à Saules (BE) Gollion (VD) ou Courrendlin (JU) démentent l’idée qu’il faudrait se situer à proximité d’une zone urbaine densément peuplée pour se lancer sur ce marché. Cette relative dispersion géographique s’explique sans doute par le fait qu’aller ramasser des fruits tient, aujourd’hui, plus du loisir ou d’une forme d’agritourisme que de l’approvisionnement. Idéalement placé à La Côte, André Tellenbach, des Fruits du Paradis, à Rolle (VD), le reconnaît volontiers: «Les gens viennent cueillir des fraises, mais également vivre une expérience.» Les familles sont nombreuses. Ramasser ses fruits, c’est l’occasion de voir d’où viennent nos denrées alimentaires et comment elles sont produites. Qu’il reparte avec 500 grammes ou 20 kilos, chaque client a la même importance et doit être accueilli de la même manière. «Durant une heure ou deux, notre champ est un peu leur jardin, complète Samuel Pache, de la Ferme du Taulard, à Romanel-­sur-Lausanne (VD). Il faut l’accepter. Nous accueillons parfois des écoles, des EMS ou des institutions. Cette activité à un côté social.»
La plupart des maraîchers interrogés sont spécialisés dans la vente directe et en utilisent plusieurs canaux. Ils disposent aussi d’un magasin à la ferme, d’un distributeur automatique ou de stands aux marchés. Généralement, ils réservent des cultures entières à l’autocueillette, à l’exception des arboriculteurs. «Pour des raisons évidentes d’accessibilité et de sécurité, on réserve au public le bas des arbres et nous cueillons en hauteur», explique Bertrand Cheseaux, des Vergers d’Aigle (VD).

Balance et parking aux normes
Concrètement, l’autocueillette peut être mise en place sans autorisation particulière de la part des offices du commerce ou des services d’hygiène. Eva Flückiger, conseillère agricole et responsable de l’École supérieure d’agrocommerce et d’agrotechnique à Grangeneuve (FR), rappelle toutefois que le producteur doit disposer d’une balance tarée autorisée par le Canton et la faire contrôler régulièrement. Elle suggère également de se renseigner auprès de la commune ou de la police du point de vue de la circulation et du parking. En effet, l’affluence peut atteindre plusieurs centaines de personnes par jour. Signalisation, accès aisé en voiture, places de parc sont donc indispensable. À la Ferme du Taulard, qui pratique l’autocueillette de fraises depuis presque vingt ans, la logistique est rodée. «Nous semons des bandes engazonnées à proximité de ces parcelles pour que l’accès reste confortable même après la pluie.» Le paillage des fraisiers remplit naturellement ce rôle. Généralement, l’infrastructure se réduit à une tente ou une caravane. Le personnel, souvent familial, se compte sur les doigts d’une main: quelqu’un à l’accueil, à la tare des récipients, à la pesée et à la caisse. «Les jours de grande affluence, souvent les week-ends, nous sommes jusqu’à cinq, sur la parcelle, pour indiquer aux gens où ils peuvent cueillir et répondre aux questions», souligne Daniel Perroud, à ­Attalens (FR). Le choix variétal doit permettre un bon échelonnement des récoltes, privilégier le goût par rapport aux aspects liés à la conservation. Il faut que les fruits se détachent facilement et qu’ils poussent au-dessus du feuillage pour éviter que les gens n’aient à les chercher. Mara des bois, joly ou cléry sont des variétés couramment plantées.

Risques météorologiques
Quand il n’y a pas de fruits, quel que soit le mode de commercialisation, le producteur est perdant. Cette année, plusieurs d’entre eux ont subi d’importants dégâts dus au gel printanier. Les quantités n’étant pas au rendez-vous, la rentabilité sera toute relative. Comme pour toute production maraîchère, les conditions météorologiques donnent le la. Elles représentent ici l’un des principaux risques. Les fruits peuvent être à parfaite maturité, si personne ne vient les cueillir parce qu’il pleut ou qu’il fait trop chaud, ils sont perdus. Quand à la dégustation en plein champ, elle fait partie du jeu! Elle ne semble guère poser de problème aux producteurs, qui savent réfréner les gourmands avec tact et diplomatie.

Texte(s): Marjorie Born
Photo(s): Claire Muller

La communication est essentielle

Lue sur le site internet d’un producteur, cette phrase illustre toute la problématique: «Nous ouvrons ce matin même s’il pleut un petit peu. Si cela devenait trop orageux, alors nous vous communiquerons si nous fermons plus tôt.» L’autocueillette, de par sa brièveté – quelques semaines pour les fraises, voire une saison tout au plus –, exige de communiquer au bon moment, et efficacement. Il faut éviter que les gens se déplacent pour rien. Pour annoncer l’ouverture, la Ferme du Taulard a envoyé plus de 400 mails aux clients qui avaient émis le désir d’en être informés. À Rolle (VD), André Tellenbach multiplie les canaux d’information. «Je publie une annonce dans le journal local, je distribue des tous-ménages, j’installe une signalétique dans les environs et, bien sûr, je mets à jour notre site internet et notre page Facebook.» Les médias sociaux sont pratiques pour informer rapidement, lorsque les cultures ne sont pas ouvertes en continu. Mais le téléphone reste indispensable, idéalement avec un numéro dédié et un message préenregistré sur répondeur, à renouveler régulièrement.
Les clients arrivés, reste à les accueillir avec bienveillance, disponibilité et parfois diplomatie. «Sous la tente, au bout du champ, on met quelqu’un de la famille ou des étudiants, plutôt qu’un ouvrier agricole qui ne parlerait pas bien le français», explique Daniel Perroud, d’Attalens (FR). La vente directe crée le contact. Aux producteurs d’en profiter pour expliquer les joies et les contraintes de leur métier aux clients qui se déplacent jusque chez eux.

Bonnes adresses

Plusieurs sites internet recensent les bonnes adresses pour l’autocueillette. En voici une sélection non exhaustive.