Du méthane dans le réservoir: la nouvelle promesse de New Holland

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Du méthane dans le réservoir: la nouvelle promesse de New Holland

Le tractoriste italien commercialisera en 2019 un tracteur alimenté avec du méthane et qui affiche des performances environnementales impressionnantes. Une petite révolution technologique que nous avons pu découvrir.

Du méthane dans le réservoir: la nouvelle promesse de New Holland

Une conduite standard, des performances semblables à celles de ­n’importe quel autre tracteur de sa gamme et, sous le capot, une motorisation à six cylindres équipée d’une transmission on ne peut plus traditionnelle… À première vue, ce tracteur T6 de New Holland n’a rien de révolutionnaire! Mais il le devient si l’on se penche sur ses caractéristiques techniques: 80% d’émissions polluantes en moins par rapport à un moteur diesel standard pour les mêmes performances et un coût horaire du carburant réduit de 25%, promet le constructeur! Le secret d’un bilan environnemental si remarquable? Neuf bonbonnes de gaz placées de part et d’autre de la carrosserie, qui permettent de stocker 300 litres de méthane. Une cinquantaine de kilos de gaz qui, injectés dans un moteur standard, assurent à l’utilisateur une demi-journée d’autonomie.

Biocarburant fait maison
Dernière invention du groupe italien, le T6 Methane Power était en démonstration il y a quelques semaines à Bussy (FR). Tous les agents New Holland de Suisse romande ont ainsi pu voir et tester cet engin qui ne dégage, contrairement aux attentes, aucune odeur suspecte. Jean Krebs, conseiller de vente en Romandie, ne cache pas son plaisir et sa fierté de présenter cette petite révolution technologique. «Les 300 litres de méthane compressé équivalent à une soixantaine de litres de diesel. Sauf qu’on n’a pas eu de pétrole à importer et raffiner et qu’à la sortie du moteur, il n’y a pas d’émissions polluantes à filtrer.» New Holland n’en est pas à son coup d’essai en matière d’innovation environnementale. En 2009, déjà, la firme italienne avait présenté le NH2, un tracteur fonctionnant avec de l’hydrogène, converti en électricité via des piles à combustible. Une piste cependant rapidement abandonnée, le constructeur préférant se concentrer sur celle du méthane depuis 2013. Yvan Roulin, responsable de l’antenne romande d’Ökostrom Schweiz, coopérative qui promeut depuis une dizaine d’années le biogaz agricole en Suisse, est le premier ravi de cette orientation clairement destinée aux agriculteurs eux-mêmes producteurs de biométhane via une installation de biogaz. «Nombre de paysans qui se lancent dans la production de biogaz à la ferme aspirent à une certaine autonomie énergétique sur leur exploitation. Ce concept de tracteur au méthane leur permet d’utiliser directement leur propre carburant!»

Coûteuse épuration
Le biogaz produit à la ferme contient environ 60% de méthane. «Il faut assécher, filtrer et compresser le gaz avant d’envisager toute utilisation, prévient Bernhard Läubli, responsable des ventes chez New Holland. Le gaz de combustion doit contenir au minimum 97% de méthane pour faire tourner efficacement le moteur.» Ces étapes de purification sont particulièrement onéreuses, puisqu’il faut compter 300 000 à 400 000 francs d’investissement. C’est d’ailleurs ce surcoût qui retient l’agriculteur jurassien Claude Étique, à la tête d’une des plus grandes unités de méthanisation du pays, de s’équiper. «Actuellement, il n’y a qu’un seul système d’épuration homologué en Suisse, d’où des prix très élevés», regrette l’exploitant de Bure (JU), qui n’en est pas moins enthousiaste à l’idée de troquer les réservoirs à mazout de ses tracteurs contre des bonbonnes de gaz. «D’après mes calculs, ça me reviendrait à 0,7 franc le litre, soit le coût de revient du méthane sur mon installation de biogaz, confirme Claude Étique. Pour un tracteur qui tourne environ mille heures par année, l’économie en carburants s’élève donc à 11 000 francs!»
L’innovation de New Holland apporte une belle pierre à l’édifice des réductions des émissions polluantes: moins de CO2, moins de NOx et moins de particules fines dues à la combustion du diesel, la simplicité de la molécule de méthane générant une combustion propre. Plus besoin donc de système SCR (réduction catalytique sélective) ou d’ADblue pour répondre aux normes antipollution toujours plus sévères appliquées à l’agriculture. Malgré cet «allégement» technologique, il faudra toutefois débourser davantage pour acquérir le T6 Methane Power que pour un tracteur habituel. «En Suisse, il est annoncé une fois et demie plus cher», indique Bernhard Läubli, responsable tracteurs chez New Holland.

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller/DR

En chiffres

Le T6.180 Methane Power, c’est:
1 moteur NEF6 fabriqué par Fiat Power Train Industrial.
135 CV sous le capot.
9 réservoirs à méthane d’une capacité totale de 52 kilos, intégrés dans la conception générale du tracteur.
1 demi-journée d’autonomie dans des conditions normales d’utilisation.
25% d’économie de carburant par rapport aux modèles qui fonctionnent au gazole ou au GNR.
80% d’émissions polluantes en moins par rapport à un tracteur diesel standard.