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décryptage
D’ici à 2025, Biovalais veut doubler la surface de son vignoble labellisé

Stars d’une série de très courts films au format web, les vignerons valaisans au Bourgeon figurent en première ligne du mouvement en faveur du bio qui anime la base de l’agriculture cantonale. Non sans ambitions.

D’ici à 2025, Biovalais veut doubler la surface de son vignoble labellisé

À l’écran, Christian Blaser parcourt ses parchets parés d’or automnal. «Qu’est-ce que le bio a changé dans votre vie?» demande une voix off. «En bio, il faut vraiment pouvoir compter sur tous ses partenaires», répond le vigneron de Leytron avant d’énumérer les plantes associées et la faune avec lesquelles sa vigne évolue. Quelques secondes d’images d’une parcelle spectaculaire, puis la conclusion: «Le bio, c’est la recherche de l’équilibre.»

Valoriser le label
Ce petit clip est le premier d’une série de films très courts consacrés aux vignerons labellisés bios au Vieux Pays, diffusés sur le web au rythme prévu d’un par mois environ. Une initiative de Biovalais soutenue par Vitival et Biosuisse, née sur la lancée de la plateforme Orientation bio pour la viticulture valaisanne, mise en ligne en 2018 par ces mêmes organisations. «Notre but est de faire comprendre ce que les vignerons bios font concrètement, de montrer qu’on existe et de valoriser ceux d’entre nous qui ont mené cette démarche jusqu’au bout, c’est-à-dire à la certification», explique Reto Müller, responsable de la viticulture à Biovalais.
Demandant l’adoption d’un Plan d’action bio, une motion déposée le 10 mars au Grand Conseil par des députés de plusieurs partis est venue à la fois soutenir et légitimer l’initiative de Biovalais – et réciproquement. De fait, la «vague verte» de l’an dernier et les votations prévues sur les deux initiatives interdisant les phytos de synthèse ont encouragé des vocations à la transition écologique dans toute la branche agricole, en particulier dans l’arboriculture et la viticulture. Un mouvement de fond qui doit être relayé et soutenu par le Service de l’agriculture et les instances professionnelles, estiment ces pionniers, justement fatigués de l’être.
«En Valais, seulement 4% de la surface viticole est en bio. C’est à peine la moitié de la moyenne suisse et ça ne reflète vraiment pas la tendance au niveau mondial, estime Reto Müller. Doubler cette proportion en cinq ans est un objectif facilement réalisable.» Pour le vigneron de Fully labellisé Déméter et Bourgeon, le morcellement extrême du vignoble issu de sa transmission familiale au cours des générations ou les difficultés culturales de certains parchets accrochés à la pente, deux spécificités valaisannes, ne font pas obstacle à cette évolution. «En réalité, 2000 hectares environ, soit plus du tiers de la surface viticole, sont mécanisables. Et il y a sans doute une remise en question à effectuer sur le maintien en activité de certaines parcelles très difficilement accessibles. Le Valais n’a jamais connu de crise le contraignant à le faire, mais c’est peut-être le moment.»

Une évolution nécessaire
Un processus que Jean-Yves Clavien, président de Biovalais, juge de toute façon inévitable. «T’as où les vignes» est une vision qui commence à dater, lance l’arboriculteur, également œnologue. L’évolution économique la rend de plus en plus difficile à maintenir. La viticulture va continuer à se professionnaliser, comme l’arboriculture l’a fait dans les années 70, après des générations durant lesquelles de petits producteurs livraient de faibles volumes aux coopératives.»
C’est aussi pour mener pragmatiquement cette réflexion que l’État doit empoigner le dossier bio, estime-t-il. Et pour aplanir les risques économiques à assumer lors d’une transition écologique. «Bien maîtriser son terroir et avoir une vision claire de ses objectifs permet au vigneron d’étaler le processus de façon à ne pas en être négativement impacté, ajoute Reto Müller. Oui, il y a une perte la première année, mais, ensuite, les choses s’équilibrent. Au final, passer au bio ne signifie absolument pas perdre 30% de son revenu, même pour ceux qui font du raisin, a fortiori pour les vignerons encaveurs qui peuvent valoriser cet effort. À condition de disposer des bons instruments et des connaissances nécessaires.»
Reste aux instances cantonales à répondre à cet appel coordonné venu de la base. «Ce qu’il nous faut, c’est un véritable soutien pour mettre au point des solutions techniques, créer des filières commerciales, identifier les opportunités et développer le marché», assène Jean-Yves Clavien. Le président de Biovalais se montre optimiste. «On est vraiment en présence d’un mouvement de fond. Cette année, une quinzaine de vignerons déjà se sont lancés dans la reconversion. À mon avis, la surface de vignes en bio peut faire plus que doubler en cinq ans. Dans ce laps de temps, on peut s’attendre à ce que 30% de la surface totale du vignoble au moins soit labellisée. On ne cherche pas à faire passer toute la profession au bio, mais il doit désormais être présenté comme une alternative légitime à la production intégrée. Il faut y faciliter l’accès.»

Texte(s): Blaise Guignard
Photo(s): DR

Bon à savoir

six pistes à explorer pour une transition

  • Labelliser «bio» les domaines viticoles de l’État (Châteauneuf, Grand Brûlé).
  • Y multiplier les essais sur la mécanisation légère, les cépages résistants, etc., et mettre à disposition des professionnels les connaissances nécessaires à la reconversion.
  • Développer et privilégier une approche orientée bio dans les diverses instances agricoles étatiques ou semi-étatiques.
  • Limiter l’épandage par hélicoptère aux produits admis par l’ordonnance sur le bio.
  • Faire évoluer les infrastructures du vignoble pour les rendre compatibles avec la viticulture bio (accès, banquettes, conduite, etc.).
  • Mener une réflexion exhaustive sur le morcellement du vignoble bio et créer des «zones bios».

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