Détecteurs, caméras, mouchards: Big Brother débarque à l’étable

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Enquête
Détecteurs, caméras, mouchards: Big Brother débarque à l’étable

À l’occasion de Swiss Expo, Terre&Nature s’est penché sur les dernières technologies qui ont fait leur apparition dans les écuries. Les innovations se multiplient désormais pour surveiller les vaches et leur santé.

Détecteurs, caméras, mouchards: Big Brother débarque à l’étable

Il y a quinze ans apparaissaient sur le marché les premières solutions de surveillance et de détection des chaleurs des vaches. Les encombrants podomètres des années 2000 et les caméras de surveillance placées dans un coin du box de vêlage et diffusant une image de mauvaise qualité ont désormais laissé la place à des détecteurs et ainsi qu’a des mouchards placés directement sur ou dans la bête (voir ci-dessous). Chaque année apporte ainsi son lot de nouveautés en matière de surveillance du bétail: on trouve aujourd’hui sur le marché des outils qui transmettent, en temps réel, des données sur l’état de santé ou le métabolisme de l’animal.

Un œil supplémentaire
«Ces outils constituent un œil supplémentaire sur le troupeau et sa gestion, analyse Jean-Charles Philipona, conseiller spécialisé en production animale à l’Institut agricole de Grangeneuve (FR). Ils aident à la prévention des problèmes sanitaires des animaux. Ils vont donc dans la bonne direction.» La santé est une thématique d’actualité en élevage. «L’objectif du moment est de diminuer le recours aux antibiotiques. Cela passe donc par un meilleur suivi de la santé du troupeau, et par davantage de prévention», analyse le spécialiste. L’avènement de ces détecteurs de mouvements et autres caméras 3D va de pair avec l’augmentation de la taille des troupeaux, en Europe et en Suisse: les étables comptant 50 à 70 vaches sont désormais monnaie courante, ce qui a comme conséquence que le temps à consacrer par l’éleveur à observer chacune de ses bêtes est de plus en plus restreint. Ces outils, conçus comme de véritables assistants, sont donc de précieux alliés. «À condition de connaître leurs limites», prévient Jean-Charles Philipona. Pas question, selon l’expert, de suivre les yeux fermés l’écran du portable, de la tablette ou de l’ordinateur sans jeter un œil à l’animal concerné. «Rien ne remplacera jamais l’analyse du paysan. Il détient un savoir-faire qu’il ne faut pas perdre.»
L’important, selon le Fribourgeois, est également d’analyser et d’interpréter correctement l’alerte donnée par un détecteur. «Si une vache démontre une hausse soudaine d’activité, est-ce parce qu’elle est en chaleur, parce qu’une autre vache du troupeau est en chaleur ou est-ce dû à un simple conflit?» Là encore, seule une observation directe peut permettre de confirmer ou d’infirmer l’alerte.

Quid des données?
La rapidité et la précision des analyses offertes par les nouvelles technologies sont précieuses. «Posséder davantage de données sur l’animal, ses courbes de production, son métabolisme est toujours bon à prendre pour faire progresser son troupeau, relève le conseiller agricole. Ça l’est aussi pour une fédération, qui peut ainsi intégrer de nouvelles données dans les valeurs d’élevage.»Un élément interpelle cependant Jean-Charles Philipona: «Je m’interroge sur le devenir de toutes les données récoltées par ces caméras et détecteurs: qui y a accès? Pour quel usage? Les dérives de l’utilisation du big data sont bel et bien possibles et l’agriculteur doit s’en préoccuper, s’il veut rester maître à bord de son domaine.»

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): DR

Bon à savoir

Moocall : des vêlages anticipés
Le Moocall détecte les ­mouvements et les oscillations spécifiques de la queue d’une vache prête à vêler. En effet, quelle que soit la race, la vache présente des inclinaisons et des mouvements de queue caractéristiques, annonciateurs d’un vêlage imminent. Le capteur prévient alors l’éleveur par SMS ou par mail dès la première heure d’activité élevée. Le capteur Moocall fonctionne grâce à des batteries rechargeables et dispose d’un mois d’autonomie. Cet assistant peut s’avérer précieux dans la surveillance des vêlages, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’étable. Le détecteur Moocall fonctionne sans box internet ni base radio, il n’a besoin que d’une barre de réseau téléphonique pour envoyer un SMS sur le portable de l’éleveur lorsque la vache se prépare à mettre bas. Cet outil de monitorage non invasif se fixe à la base de la queue grâce à son collier réglable, trois à quatre jours avant la date prévue du vêlage.
+ d’infos www.moser-stalleinrichtungen.ch

Smartbow: une boucle moucharde
Smartbow est une boucle intelligente permettant l’identification, la localisation en temps réel et le suivi sanitaire des animaux. Très légère, elle est utilisable sur les veaux dès la naissance. Des LED intégrées permettent de localiser les animaux individuellement, même au milieu de groupes importants, à l’intérieur comme à l’extérieur. Cette marque auriculaire enregistre également les mouvements d’oreilles engendrés par l’ingestion et la mastication, et en tire des conclusions sur la durée et le rythme de rumination. Le système compare en effet les résultats du moment avec les données passées de l’animal concerné, et non avec la moyenne du troupeau. Smartbow décèle ainsi plus rapidement les problèmes métaboliques et prévient immédiatement l’éleveur par SMS et/ou courriel, évitant que l’identification précoce des maladies et des symptômes de chaleur ne pâtisse des pointes de travail saisonnières.
+ d’infos www.ufa.ch

Caméra Delaval: Souriez, vous êtes filmées!
La caméra BCS de Delaval filme en trois dimensions le dos de la vache, le positionnement des ischions et de la colonne vertébrale, afin d’évaluer son état corporel et donc ses réserves énergétiques. Placée sur le robot de traite, sur une porte de sélection à la sortie de la salle de traite, la caméra mesure ainsi à chaque passage les réserves énergétiques des vaches. En résulte une note qui oscille entre 1 (pour une vache très maigre) et 5 (pour un animal gras). «Le système permet de détecter immédiatement si une vache fraîchement vêlée maigrit trop vite, précise Fabrice Tâche, de la maison Delaval. L’alerte permet de réagir avant que l’animal commence à puiser dans ses réserves, déclare une acétose et perde en productivité.» Une mesure quotidienne des réserves énergétiques des animaux vient donc aider le producteur à mieux piloter son troupeau. «Les cent premiers jours sont en effet cruciaux dans la réussite d’une lactation.»
+ d’infos www.delaval.ch

Feedlive: activité passée au crible
Feedlive est le dernier-né de l’entreprise française Medria. C’est un boîtier contenant un accéléromètre à trois axes et enregistrant, en captant 24 heures sur 24 les mouvements du cou de l’animal, les temps de rumination, d’ingestion au pâturage ou à l’auge, l’activité de l’animal. Se basant sur les temps de mastication et sur le rapport entre temps de rumination et temps d’ingestion, Feedlive rapporte au producteur la moindre anomalie, lui permettant ainsi de corriger immédiatement ses pratiques, en rajoutant par exemple des fibres dans la ration, ou de séparer la vache pour la surveiller de plus près, etc. Feedlive se veut un outil de détection précoce des troubles de l’alimentation et de la santé. Il s’avère particulièrement intéressant dans les phases de transition alimentaire, ou encore pour valider un changement de pratique. Les alertes sont transmises par SMS, le ­producteur peut en tout temps consulter les courbes sur son smartphone ainsi que sur PC.
+ d’infos www.lgc.ch

SmaXtec 360: la panse sous surveillance
SmaXtec 360 est un capteur installé dans le rumen de l’animal et doté d’une sonde radio analysant le pH et la température de la vache. Le smaXtec 360 contrôle l’évolution des modèles de comportement physiologique tels que l’ingestion de nourriture et d’eau, la rumination, la mobilité de la panse, l’activité motrice, mais aussi la fréquence cardiaque de l’animal porteur. L’analyse intelligemment combinée des paramètres du capteur d’accélération permet la détection rapide de troubles physiologiques des animaux, avant que des maladies se ­manifestent. Il n’est ainsi pas nécessaire de mesurer ­directement le pH. Ce capteur a une durée de vie minimale de trois ans. Il se veut un système de surveillance global unique qui permet d’analyser, de diagnostiquer et de répondre de manière appropriée aux données corporelles en temps réel. Il contribue ainsi à l’amélioration du bien-être et de la santé des animaux.
+ d’infos www.smaxtec.com