Des ruchers vaudois sont placés sous vidéosurveillance

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Des ruchers vaudois sont placés sous vidéosurveillance

Les vols de ruches se multiplient dans le canton de Vaud. En 2016, une vingtaine de délits ont été constatés entre Orbe et Moudon. La Fédération vaudoise d’apiculture a empoigné le problème à bras le corps en installant des caméras.

Des ruchers vaudois sont placés sous vidéosurveillance

«Un bois de chênes, de hêtres et de sapins. Des prés, des champs fleuris à la belle saison et quelques étangs à proximité, bref, ici, c’est le paradis pour les abeilles!» C’est dans cette petite clairière qu’Éric Épiney a justement choisi d’installer une dizaine de ruches. Sauf que… il y a tout juste un an, au moment de les ouvrir pour le contrôle post-hivernal, quelques semaines après avoir effectué un nourrissage de fin d’hiver, cet apiculteur de Chavornay (VD) découvre stupéfait que la moitié des ruches a disparu. Sur les supports, il ne lui reste plus que cinq boîtes sur les dix initialement entreposées. «Je venais de fixer des poignées sur les ruches car j’avais prévu les faire transhumer l’été venu. Ils n’ont eu qu’à s’en saisir et à les poser dans le coffre de leur véhicule.» Ils? «Les voleurs ne peuvent être que des gens qui connaissent l’apiculture, qui avaient repéré les lieux, et qui étaient équipés et parfaitement organisés», estime l’apiculteur lésé.

De nombreux cas dans la région
Une fois la déconvenue et la colère passées, Éric Épiney dépose plainte. «Une ruche coûte entre 300 et 500 francs, une colonie, 250 francs. Si je rajoute à cela le miel que je ne pourrai pas produire, on arrive vite à 5000 francs de dommages au total.» Pas question de renoncer à ce lieu  pour l’apiculteur bien décidé à protéger ses ruches restantes. Il installe alors des caméras – certaines factices et d’autres bien réelles – autour de la clairière après avoir effectué une demande à la commune, ainsi que des affichettes préventives. Munies d’une carte SIM, les caméras se déclenchent dès qu’un mouvement est détecté dans le rucher. «Ma démarche est avant tout dissuasive, précise l’apiculteur. Je veux décourager les voleurs de revenir.»
Car entre avril et septembre 2016, plusieurs de ses collègues situés dans un rayon de 15 kilomètres autour de Chavornay ont aussi été volés. Systématiquement, ce sont les ruchers isolés, discrets, en bordure de forêt, qui ont été pris pour cible. Systématiquement, aussi, ce sont les ruches les plus actives, les cadres les plus beaux, contenant des reines, qui ont disparu. Ainsi Filipe Domingues Rodrigues, également habitant de Chavornay, n’en a pas cru ses yeux quand il a découvert que la moitié des cadres à miel de son rucher s’étaient volatilisés. «J’ai immédiatement acheté une caméra et une affichette dissuasive. C’est inquiétant d’en arriver là. Et malgré ce dispositif, je ne dors pas bien la nuit…»
Même son de cloche chez Éric Gorgerat. Au printemps dernier, l’apiculteur de Corcelles-sur-Chavornay s’est fait subtiliser ses cinq ruches à la fin du mois de mai, juste avant la première récolte de miel. «Je suis arrivé un vendredi soir. Les boîtes étaient là, en place, avec leur chapeau et même la pierre posée dessus. Mais elles avaient été entièrement vidées. Ils ont embarqué les hausses et les cadres, volant mes abeilles et les 150 kilos de miel qu’elles avaient produits», raconte l’apiculteur encore sous le choc d’avoir perdu non seulement des milliers de francs, mais aussi des heures consacrées à soigner, traiter et hiverner ses protégées. «J’ai racheté des abeilles et du matériel, malgré le découragement. Des collègues me sont venus en aide et m’ont fourni des nucléis pour redémarrer en 2017.» La vague de vols dans le Nord vaudois a également touché des apiculteurs professionnels, dont Nexhmedin Ajvazi, d’Orbe. «Je me suis fait régulièrement voler ces deux dernières années, confirme-t-il. À chaque fois, on m’a pris des ruches entières, une fois quatre, une fois deux. J’ai fini par placer des caméras au-dessus des ruchers les plus sensibles.»

Une enquête est en cours
Au total, une vingtaine de larcins a été constatée en 2016, uniquement sur l’axe Moudon-Orbe. «Et encore, tous les cas ne nous sont pas signalés», précise le commissaire Arnold Poot, de la police cantonale vaudoise, qui centralise toutes les plaintes. Pour le capitaine Cavin, de Police Nord vaudois, ces méfaits sont motivés par une mécanique commerciale évidente. «On n’est clairement pas dans des vols d’opportunité. Il y a un vraisemblablement un commerce rentable à effectuer avec le miel et les abeilles.» Face à ce phénomène d’une rare ampleur, la police cantonale a dépêché un gendarme et un inspecteur de la police de sûreté de la région Nord vaudois pour enquêter sur ces vols. «Nos agents dans les régions concernées ont également été sensibilisés à cette problématique», précise encore ­Arnold Poot.
De quoi rassurer en partie Franck Crozet, inspecteur cantonal des ruchers et apiculteur professionnel à Daillens, qui s’est lui-même fait voler en 2013. «C’était une première, en trente ans d’activité. Depuis, j’ai recours à la vidéosurveillance dans mes stations de fécondation. Pour protéger les colonies, une des solutions serait à mon avis de pucer les cadres, voire les reines, afin de savoir exactement où elles disparaissent.»
Alertée, la Fédération vaudoise des sociétés d’apiculture a récemment décidé de mettre à disposition des apiculteurs du canton des caméras (voir encadré ci-dessous). «C’est une bonne chose, apprécie Éric Gorgerat. Dés­ormais j’ai placé mes nouvelles ruches autour de la maison. Mais je n’exclus pas d’avoir recours aux caméras malgré tout!» Le capitaine Cavin soutient la démarche tout en précisant: «Effectuée dans les limites du cadre légal, la vidéosurveillance est une piste intéressante. Mais le plus efficace reste encore la surveillance mutuelle régulière des ruchers à risque. Il faut multiplier les passages dans les lieux isolés qui sont la cible de vols et également améliorer le flux de communication entre les apiculteurs. Dès qu’il y a un délit, il faut avertir les collègues et les organismes faîtiers, ça permet de prévenir une série de vols. Enfin, au moindre doute, ne pas hésiter à faire
appel à nous!»
En ce mois de mars, les abeilles sortent de leur torpeur hivernale. Dans sa clairière, Éric Épiney vient d’installer une chaîne à l’entrée du rucher. Il a vissé les cinq boîtes sur les supports. Il a également investi dans des traceurs GPS qu’il a disposés dans chacune de ses colonies. «Si avec tout cet attirail, je me fais à nouveau voler, alors j’arrêterai de poser mes ruches en forêt. Elles resteront autour de ma maison, affirme l’apiculteur. Entre la pression parasitaire et virale, les aléas climatiques, on a déjà passablement de difficultés! Mais le vol de ruches est de loin le plus dur à accepter.»

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller

Les règles à suivre

On n’installe pas une caméra sans respecter la protection des données! La Fédération vaudoise des sociétés d’apiculture vient d’informer ses membres des règles en vigueur, dont les plus importantes sont:

  • Les personnes doivent être informées de manière visible de l’existence d’un système de vidéosurveillance, aux abords directs du rucher, ainsi que des coordonnées de la personne responsable, en mentionnant l’existence d’un droit d’accès aux images.
  • Les caméras sont réglées de manière à ne couvrir que les zones nécessaires pour atteindre le but fixé. Seuls le rucher et son matériel aux abords directs seront filmés.
  • Les caméras ne sont pas dirigées sur des habitations, des fenêtres de bâtiments publics, des chemins pédestres, des routes, etc., afin de respecter la sphère privée des individus.
  • Les données personnelles enregistrées ne sont jamais divulguées, sauf en cas de poursuite pénale.
  • Sur le domaine public, toute installation de vidéosurveillance doit être préalablement agréée par les autorités.

+ D’infos www.apiculture.ch

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