Depuis vingt-cinq ans, la filière équestre suisse mise sur les paris

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Courses hippiques
Depuis vingt-cinq ans, la filière équestre suisse mise sur les paris

Il y a vingt-cinq ans naissait le PMU romand. Cet anniversaire est l’occasion de revenir en détail sur le fonctionnement
des paris hippiques, de la poche du parieur à celle des sportifs et des éleveurs.

Depuis vingt-cinq ans, la filière équestre suisse mise sur les paris

Tout commence au comptoir d’un ­café-courses. La liste des partants sous les yeux, le turfiste inscrit le numéro des chevaux sur lesquels il veut miser. Tiercé ou quinté, parmi les nombreux types de paris hippiques, les plus risqués font bien sûr miroiter l’espoir de gains supérieurs. Juste avant le départ, les mises passent aux mains du tenancier. Puis tous les regards se tournent vers la course. Peu importe que l’on soit dans un bistrot lausannois, les parieurs retiennent leur souffle comme s’ils se trouvaient dans les tribunes de l’hippodrome de Vincennes. On chuchote un encouragement, on lâche un juron si son champion perd du terrain. Puis c’est l’arrivée, avec sa liesse ou sa déception. En moyenne, un pari sur dix est gagnant. Mais le turfiste au nez creux n’empoche pas les neuf autres mises qui ont atterri dans le tiroir-caisse de l’établissement. «En moyenne, les 75% des sommes mises en jeu sont redistribués entre l’ensemble des vainqueurs, détaille Odile Rotzetter, responsable du PMU romand. Le reste constitue ce que l’on appelle le revenu brut des jeux.»

Mis en place par la filière
Imaginons qu’un turfiste mise 100 francs:  75 francs reviennent aux meilleurs pronostiqueurs, tandis que 25 francs sont directement versés à l’organisateur des paris. «Une part de 12,75% du revenu est prélevée pour soutenir la filière hippique romande, souligne Odile Rotzetter. C’est le principe de base de ce système. Une petite partie sert à couvrir les frais de fonctionnement du PMU et le montant restant est redistribué, avec les bénéfices de la Loterie Romande, à des œuvres d’utilité publique.» Si la redistribution des bénéfices est inscrite dans les gènes du PMU, ce n’est pas pour rien: les instigateurs de la création du Pari mutuel urbain français, en 1930, ne sont autres que les sociétés de courses de galop et de trot. «Elles ont vu dans les paris hippiques une importante source de financement, poursuit Odile Rotzetter. Au contraire des paris gérés par des bookmakers, qui ne rapportent rien au monde équestre. Dans les pays qui pratiquent ce système, la filière finit par disparaître.»
Il n’en faut pas plus pour intéresser le monde des courses de Suisse romande. «La Loterie Romande exploitait déjà les courses selon le système du pari mutuel, se souvient Jean-Pierre Kratzer, président de la Fédération suisse des courses de chevaux. L’opérateur reversait une partie de son chiffre d’affaires aux fédérations sportives. Mais pour que ce soit rentable, il faut non seulement proposer des courses régulières aux turfistes, mais aussi élargir le cercle de parieurs.» D’où le rapprochement entre le PMU français et la Loterie Romande, qui aboutit au partenariat signé en 1991. Durant les négociations, le PMU fixe une seule obligation: son antenne suisse devra pratiquer le pari mutuel et faire profiter les organisateurs de courses de ses bénéfices. «C’était le premier accord international sur les paris hippiques, note Jean-Pierre Kratzer. Une révolution!»

Des revenus en baisse
Revenons aux 100 francs misés par notre turfiste romand. La somme de 12 francs qui revient aux organisateurs des courses semble insignifiante? Multipliée par plusieurs milliers de parieurs, elle ne l’est pas: en 2015, les retombées pour le milieu hippique suisse se sont élevées à 3,8 millions de francs. Il appartient à l’Association pour le développement de l’élevage et des courses de redistribuer ce montant aux divers acteurs de la filière, et en particulier aux organisateurs de courses: «Cet argent garnira notamment les enveloppes qui récompenseront les vainqueurs des prochaines manifestations, résume Jean-Pierre Kratzer. Mais il permettra aussi de réaliser les importants investissements qui doivent être concédés pour qu’un hippodrome puisse rester dans le haut du panier.»
De là à considérer que sans paris, pas de courses hippiques, il n’y a qu’un pas. Or Jean-Pierre Kratzer n’aime pas cette simplification: «Il faut le voir autrement. Le monde équestre ne vit pas directement de ces paris, mais des courses. Les paris augmentent la visibilité des événements, encouragent aussi bien les sponsors que les éleveurs. Ils contribuent donc effectivement à la survie des courses, mais ils le font indirectement.» Car qui dit courses régulières dit aussi professionnalisation de l’encadrement, développement des infrastructures, amélioration des lignées d’élevage et des méthodes d’entraînement: «Quand un hippodrome peut proposer plus de courses, cela nécessite aussi plus de chevaux, ajoute Odile Rotzetter. Un galopeur ne peut pas courir trois fois par semaine. Les éleveurs voient alors de nouveaux débouchés s’ouvrir pour leurs produits.»
Les paris contribuent donc à la prospérité de la filière équestre. Mais cette dépendance n’est pas sans risque: pour la première fois, le nombre de turfistes est en baisse. «Les revenus des courses ont reculé de 5% par rapport à l’an dernier», s’inquiète Jean-Pierre Kratzer. Même constatation en France, leader mondial du pari hippique, dont le chiffre d’affaires est passé de 10 à 9 milliards d’euros en l’espace de cinq ans. Fort de vingt-cinq ans de succès, le PMU romand doit désormais plancher sur des solutions pour assurer son avenir. Le café-courses de grand-papa cède déjà la place aux paris en ligne. Son argument, par contre, est toujours le même: «L’émotion, sourit Odile Rotzetter. Lorsque vous pariez, votre cœur bat à tout rompre le temps de la course. Pendant trois minutes, le cheval est un peu le vôtre!»

Texte(s): Clément Grandjean
Photo(s): Scarlett Schär

En chiffres

Le PMU romand, c’est:
33,4 millions de francs, le revenu brut du PMU romand en 2015.
75% des enjeux misés sont reversés aux joueurs sous forme de gains.
12,75% des enjeux misés sont destinés à soutenir la filière hippique.
3,8 millions de francs, le montant reversé à l’Association pour le développement de l’élevage et des courses  (ADEC).
50 courses par jour proposées par le PMU romand.
5000 paris gagnants chaque jour en Suisse.
200 points de vente où il est possible de parier en Suisse romande.
1’079’217 francs, le plus haut jackpot remporté en Suisse depuis 25 ans.
9 hippodromes en Suisse, dont deux en Suisse romande: celui d’Avenches et celui, éphémère, de Saignelégier (JU).

Un hippodrome financé par les turfistes

En 1994, le Conseil fédéral décide de restructurer le Haras fédéral d’Avenches. Les activités liées à l’élevage sont réduites, alors que le secteur sportif est privatisé pour donner naissance à l’Institut équestre national d’Avenches (IENA). À la tête du projet, Jean-Pierre Kratzer, qui préside à l’époque l’hippodrome d’Yverdon-les-Bains,
a pour mission de créer un champ de courses moderne sur les 142 hectares de terrain libérés par la Confédération. L’IENA est opérationnel en 1999. Sa particularité?
Son fonctionnement est financé par une subvention annuelle issue des bénéfices du PMU romand. Dynamisé par la visibilité offerte par le PMU, l’hippodrome de l’IENA s’est vite fait une place de choix dans le paysage hippique: aujourd’hui, il s’y dispute plus de 280 courses par an, dégageant un chiffre d’affaires de plus de 10 millions de francs.
+ D’infos www.iena.ch