Déguster les abricots d’aujourd’hui pour préparer le verger de demain

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Déguster les abricots d’aujourd’hui pour préparer le verger de demain

L’Office valaisan d’arboriculture et Agroscope Conthey organisent tout l’été des dégustations d’abricots à l’intention des producteurs. Objectif: comparer et évaluer les variétés nouvelles pour faciliter les choix futurs.

Déguster les abricots d’aujourd’hui pour préparer le verger de demain

«Numéro 568. L’aspect est bon, il est bien rouge, c’est une bonne chose. Par contre, la saveur, c’est bof… Et l’épiderme est trop épais. Suivant!» Le verdict fait l’unanimité et s’avère sans appel. Le No 568 ne connaîtra sans doute pas son heure de gloire dans les vergers valaisans. En silence, la dégustation se poursuit. Encadrés par Jacques Rossier, chef de l’Office valaisan d’arboriculture, et ­Danilo Christen, chercheur à Agroscope Conthey (VS), une vingtaine d’arboriculteurs goûtent à l’aveugle dix variétés d’abricots dont ils apprécient l’aspect et la saveur. «Il n’y a pas trop à réfléchir, lance Danilo Christen aux producteurs présents. C’est votre première impression, à l’œil et en bouche, qui compte!» Le verdict va du «Je déteste» au «J’aime énormément».

Vingt variétés chaque année
Ces dégustations variétales s’étalent sur toute la saison de la récolte de façon à couvrir toutes les périodes de maturité de l’abricot. L’objectif est simple pour le Canton et Agroscope: alimenter une base de données permettant de comparer les variétés entre elles d’un point de vue agronomique et gustatif. La grille mise à jour régulièrement s’avérera un outil précieux pour les producteurs quand il s’agira de choisir quel abricot cultiver. «Chaque année, les obtenteurs européens mettent sur le marché une vingtaine de nouvelles variétés. C’est devenu difficile de s’y retrouver dans cette offre et de faire ses choix en fonction des signaux donnés par la grande distribution ainsi que des contraintes agronomiques liées à l’exploitation», reconnaît Pedro Almeida, chef de culture chez Fruitex SA, à Saxon.
Si, dans les années nonante, le luizet était le seul abricotier planté en Valais, les producteurs commercialisent désormais plus d’une trentaine de variétés et sont constamment en quête de nouveautés. Pedro Almeida renouvelle ainsi chaque année 10% de ses 18 hectares et plante deux ou trois nouvelles variétés chaque printemps. «Actuellement je suis à la recherche d’abricots qui soient le plus précoces possible, afin de pouvoir décrocher de nouveaux marchés. Orangered, qui arrive début juillet et qu’on a planté il y a une dizaine d’années, est certes beau et bon, mais c’est une variété fragile et surtout elle n’est pas autofertile. S’il pleut sur la fleur, la récolte est alors mise en péril.» D’où la recherche d’autres solutions pour les professionnels. «On a introduit flopria, qui a la même précocité qu’orangered, mais qui, elle, est autofertile, relève Jacques Rossier. Cette variété a par contre tendance à être trop productive, ce qui peut poser problème.»
Les producteurs doivent encore tenir compte des variétés que la grande distribution ne souhaite plus commercialiser, comme goldrich. Récolté après la mi-­juillet, cet abricot connaît parfois des calibres hétérogènes. Car si l’autofertilité, les calibres et le goût sont désormais des critères de choix essentiels, l’aspect compte également pour beaucoup. «Il faut qu’ils aient assez de «blush», met en garde un producteur. Désormais, c’est ça qui plaît et qui attire l’œil du client.» Ainsi la variété française vertige, jugée trop orangée, ne conviendra-t-elle pas. «La robe bicolore est une condition sine qua non!» Autre préoccupation majeure des arboriculteurs, le dépérissement des arbres causé pas la bactériose. «La variété anegat ne percera sans doute pas, observe un participant. Le goût est excellent, mais cet abricot présente une sensibilité évidente à la bactériose.»

Les locaux font bonne figure
Au jeu de la comparaison, les variétés obtenues localement font bonne figure. Ainsi, ACW 4477, né dans les laboratoires à Conthey, remplit parfaitement les attentes. «Les arbres se développement correctement, leur productivité est régulière et les fruits sont bons», analyse Jacques Rossier. Cette variété qui sera baptisée sous peu fait partie des vingt nouvelles créées chaque année par Danilo Christen et ses collègues. Après deux années d’essais, les meilleures d’entre elles sont testées à Châteauneuf, en conditions réelles. «Cette année, nous avons ainsi planté 120 arbres ACW 4477 supplémentaires.»
Car dans le verger cantonal, les producteurs peuvent non seulement goûter les fruits, mais aussi voir comment les arbres se comportent en conditions réelles. «Le rôle du canton est de prendre des risques à la place des producteurs», poursuit Jacques Rossier. Le verger de Châteauneuf compte ainsi une centaine de variétés. De quoi ravir Xavier Mettaz, producteur à Fully, dont l’objectif principal est de combiner les différentes variétés pour couvrir au mieux la saison. «On cherche à échelonner les récoltes, pour des questions commerciales évidentes mais aussi de gestion de main-d’œuvre», commente-t-il. L’exercice auquel il vient de se prêter et les notes qu’il vient d’attribuer permettront d’alimenter une base de comparaison qui lui sera particulièrement utile dans les mois à venir.

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Carole Parodi, Agroscope/Claire Muller

Quatre variétés qui feront le verger du futur

 

Flopria – Début juillet
Calibre moyen 40-50 mm, très belle coloration (rouge sur fond orangé), bon équilibre sucre/acidité, autofertile, très généreuse, à éclaircir fortement, vigueur moyenne.

 


 

ACW 4477 – Mi-juillet
Calibre moyen 45-50 mm, coloration orangée ponctuée de rouge, épiderme brillant, saveur semi-douce, juteuse, à polliniser, bonne vigueur, bonne ramification.

 


 

Aprisweet – 15 au 25 juillet
Calibre moyen 45-55 mm, très belle coloration (rouge sur fond orangé), saveur semi-douce, très juteuse, autofertile, vigueur moyenne, très bonne ramification.

 


 

Swired – Début août
Calibre moyen 45-50 mm, très belle coloration (rouge sur fond orangé), bon équilibre sucre/acidité, très aromatique, autofertile, régulière en production, bonnes vigueur et ramification.