De plus en plus de maîtres de chiens les mettent au régime cru

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De plus en plus de maîtres de chiens les mettent au régime cru

Manger plus naturel et local est tendance. De nombreux propriétaires souhaitent faire profiter leur chien des principes qu’ils suivent eux-mêmes. Le régime barf s’inscrit parfaitement dans cette ligne. Découverte.

De plus en plus de maîtres de chiens les mettent au régime cru

Le bio, le local, le fait maison sont à la mode. Et les chiens n’échappent pas à la tendance. Ces derniers temps, l’intérêt pour le régime barf connaît un essor exponentiel. Barf est un acronyme pour «biologically appropriate raw food», c’est-à-dire «nourriture crue biologiquement adaptée». Ce régime a été mis au point par un vétérinaire australien, dans les années 1990, mais n’est apparu en Suisse qu’il y a une quinzaine d’années, de manière confidentielle dans un premier temps. «Cet engouement s’inscrit dans la tendance générale d’apporter plus de soins à notre propre nourriture, explique Morgane Dufaux, de Genève, fondatrice de babarf.ch, une entreprise qui livre des rations barf prêtes à l’emploi. Le propriétaire qui évite, pour lui-même, les produits industriels et privilégie l’alimentation naturelle va souhaiter appliquer ces mêmes principes à son chien, afin d’être cohérent. De plus en plus de propriétaires sont également confrontés à des intolérances alimentaires ou d’autres soucis de santé: ils cherchent alors à trouver une solution pour soulager leur animal.»

Prendre le loup comme modèle
Le principe de base du barf est de donner uniquement des aliments crus. Viande – 70% de la ration en moyenne –, abats, os charnus (avec de la viande autour), fruits et légumes sont utilisés en proportions variables. «L’objectif est de se rapprocher au maximum de l’alimentation naturelle du loup qui mange une proie, souligne Morgane Dufaux. En effet, même si le chien s’est adapté aux habitudes de l’homme, son organisme n’a pas beaucoup évolué depuis son origine. Sa mâchoire, sa dentition et son appareil digestif sont ceux d’un carnivore. Or à l’état sauvage, un carnivore ingère aussi, en dévorant des proies herbivores, une part de végétaux, d’où le petit pourcentage de fruits et légumes – environ 2% – recommandés dans la ration barf.»
Cependant, abandonner les croquettes pour élaborer soi-même les repas de son chien ne s’improvise pas. «Mal équilibrée, la ration risque de provoquer de graves carences, souligne Morgane Dufaux. Les quantités et les pourcentages de chaque élément diffèrent selon le poids et l’âge du chien, mais également selon ses besoins particuliers.» La transition doit se faire progressivement, car un temps d’adaptation est nécessaire à l’organisme pour digérer ces aliments crus. «On compte environ un mois, où on donne d’abord uniquement de la viande, puis des os. Chaque viande – bœuf, porc, cheval, poulet – est ajoutée séparément, afin d’identifier d’éventuelles allergies.»

Un nouveau marché prometteur
Mais il ne faut pas se leurrer, nourrir son chien en mode barf demande du temps.
Il faut pouvoir se fournir quotidiennement en viande, os et abats, ou avoir un congélateur assez grand pour stocker ces aliments. De plus, préparer une ration équilibrée, en pesant chaque élément, exige une certaine disponibilité. Des magasins spécialisés – tel Maxizoo – ont bien compris qu’il y avait là une réelle demande et se mettent désormais à proposer des aliments barf dans leur assortiment. Morgane Dufaux, qui a fondé voilà moins d’un an l’entreprise babarf.ch et livrera les premières rations prêtes à l’emploi en fin d’année, croule également sous les commandes. «Le manque de temps ne doit pas être un obstacle au choix de passer au barf, voilà pourquoi je propose une offre clés en main, avec conseils personnalisés», souligne la Genevoise. Et le coût dans tout cela? «Il se situe dans la même gamme de prix que des croquettes de grande marque», observe Morgane ­Dufaux.

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): DR

Questions à ... Alain Christen, médecin vétérinaire à Brügg (BE)

alain christen«L’essentiel de la ration du chien doit être couvert par de la viande»

Le régime alimentaire barf convient-il à tous les chiens sans exception?
Oui, il n’y a pas de contre-indications, pour autant qu’on individualise la ration. Certains chiens ne supportent pas les os, la viande crue ou le porc, il faudra alors s’y adapter. L’important est d’être à l’écoute de son animal et d’observer comment son organisme réagit, en contrôlant notamment les selles et en surveillant l’apparition de prurit. Le régime barf est celui qui est le plus adapté aux besoins physiologiques du chien.

Faut-il diaboliser les croquettes?
Je n’irais pas jusque-là, mais il faut être conscient de ce qu’elles contiennent: des sous-­produits animaux, à base de plumes notamment, qui ne sont pas intéressants qualitativement parlant, et des additifs, tels que colorants, exhausteurs de goût et conservateurs. De plus, les croquettes contiennent en moyenne 30 à 40% de céréales, alors que le pourcentage recommandé n’est que de 8 à 10%! Ce surplus contribue à la formation de tartre, entre autres problématiques. Il ne faut pas oublier que le chien est un carnivore. Les croquettes ont été créées par l’industrie alimentaire pour le maître et non pour son chien.

Que conseilleriez-vous à un propriétaire qui souhaiterait faire passer son chien au régime barf?
Si l’animal a un problème de santé, il est important de faire établir d’abord un bilan par un vétérinaire. Si le chien souffre par exemple d’une intolérance alimentaire, il faut déterminer quel élément devra être supprimé de la ration. Ensuite, il est capital de s’informer correctement. Mais il ne faut pas avoir peur de se lancer: l’alimentation barf n’est pas difficile à mettre en place, il faut juste l’équilibrer correctement pour qu’elle soit bénéfique à l’animal.

Bon à savoir

Les points positifs du régime barf:

  • Permet de contrôler chaque élément qui entre dans la ration du chien.Alimentation adaptée aux besoins physiologiques de l’animal.
  • Permet d’individualiser la ration de manière optimale.
  • Appétence plus importante.

Ses points négatifs:

  • Demande une place de stockage plus importante que les croquettes ou la disponibilité nécessaire pour s’approvisionner régulièrement.
  • Exige un temps de préparation plus élevé que les croquettes.
  • Nécessite de bien se renseigner pour élaborer une recette équilibrée.