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AGRICULTURE
Dans les régions sèches, le sorgho vole la vedette au maïs d’ensilage

Résistante à la sécheresse, cette graminée d’origine africaine trouve en Suisse des conditions favorables à sa culture dans les terrains séchards. À Champvent (VD) et Granges (FR), deux paysans l’ont adoptée.

Dans les régions sèches, le sorgho vole la vedette au maïs d’ensilage

Entre Granges (FR) et Palézieux (VD), la parcelle de sorgho planté par Daniel Bourguet ne passe pas inaperçue. De hautes plantes dépassent allègrement les maïs les plus élevés. À quelques jours d’ensiler le solde de cette culture, l’agriculteur a de quoi se réjouir, lui qui en a semé pour la première fois au printemps dernier, en guise d’essai. «Entre les effets du réchauffement climatique et l’évolution des réglementations en matière de protection phytosanitaire, je suis à la recherche de cultures alternatives au maïs.»

À 700 mètres d’altitude, les terres relativement lourdes de Daniel Bourguet sont pourtant moins séchardes qu’ailleurs et retiennent bien l’eau. «Lors de la longue sécheresse de 2018, on a vraiment eu très peur de ne pas arriver à remplir nos silos», témoigne l’engraisseur de bétail, qui estime ses besoins annuels en fourrage ensilé à 500 m3, un fourrage ensilé éminemment stratégique pour son activité.

Essai concluant

«Le sorgho est censé apporter de l’énergie et de la protéine. Il a aussi la réputation d’être appétant. Mais ce que je cherche avant tout, c’est une assurance en termes de volume», explique Daniel Bourguet. Début juin, il décide de semer 3 hectares d’une variété dite «monocoupe» (voir l’encadré ci-dessous). L’agriculteur porte lors son choix sur une prairie artificielle âgée de 5 ans qu’il a labourée et amendée avec du fumier. Il y sème un hectare de sorgho, à l’aide d’un semoir à céréales standard, dont un soc sur deux a été condamné. Quelques jours plus tard, il ensemence deux autres hectares, avec un mélange maïs-sorgho, en alternant les cultures tous les deux rangs.

«La levée a été régulière dans les deux cas, observe l’agriculteur. Quant à la croissance, elle a été stable durant l’été; il n’y a pas eu de blocage à cause des canicules, à la différence du maïs.» Mais ce qui étonne le plus Daniel Bourguet, c’est la frugalité en intrants de la plante. «Je ne lui ai apporté que 80 unités d’azote, contre 120 à 130 pour un maïs.» À la mi-octobre, au moment d’ensiler, les tonnages espérés sont au rendez-vous. Il constate aussi que le mélange maïs-sorgho a «bien meilleure façon» que celui cultivé seul. «Ce dernier a tendance à verser, alors que j’ai suivi les recommandations de semis», signale le paysan, qui juge l’essai concluant. Son hectare de sorgho a produit pas moins de 75 balles rondes et le mélange sorgho-maïs 180 m3 de fourrage stocké sous forme de boyau.

Plus résistant que le maïs

À Champvent (VD), Jacky Schläfli a déjà trois ans d’expérience. «Au pied du Jura, nos sols sont superficiels et nous avons régulièrement des soucis de sécheresse, explique l’agriculteur. C’est pourquoi nous cherchons la luzerne et le sorgho se présente comme une bonne alternative à l’herbe et au maïs afin de garantir un approvisionnement protéique et fourrager le plus local possible.» Le Vaudois, qui exploite un domaine de 120 hectares et possède 180 UGB, intègre désormais, chaque fin de printemps, trois à quatre hectares de sorgho à sa rotation.

«Nous avons opté pour une variété multicoupe, qui nous permet de faire deux fauches, la première mi-août et la seconde mi-octobre.»Jacky Schläfli, qui a fait pâturer son bétail après la première coupe, apprécie cette culture s’adaptant bien mieux que le maïs quand la sécheresse sévit. «Dans de bonnes conditions, ce sont 30 balles rondes de 700 à 800 kg que je récolte. Elles sont destinées à l’affouragement de mes génisses d’élevage.»

À semer fin mai

Quelques précautions s’imposent cependant pour garantir la réussite du sorgho sous nos latitudes: «C’est une culture qu’il faut absolument semer tard, soit vers la fin mai, lorsque les sols sont réchauffés à 12 degrés insiste Pascal Rufer, collaborateur à Proconseil. Et plutôt dans des terrains où il y a suffisamment d’humidité résiduelle et dans un sol légèrement travaillé.» Le sorgho peut aussi bien s’implanter en culture principale qu’en dérobée, après une orge récoltée mi-juin par exemple. Quant à la fumure, mieux vaut ne pas trop insister, au risque de voir la culture verser. «Cent unités d’azote suffisent amplement!», poursuit l’agronome.

On l’aura compris, le sorgho semble se plaire en Romandie et convenir à des stratégies d’exploitation différentes. «En monocoupe, il permet d’assurer les stocks de fourrage dans des parcelles défavorables au maïs. En multicoupe, il peut s’avérer intéressant dans des zones de non-ensilage, en le fauchant «en vert», à l’image d’une luzerne», explique Pascal Rufer. S’il est plus riche en protéines que le maïs, il est cependant nutritivement moins intéressant qu’un méteil ou que l’herbe. Quant à son usage en pâture, la prudence est de mise: «Le sorgho présente des valeurs élevées en acide cyanhydrique, toxique pour les ruminants. Il faut donc attendre que les plantes dépassent 60 cm de haut. Après la fauche, les teneurs toxiques diminuent si bien que, sous forme d’ensilage, ce fourrage ne pose plus de problèmes au bétail.»

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller

Une graminée

Cinquième plante la plus cultivée du monde avec 45 millions d’hectares, le sorgho est une graminée C4, tout comme le maïs. Originaire d’Afrique, il est particulièrement bien adapté à des conditions plutôt tropicales. Il affiche ainsi un besoin en eau plutôt modeste (500 à 600 mm/année). «Le sorgho apprécie les périodes chaudes, précise Rainer Frick. Grâce à son système racinaire performant, il a une bonne tolérance aux conditions séchardes.» C’est une plante peu exigeante et avec un grand potentiel de production, comparable au maïs.

Questions à Rainer Frick, collaborateur à Agroscope Changins

Pensez-vous que le sorgho puisse s’imposer dans nos campagnes ces prochaines années?

Même si on n’a pas encore les conditions idéales pour en produire en Suisse, il y a un réel intérêt de la part des agriculteurs pour cette culture, puisque la surface cultivée dans notre pays est passée de 130 hectares en 2018 à 300 hectares en 2019.

Quelles variétés recommandez-vous actuellement?

En ce qui concerne les sorgho monocoupe, utilisés en culture principale et qui se prêtent surtout à l’ensilage plante entière, nous recommandons les variétés Sole, Amiggo, Tarzan et Zerberus. Pour les types multicoupe, destinés à être semés en deuxième culture et ensilés ou enrubannés jusqu’à deux fois dans de bonnes conditions de croissance, nous proposons les variétés Latte, Susu, Freya, Hay King et Piper.

Du point de vue de la recherche, quel est son potentiel?

Réchauffement climatique oblige, nous nous intéressons de près à son potentiel fourrager. Nous essayons ainsi d’associer cette culture riche en énergie à des légumineuses, comme différents trèfles, du pois fourrager, de la vesce d’été, du mélange avoine-pois-poisette riche en protéines, etc. La finalité est de créer des mélanges fourragers équilibrés. Nos essais sont encore en cours pour choisir des légumineuses annuelles et à levée rapide capables de pousser dans des conditions estivales. Nous comparerons ensuite les qualités agronomiques des différentes associations.

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