Dans cette ferme futuriste, on imagine l’agriculture de demain

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Dans cette ferme futuriste, on imagine l’agriculture de demain

La Swiss Future Farm vient d’ouvrir ses portes à Tänikon (TG). Nous nous sommes rendus dans cette ferme expérimentale où un groupe de spécialistes teste réelles les machines du futur.

Dans cette ferme futuriste, on imagine l’agriculture de demain

C’est à cela que pourrait ressembler l’agriculture de demain. La Swiss Future Farm de Tänikon, inaugurée fin septembre, est un laboratoire grandeur nature où une équipe de spécialistes met à l’épreuve les dernières trouvailles technologiques. Et pour tester machines, systèmes et logiciels, quel meilleur cadre qu’une véritable exploitation? Le décor est inhabituel, puisque la Swiss Future Farm est installée dans ce qui était jusqu’à l’an dernier un site de recherche d’Agroscope. Autour de la cour goudronnée s’alignent des bâtiments qui évoquent plus une caserne militaire qu’une exploitation. Mais le meuglement d’une vache et le ronronnement d’un tracteur ne laissent pas place au doute: nous sommes bien dans une ferme. «Savoir qu’une technologie existe, c’est une chose, dit Marco Landis, l’un des trois responsables des opérations, lorsque nous lui demandons la raison d’être de la Swiss Future Farm. Être capable de l’utiliser, c’est encore mieux.»

Mesurer le potentiel
Voilà en une phrase la mission de cette exploitation pas comme les autres. «Nos tests permettent d’évaluer le potentiel des nouveaux outils. Chaque agriculteur peut ensuite choisir ce qui est cohérent par rapport à ses besoins.» Il faut dire que si l’éventail des techniques est étendu, la cible des fabricants n’est pas vraiment l’agriculteur suisse: «Ces technologies sont développées pour des exploitations de milliers d’hectares, précise Marco Landis. Ce ne sont pas les mêmes enjeux que pour un paysan de montagne!» Les systèmes les plus perfectionnés sont généralement implémentés sur les plus grands engins, dont les proportions ne correspondent pas aux conditions suisses. Malgré cela, bon nombre d’outils peuvent déjà rendre de précieux services.

Vers l’agriculture de précision
C’est l’heure de la démonstration. Marco Landis simule une application d’engrais. Il commence par faire apparaître sur son écran le plan de la parcelle à traiter, partagée en plusieurs zones de couleur. «Grâce à nos mesures, au moyen de sondes et d’images prises par un drone, nous évaluons les besoins en engrais à plusieurs endroits de la parcelle, explique Marco Landis. L’agriculture de précision commence par là: une parcelle n’est pas constituée d’un seul type de sol.» Précision: le mot est au cœur de l’actualité agricole. «En augmentant la précision, on gagne du temps, de l’essence, des produits de traitement. On minimise l’impact sur l’environnement et on économise beaucoup d’argent.» Les tests de la Swiss Future Farm devront aussi permettre de mesurer l’aspect financier. Nous sortons du bureau pour grimper dans un imposant tracteur. Sur le moniteur de contrôle, on retrouve la carte colorée de la parcelle à traiter aujourd’hui. «Grâce à un système de GPS de haute précision, ce tracteur se repère avec une précision de 2 centimètres. Je n’ai plus qu’à le faire démarrer et lui laisser sillonner la parcelle. À chaque fois qu’il passe à un endroit déjà traité, le distributeur d’engrais s’ajuste automatiquement pour éviter le gaspillage.» Et les choses ne s’arrêtent pas lorsque le pilote coupe le moteur: le système enregistre d’innombrables informations sur chaque parcelle et sur chaque opération. Durée de travail, consommation, régime moteur du tracteur ou quantité de produit de traitement appliquée dans chaque zone, de quoi permettre un point de comparaison extrêmement fiable. Dans la halle où nous remisons le tracteur, des dizaines de machines sont alignées. Si quelques-unes sont des prototypes – la Swiss Future Farm pourrait bientôt tester un tracteur électrique –, la plupart sont déjà sur le marché. «Notre job, c’est de comprendre comment en faire profiter l’agriculture suisse.»

Texte(s): Clément Grandjean
Photo(s): Clément Grandjean

Partenariat public-privé

Issue d’un accord entre le canton de Thurgovie et deux entreprises actives dans l’importation et la fabrication de machines agricoles (GVS Agrar et AGCO), la Swiss Future Farm profite aussi de l’expertise de la station de recherche Agroscope. Première de son genre en Suisse, cette ferme-laboratoire a été conçue sur le modèle d’une Future Farm installée en Zambie par le groupe AGCO. Dans un domaine de la technique agricole où les progrès se suivent à pas de géant, ce lieu d’expérimentation suscite un fort intérêt: «Des professionnels du secteur viennent de loin pour voir comment nous travaillons, dit Marco Landis. Il faut dire que le modèle de l’exploitation suisse se retrouve aussi chez nos voisins, en Autriche ou au sud de l’Allemagne.» Au niveau national aussi, la Swiss Future Farm intrigue et passionne: plus de 10 000 personnes ont fait le déplacement pour assister à l’inauguration officielle au mois de septembre dernier. La première question des paysans? «Ils ont des demandes très précises. Mais leur principale interrogation est plutôt simple: ils veulent savoir si ces technologies vont simplifier la gestion de leur exploitation ou, au contraire, leur compliquer la vie!» Nul besoin de dire ce que leur répondent les responsables du projet…

En chiffres

La Swiss Future Farm, c’est:

3 responsables des opérations.
7 collaborateurs sur l’exploitation.
55 hectares de grandes cultures.
20 hectares de pâturages.
6 hectares de surfaces de compensation écologique.
65 vaches laitières.
55 porcs.
Quelques chèvres et moutons.
+ d’infos www.swissfuturefarm.ch