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Décryptage
Comment faire de l’engraissement des moutons une branche rentable

Généralement considéré chez nous comme une activité secondaire, l’élevage ovin bénéficie d’un potentiel d’optimisation important. Et adopter une stratégie efficace offre de nouvelles perspectives économiques.

Comment faire de l’engraissement des moutons une branche rentable

En Suisse, la production de viande d’agneau n’est pas un domaine réputé très rentable. «Notre pays a une longue tradition d’élevage bovin et caprin, observe Christian Gazzarin, d’Agroscope. Les ovins, en revanche, n’ont jamais été une branche d’exploitation à part entière, se bornant à constituer une source de revenus complémentaire, voire un hobby, contrairement à d’autres nations comme la Grande-Bretagne ou même l’Autriche. On les utilise souvent pour l’entretien du paysage comme prestation annexe, sans guère se soucier de leur productivité.» Pourtant, un élevage bien conduit stratégiquement permet d’obtenir un résultat économique au moins équivalent à celui des vaches mères, avec un temps de travail similaire.

L’ingénieur agronome a mené récemment une enquête sur les systèmes de production optimaux dans l’élevage de brebis. «En Suisse, il existe très peu d’exploitations professionnelles tirant la majorité de leurs revenus de cette branche, explique-t-il. Il en résulte un manque de clarté dans la méthode quant à la tenue du troupeau et aux objectifs à atteindre.»

Une lacune à combler
Cette lacune de professionnalisation se retrouve également dans les concours d’élevage, ajoute le chercheur; les bêtes les mieux primées y sont simplement jugées sur leur extérieur – les plus lourdes étant les mieux notées – sans que soient prises en compte leur fertilité ou leur rentabilité.

L’étude d’Agroscope s’est basée sur des données récoltées auprès de 15 exploitations ovines en Suisse. Leur analyse a montré que les résultats économiques différaient fortement en fonction des mesures de gestion mises en place. Et que pour obtenir de meilleures performances, une spécialisation claire dans le domaine ovin et la mise en place d’une stratégie axée sur l’efficience de l’ensemble du système sont clairement indispensables.

L’augmentation de la productivité des brebis doit être au centre de la réflexion (voir ci-dessous). Elle se calcule en nombre d’agneaux vendus par brebis ou en poids d’abattage vendu par hectare de surface herbagère. «Le potentiel d’optimisation est ici énorme, la productivité annuelle moyenne étant seulement de 1,09 agneau par brebis et par an, alors qu’on pourrait espérer atteindre un taux de 1,7», note Christian Gazzarin. Deux systèmes de productions prometteurs ressortent de l’enquête: l’un intensif, avec des agnelages tout au long de l’année, qui convient principalement aux exploitations de plaine et de collines. Et l’autre extensif, avec des agnelages saisonniers (au printemps), qui réduit au maximum les coûts directs et le travail; ce dernier système est particulièrement adapté aux régions de montagne.

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): DR

Conseils

Quelles races préférer?
Opter pour des croisements
Les agneaux atteignent plus ou moins rapidement leur maturité d’abattage selon leur génétique. Les races locales, comme le brun noir du Jura et le mouton d’Engadine, sont connues pour leur robustesse et leur fertilité. Par contre, la qualité de la carcasse n’est souvent pas satisfaisante. Une stratégie de croisements ciblés avec des races à viande (île-de-france, charollais, texel ou suffolk, par exemple) permet de conserver les propriétés positives des moutons suisses, tout en augmentant le poids vif des agneaux. Le choix du bélier doit être guidé notamment par les ressources alimentaires de l’exploitation.


Pour quelle taille de troupeau opter?
Augmenter le nombre de têtes
La professionnalisation de la production et de la vente d’agneaux passe obligatoirement par un troupeau de grandeur plus importante. Pour être rentable, sa dimension dépend de la localisation: en plaine, 500 à 1000 brebis sont nécessaires; plus on monte en altitude, plus les paiements directs permettent de réduire ce nombre. On estime ainsi que le troupeau devrait atteindre 200 à 400 brebis en zone de collines, et 140 en zone de montagne. La marge d’amélioration est ici particulièrement importante, sachant qu’actuellement les trois quarts du cheptel ovin suisse se répartissent dans des troupeaux de moins de 35 brebis.


Quand faire naître les agneaux?
Renoncer à la saisonnalité
La viande d’agneau est plus particulièrement consommée au printemps et en été, lors de la saison des grillades. À cette période, la production indigène n’arrive pas à répondre à la demande en viande locale. Planifier des mises bas de janvier à décembre, et non plus seulement au printemps avec des agneaux abattus à l’automne, permet d’offrir une répartition plus homogène tout au long de l’année. Cette stratégie accroît ainsi la part indigène de viande d’agneau sur le marché. Pour y parvenir, des races alpines fertiles sont indiquées. Cette pratique est néanmoins plus difficile à mettre en œuvre si les brebis passent l’été à l’alpage.


Que choisir pour l’affouragement?
Optimiser l’alimentation
Si l’on choisit de faire naître des agneaux toute l’année, l’alimentation doit être envisagée avec soin. Il n’est alors pas question de contenter les brebis avec uniquement un pâturage extensif. Le plan d’affouragement idéal se rapproche plus de celui des brebis laitières, avec de bonnes prairies et du foin de qualité. Malgré le coût plus élevé d’une telle alimentation, cette stratégie est économiquement plus intéressante, permettant d’atteindre une productivité nettement plus importante. Sur les alpages, si l’affouragement est pauvre, on peut améliorer la couverture de graisse des agneaux grâce à la génétique du troupeau.


Comment obtenir plus d’agneaux?
Réduire les pertes
Contrairement aux bovins, où l’on peut compter en moyenne sur un veau par année, la variabilité est bien plus grande avec les moutons: de moins d’une naissance à plus de deux agneaux par année. La gestion de l’agnelage, avec une surveillance accrue et des soins plus intensifs lors de cette période critique, permet de diminuer les pertes. Réduire l’intervalle entre les agnelages de 300 à 240 jours est une autre mesure particulièrement efficace pour augmenter la productivité du troupeau. Pour y parvenir, il faut opter de préférence pour des races fertiles qui mettent bas plusieurs fois par an, sans être influencées par la saison.

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