La chirurgie de pointe s’applique désormais aussi aux chiens et chats

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La chirurgie de pointe s’applique désormais aussi aux chiens et chats

Une nouvelle clinique vétérinaire a ouvert ses portes en début d’année à Lausanne. Elle regroupe divers spécialistes, experts dans leur domaine. Nous y avons suivi une opération à haut risque.

La chirurgie de pointe s’applique désormais aussi aux chiens et chats

Bip, bip, bip. Un patient sous narcose est branché à plusieurs appareils, alors que le personnel médical s’active autour de lui. Sur les écrans, de nombreuses courbes et des chiffres permettent de surveiller ses paramètres vitaux. On pourrait se croire dans n’importe quel hôpital romand. Pourtant, on aperçoit la truffe d’un animal dépasser du champ opératoire. Nous sommes à Medi-Vet SA, la première clinique vétérinaire romande à fonctionner 24 heures sur 24. Chiens, chats et autres animaux de compagnie bénéficient ici des techniques médicales les plus récentes. Ce jour-là, les chirurgiens vont tenter de sauver un chihuahua qui serait condamné à brève échéance sans leur intervention. Amber, quelques kilos à peine, souffre en effet d’une bulle emphysémateuse. Celle-ci a la particularité d’être particulièrement étendue, ce qui est extrêmement rare. «Une alvéole pulmonaire est devenue si grande qu’elle remplit la moitié du thorax, comme un ballon de baudruche, explique le chirurgien Thomas Dayer. Les échanges gazeux entre le sang et l’air inspiré ne peuvent plus avoir lieu du côté droit.» Avant son hospitalisation, la femelle chihuahua avait des difficultés à respirer. Une radiographie, puis un scanner ont permis de poser le diagnostic. À tout moment, cette bulle peut se rompre, conduisant alors à une mort quasi certaine.

Une anesthésie risquée

Matériel de dernière génération, attitude, conversation: tout ici rappelle l’ambiance d’un hôpital. Une césarienne à effectuer d’urgence chez une chatte mobilise une partie du personnel, alors que l’équipe de nuit transmet les cas en cours à celle de jour, en effectuant une ronde auprès des patients hospitalisés. Dans la salle où est opérée Amber, l’équipe, composée de deux chirurgiens, un anesthésiste et un assistant, ne se laisse pas perturber par cet imprévu. En habits stériles, avec un masque et une charlotte sur la tête, ils sont concentrés. L’intervention, particulièrement délicate, va nécessiter d’ouvrir le thorax pour accéder au poumon malade. «L’anesthésie, risquée, représente un véritable challenge», souligne Vincent Marolf. En Suisse romande, cet anesthésiste est le seul vétérinaire à se consacrer uniquement à cette spécialité. «Une fois le thorax ouvert, les poumons ne pourront plus se gonfler et se dégonfler spontanément au rythme des inspirations et des expirations. Je vais devoir faire respirer artificiellement la chienne, en la mettant sous ventilateur mécanique.»

Près de trois heures d’intervention

L’équipe est bien rodée, chacun sachant exactement le rôle qu’il a à jouer. Les conversations sont courtes, limitées au strict minimum. «Un maxon 3-0! Passe-moi le mosquito! J’ai besoin d’un rétracteur.» Les ordres, précis et brefs, restent incompréhensibles pour les non-initiés. La tension est palpable, mais chaque geste est contrôlé. Tout mouvement inapproprié pourrait être fatal. D’un coup de scalpel, la chirurgienne Élisa Dayer Linon ouvre le thorax entre deux côtes, avant de les écarter. L’alvéole dilatée apparaît alors. Réalisant un travail d’orfèvre, les deux chirurgiens sectionnent le lobe pulmonaire touché, après avoir posé plusieurs sutures. Vu la taille du chihuahua, une telle opération est comparable à ce qui se pratique sur les nouveau-nés en médecine humaine. «Regardez comme les lobes comprimés se redéploient!», s’émerveille Thomas Dayer, alors qu’on voit les poumons se gonfler et se dégonfler au rythme de la respiration. Peu à peu Amber reprend conscience, sous la surveillance étroite de l’anesthésiste. Une large suture barre son flanc. Il est 11 h 30, l’opération, anesthésie comprise, aura duré près de trois heures. Le chihuahua va passer quelques jours aux soins intensifs, avant de pouvoir retrouver sa maîtresse.

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): François Wavre/Lundi13

Unique en Suisse romande

Ouverte en début d’année, la clinique vétérinaire Medi-Vet SA est la seule de Suisse romande à recevoir les animaux 24 h/24, 365 jours par année. L’objectif de la structure est de développer le secteur des urgences. En parallèle, elle propose un service de spécialistes auquel les vétérinaires généralistes peuvent transférer leurs patients. Actuellement, la clinique comprend des vétérinaires spécialisés en chirurgie, dermatologie, dentisterie, cardiologie, ophtalmologie et médecine interne. Elle peut en outre compter sur une dizaine de chiens donneurs de sang, auxquels elle fait appel si des patients doivent recevoir une transfusion. La clinique va être équipée tout prochainement d’un scanner.

Questions à Kevin Diserens, vétérinaire et fondateur de la clinique Medi-Vet SA

Comment a évolué la médecine vétérinaire ces dernières années?

Les spécialisations sont devenues beaucoup plus pointues. Il faut compter encore cinq à six ans de formation après le diplôme de médecin vétérinaire pour obtenir un titre de spécialiste, que cela soit en médecine interne ou en cardiologie. La qualité des compétences et des traitements a ainsi augmenté. Cette évolution répond à une demande grandissante des propriétaires pour des soins de plus en plus poussés. Le lien avec les animaux a en effet évolué: ceux-ci font désormais partie de la famille comme un membre à part entière.

Dans quels domaines des progrès ont-ils eu lieu?

Quelle que soit la spécialité, les techniques évoluent jour après jour. Les opérations mini-­invasives – par laparoscopie ou arthroscopie – ont pris de l’ampleur. Même si les soins se rapprochent de plus en plus de ce qui se pratique en médecine humaine, nous aurons cependant toujours un temps de retard. L’aspect financier est en effet un facteur limitant, neuf animaux domestiques sur dix n’étant pas assurés. Pour exemple, l’opération pratiquée sur Amber a coûté environ 2500 francs. Il s’agit aussi d’une problématique éthique: jusqu’où est-on prêt à aller?