Le chien rend de précieux services aux paysans dans la garde du bétail

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Le chien rend de précieux services aux paysans dans la garde du bétail

Pourquoi l’agriculteur n’engagerait-il pas comme collaborateur un chien? Si son utilisation est courante pour garder les moutons, elle l’est moins dans les troupeaux de bovins. Pourtant, son aide est précieuse.

Le chien rend de précieux services aux paysans dans la garde du bétail

«J’en avais marre de courir après mes vaches, explique Pierrette Moulin. Une fois qu’on a goûté à l’aide qu’apporte un chien pour gérer un troupeau de bétail, il n’est plus possible de s’en passer!» À Vollèges (VS), l’agricultrice utilise depuis une vingtaine d’années des chiens pour l’aider dans ses tâches journalières. Depuis lors, son quotidien a changé radicalement. «Désormais, j’envoie le chien récupérer une bête qui s’échappe et j’attends qu’il me la ramène. Dès que je dois déplacer mon bétail, je fais appel à lui.»
Chiens troupeau - Sedrik NemethSi l’utilisation de chiens de troupeau pour gérer le bétail est encore peu répandue en Suisse romande, tous les agriculteurs qui y font appel sont convaincus de l’aide irremplaçable qu’apporte le chien. Pour Raphy Zufferey, de Saint-Jean (VS), c’est la rencontre avec un berger français qui a tout changé. «Le voir travailler avec son chien, sur l’alpage de Moiry, m’a particulièrement impressionné.» Le Valaisan a dès lors formé un border collie, puis un deuxième et un troisième, pour l’aider à gérer son troupeau de vaches d’Hérens. «Désormais, je suis plus autonome et je n’ai plus besoin d’appeler quelqu’un chaque fois que je dois changer des génisses de parc ou rentrer mes vaches à l’étable.»

Temps et motivation
Le border collie est réputé pour être le chien de troupeau par excellence. «Il apprend vite et à l’instinct du troupeau», souligne Pierrette Moulin. «Travailleur, obéissant, précis, il a toutes les qualités», ajoute Jean-Christophe Roten, de Savièse (VS), qui l’utilise sur un troupeau de vaches allaitantes de race angus. En été, cet agriculteur valaisan garde seul un troupeau de 150 bêtes. «Sans chien, cela serait tout simplement impossible, vu la taille du troupeau et la surface de l’alpage.» Mais former un chien pour garder le bétail ne s’improvise pas. Il faut de la motivation et de la disponibilité pour y parvenir, ce qui explique certainement que cette pratique ne se soit pas encore généralisée. «Le temps qu’on investit au départ nous est rendu au centuple par la suite», observe Pierrette Moulin. Gauche, droite, stop, recule, doucement: les ordres sont extrêmement variés, afin de pouvoir diriger son chien à distance. Certains utilisent la parole, d’autres le sifflet, afin que l’animal l’entende de plus loin. «Comme je travaille avec deux chiens simultanément, je leur ai appris des codes différents, afin que je puisse diriger l’un et l’autre séparément», note l’agricultrice valaisanne. Chiens troupeau - Sedrik Nemeth

Imposer sa présence
Cependant, diriger des bovins est bien plus difficile pour un chien qu’effectuer le même travail sur des moutons. En effet, si une vache voit la moindre faiblesse, elle va facilement prendre l’avantage, grâce à sa taille. De plus, elle a un instinct moins grégaire que le mouton et a ainsi moins tendance à rester groupée avec ses congénères. «Le chien doit oser aller contre les vaches et s’imposer par sa seule présence et son regard, souligne Pierrette Moulin. Un bon chien arrive à diriger les bêtes à distance, sans devoir s’approcher et mordre les jarrets.» Une fois expérimenté, un border collie pourra gérer les situations les plus difficiles, apportant ainsi une aide irremplaçable dans la gestion du bétail.

Texte(s): Véronique Curchod
Photo(s): Sedrik Nemeth

Questions à...

Nathalie Di Natale-Briguet, vice-présidente de la Société suisse pour la formation des chiens de troupeau

chiens troupeauComment expliquez-vous que le chien soit encore peu utilisé?
Il l’est de plus en plus, surtout dans les exploitations ovines, même si ce n’est pas dans nos traditions de former des chiens jusqu’à en faire de vrais collègues de travail. Les agriculteurs de montagne sont plutôt habitués à déplacer leur bétail en famille, aidés de plusieurs personnes. Comme les vaches de chez nous sont très braves et habituées à suivre leur propriétaire, le chien est souvent considéré comme superflu. De plus, les éleveurs considèrent
que détenir un chien et le former est trop contraignant. Les agriculteurs sont encore nombreux à craindre de stresser ainsi leurs bêtes, un a priori négatif qui n’a pas lieu d’être si le chien est dressé correctement.

Quels conseils donneriez-vous à un agriculteur qui souhaite acquérir un chien?
Il ne faut pas se lancer à la légère, mais être conscient qu’il faudra du temps et de la patience pour former l’animal. Le choix du jeune chien est aussi primordial. Beaucoup trop d’utilisateurs choisissent leur premier compagnon un peu par hasard et se retrouvent au bout de quelques années avec un chien sans instinct pour le travail demandé. Il me semble également important d’être conseillé et encadré dès le départ par des instructeurs compétents. De plus, il faut être prêt à mettre le prix pour
un bon chien. Il faut en effet compter entre 1400 francs pour un chiot
avec pedigree et 3000 francs pour un animal formé avec expérience.

Quels sont les buts de votre association?
La Société suisse pour la formation des chiens de berger (SSDS) a pour vocation de promouvoir le travail des chiens de conduite dans toute la Suisse. Nous collaborons avec Agridea et les écoles d’agriculture pour orienter et encadrer les apprentis bergers dans le choix, l’éducation et la formation de leurs chiens de conduite. La SSDS organise et coordonne près de 35 épreuves de travail par an, forme des juges et des instructeurs qui dispensent des cours pratiques aux utilisateurs de chiens de troupeau, bergers, éleveurs professionnels ou amateurs

Bon à savoir

Races suisses spécialisées dans la garde des ­bovins

Les bouviers suisses doivent leur nom à leur rôle historique dans les fermes, la garde et la conduite de bovins. On distingue quatre races: le bouvier bernois, le grand bouvier suisse, le bouvier appenzellois et le bouvier de l’Entlebuch. Ils étaient surtout utilisés pour pousser le troupeau de la traite au pâturage et retour, au pied du paysan, et non pas pour travailler de façon autonome. Si on trouve encore ici ou là des bouviers utilisés pour la gestion du bétail, ceux-ci ont désormais été supplantés par le border collie, originaire de Grande-Bretagne, plus maniable et facile à dresser.