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Welcome dans la forêt-jardin de Martin
Welcome dans la forêt-jardin de Martin

Mon petit vélo et moi, nous revenons de Totnes, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Ce nom rappellera sans doute quelque chose à ceux qui ont vu le film Demain, car c’est dans cette petite ville qu’est né le mouvement des villes en transition, sous l’impulsion de Rob Hopkins. Mais ce n’est pas pour rencontrer cet énergique permaculteur que j’ai entrepris ce long voyage en train et vélo pliable, mais pour découvrir tout près de là un autre haut-lieu des alternatives écologiques: la forêt-jardin ou forêt nourricière de Martin Crawford, pionnier de l’agroforesterie et fondateur de l’Agroforestry Trust il y a 25 ans déjà.

Nous étions une bonne vingtaine, venus de toute l’Europe pour trois jours de stage dans une forêt pas comme les autres, où tout se mange, ou presque. Plantée en 1995 dans un pâturage, la forêt-jardin de Martin s’étend sur un peu moins d’un hectare, mais plusieurs centaines d’espèces s’y côtoient à tous les étages pour former un écosystème comestible imitant à s’y méprendre une forêt tempérée naturelle. Pour la botaniste que je suis, l’expérience était assez déroutante. En guise de couvre-sol, pas de ronces ni de lierre, mais des tapis de consoude ibérique, de menthe-pomme (Mentha suaveolens), de pétasites japonais et de fougère autruche (Matteucia struthiopteris), une espèce d’origine nord-américaine dont les jeunes crosses sont paraît-il délicieuses au printemps. Plus familiers heureusement, des bouquets de sceaux de Salomon dont j’ignorais les qualités gustatives et quelques matelas de pervenches. Pour ce qui est des arbustes, cassissiers, groseilliers, framboisiers et raisins du Japon (Rubus phoeniculosus) colonisent le sous-bois, tandis que néfliers, poivriers du Sichuan (Zanthoxylum schinifolium), cognassiers du Japon (Chaenomeles japonica), olivier d’automne (Eleagnus umbellata) et plaqueminiers bordent les chemins. Plus haut encore, c’est l’étage des lianes et des grands arbres. Comme le houblon qui grimpe à l’assaut des aulnes d’Italie, plantés ça et là comme fixateurs d’azote. Version comestible, il y avait là châtaigniers, muriers (Morus nigra et alba) et sorbiers en pleine fructification, et bien sûr des  pommiers et des poiriers dans les endroits les plus ensoleillés. La liste des espèces m’a parue infinie, celle des saveurs aussi.

Luxuriante, la forêt a l’air sauvage mais la végétation est parfaitement contrôlée. Martin Crawford intervient par petites touches, pour donner de la lumière, se frayer un chemin ou  freiner les compétitions. Les récoltes? Suivant l’année, l’espèce ou la variété, elles se grappillent ou se pèsent en dizaines de kilos. Mais il y a tout au long de l’année quelque chose à manger, en salade mêlée, en tarte, en beignet, à l’étouffée, en sirop et confitures. C’est là tout le principe et l’enjeu d’une forêt-jardin productrice et résiliente.

Entre séances de dégustation, exercices de design, observations botaniques, conseils pratiques et partage d’expériences, j’ai fait en trois jours le plein d’idées et d’énergie pour les mois et les années à venir. Notre verger est sur la bonne voie, mais je vais encore densifier les plantations, indigènes et exotiques. Pour améliorer la qualité du sol, s’adapter au changement climatique, mais surtout pour apporter la fraîcheur, l’humidité, la protection et la biodiversité dont nos arbres esseulés ont terriblement besoin. Durant tout le trajet de retour, une forêt-paradis s’est dessinée dans ma tête. Reste encore à pédaler très fort pour qu’elle devienne réalité au jardin.

 

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens

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