« Dis Maman, pourquoi on fait la Fête des Vignerons? »
« Dis Maman, pourquoi on fait la Fête des Vignerons? »

«On a tout ? Bouteille d’eau, écouteurs, dossard, badge, casse-croûte…? on peut y aller!» Voilà à quoi ressemble un départ pour une répétition de la Fête des Vignerons. Depuis plusieurs semaines, accompagnée par mes deux enfants, je rejoins l’arène construite sur la place du marché de Vevey pour des répétitions hebdomadaires. Là, sous l’échafaudage métallique de la porte nord, nous attendons avec les autres figurants du tableau de la Saint Martin le top-départ du régisseur pour entrer en scène. La chaleur est étouffante et nous venons à peine d’arriver que déjà, mon garçon, doudou à la main, grogne. « Pourquoi suis-je le seul de ma classe à faire la Fête?» Je souris intérieurement. A deux semaines du coup d’envoi, il serait effectivement temps de s’interroger sur les raisons qui m’ont poussé à participer à cette Fête des Vignerons…

La première fois que j’ai entendu parler d’elle, c’était il y a 12 ans. Je débarquais alors à Vevey et j’effectuais ma première répétition au sein de l’Harmonie municipale locale, la Lyre. Lors de l’apéro qui suit traditionnellement les deux heures de musique, j’interrogeais alors mes nouveaux collègues sur ces chapeaux et costumes dispersées aux murs du local. «Ce sont les restes de 1999!» S’en était suivi un vibrant exposé à plusieurs voix où l’on m’avait initié à ce qu’était la Fête des Vignerons, et à sa place dans le paysage culturel et social régional. Etait-ce sous l’effet du chasselas que j’apprenais alors à apprivoiser? A moins que ce soit un accès d’enthousiasme accompagnant ma volonté d’intégration? Ou alors une envie inconsciente de retrouver coûte que coûte des repères dans cette nouvelle vie veveysanne? Toujours est-il que ce soir de février 2007, je me suis promis d’en être, de cette prochaine Fête dont tout le monde parlait déjà.

Dans le joyeux bavardage qui précède notre entrée en scène, je cherche des yeux mon garçon de huit ans, afin de lui répondre. Mais il est en train de raconter sa journée d’école aux deux gaillards avec qui il entrera sur le plateau dans quelques minutes, ayant manifestement oublié sa mauvaise humeur. Quant aux musiciens de la Lyre de Vevey, devenus mes amis, ils sont à quelques mètres de moi, là-haut, sur la scène intermédiaire, en train de chauffer leurs instruments. Le régisseur surgit soudain, nous intimant de mettre nos écouteurs pour entendre ses ordres. «N’oubliez pas de faire de la place aux véhicules lors de leurs entrées ! Attention à ne pas perdre de temps dans la chorégraphie!» J’écoute ses recommandations d’une oreille distraite. «Si j’avais su que c’était si compliqué…», glisse une dame âgée derrière moi.

Il y a deux ans, je n’avais pas hésité une seconde à m’inscrire comme figurante, sans avoir aucune idée du projet artistique, ni de l’investissement que cela représenterait. Ces derniers mois, tout s’est enchaîné. La prise des mesures pour les costumes, la demande d’un congé exceptionnel à mon employeur, l’organisation familiale autour du planning de répétition, sans compter les interminables heures à discuter du prix des billets, du gigantisme de la fête, des choix du metteur en scène, etc.

Les premières notes de musique me tirent de ma rêverie. Les cloches de la Tour St Martin sont notre signal de départ. J’empoigne ma cadette d’une main, un panier en osier de l’autre. J’aperçois mon garçon grimper sur une vieille sulfateuse. La musique de Jérôme Berney porte les mots de Blaise Hofmann. La porte Nord se lève soudain et la lumière nous parvient violemment. J’entre dans l’arène.

Texte(s): Claire Muller
Photo(s): Claire Muller