Tous aux abris… les fourmis légionnaires arrivent !
Tous aux abris… les fourmis légionnaires arrivent !

Il est dix heures du matin dans la forêt amazonienne, la chaleur devient moite et étouffante. Le silence règne. La plupart des oiseaux se sont tus depuis peu. En rentrant vers notre logement, de nombreux cris d’oiseaux viennent tout à coup mettre fin à cette quiétude. Tout laisse présager qu’il s’agit d’un «mixed flocks», soit un groupe de différentes espèces se volant ensemble pour chercher de la nourriture, bénéficiant ainsi d’une protection mutuelle.

Mais cette fois, il s’agit d’un groupe d’une composition quelque peu différente et la cause de cette agitation commence à pointer le bout de ces antennes sur le chemin devant nous. Rapidement, une marée de fourmis se répand sur le sentier. Tout le sous-bois environnant est submergé par des milliers d’insectes. Un petit pas en arrière est nécessaire. Même si elles ne sont pas très agressives envers les hommes, leurs piqûres sont comparables à celles de «nos» fourmis rouges. Aïe!

Généralement appelées fourmis légionnaires (army ants en anglais), elles sont particulières. Elles se déplacent en groupe de plus de 100’000 individus. Il est même arrivé de croiser la route de formations comprenant 20 millions de fourmis! Elles tuent tout ce qui se trouve sur leur chemin : criquets, araignées et autres insectes, même beaucoup plus grands qu’elles. Une seule colonie peut éliminer des dizaines de milliers de proies par jour (cliquez pour voir leur oeuvre dans cette vidéo de la BBC).

Quel est le lien entre les cris d’oiseaux et ces fourmis, me direz-vous ? Plusieurs espèces d’oiseaux (et d’insectes) sont devenus spécialistes dans l’art de capturer les espèces qui tentent de fuir cette armée de monstres miniatures à six pattes. Certaines dépendent même étroitement d’elles comme le fourmilier maculé – Black-spotted bare-eye (en photo). D’autres sont plutôt des visiteurs occasionnels de ces colonies voraces comme l’alapi plombé – Plumbeous antbird (en photo). Il semblerait que 350 à 500 espèces animales soient associées à ces fourmis. Ce phénomène ne se voit pas tous les jours dans la forêt tropicale, mais c’est à chaque fois un plaisir pour un ornithologue de pouvoir observer le cortège d’une dizaine, voire vingtaine d’espèces d’oiseaux dans le sillage de ces fourmis.

Texte(s): Fabian Schneider
Photo(s): Fabian Schneider/wikipedia

Sources pour approfondir la question

  • Schneirla, Theodore Christian (1971). Topoff, Howard R. (ed.). Army Ants: A Study in Social Organization. San Francisco: W. H. Freeman and CompanyISBN 978-0-7167-0933-6OCLC 210501.
  • Franks, Nigel R.; Fletcher, Charles R. (1983). « Spatial Patterns in Army Ant Foraging and Migration: Eciton burchelli on Barro Colorado Island, Panama ». Behavioral Ecology and Sociobiology. 12(4): 261–70. doi:10.1007/BF00302894.
  • Rettenmeyer, C. W.; Rettenmeyer, M. E.; Joseph, J.; Berghoff, S. M (2011). « The largest animal association centered on one species: the army ant Eciton burchellii and its more than 300 associates ». Insectes Sociaux. 58 (3): 281–292.