Une trogne qui vaut de l’or
Une trogne qui vaut de l’or

Ils ont une sacrée tronche nos deux saules têtards et ils méritent bien le nom de « trogne » qu’on attribue dans l’ouest de la France aux arbres taillés de cette façon, quelle que soit l’espèce. Autrefois,  ils ponctuaient nos paysages de leur silhouettes biscornues et j’imagine que leurs têtes boursouflées surgissant dans le brouillard ou se découpant à la pleine lune devaient faire battre le cœur et presser le pas! Mais on ne leur manquait pas de respect, car jusqu’au milieu du siècle passé, les arbres têtards  jouaient un grand rôle dans l’économie paysanne: production de bois de chauffe, de fagots, de fourrage, de manches à outils, d’échalas, de liens et de brins d’osier quand il s’agissait d’un saule,…  Puis ils sont tombés en désuétude, ont été éliminés lors des remembrements ou se sont affaissés sous le poids de leurs branches qui n’étaient plus taillées.

Nos saules couleur d’or, nous les avons planté il y a presque 20 ans: deux pousses annuelles d’une variété de Salix viminalis prélevées dans le jardin du grand-père. Les bâtons ont pris racine facilement, puis au bout de deux ou 3 ans de croissance, on a commencé à les tailler sévèrement, tous les deux ans en alternance et toujours à la même hauteur. Au fil du temps, ils ont chopé la grosse tête et une chevelure en pétard. Les cicatrices de la taille créent un enchevêtrement de moignons et de boursouflures, entre lesquels se cachent plein de petits insectes que le troglodyte s’acharne à débusquer. Quand ils seront beaucoup plus vieux, ils se creuseront de cavités profondes, accueilleront peut-être un loir ou une chouette, des champignons et des fougères…

Pour l’heure, les branches coupées me sont très utiles. Voici ce que j’en ai fait récemment:

Arceaux pour tunnel – La souplesse du saule permet de façonner rapidement des arceaux pour soutenir une feuille de plastique. Ce tunnel vite fait, intégré dans la serre, a donné un coup de fouet aux premières salades, en limitant la chute des températures nocturnes. Attention: les branches sont à couper avant la montée de la sève car après, elles deviennent cassantes!

 

 

 

 

 

 

Marqueurs de semis- Lors de la taille, je prépare des petits fagots avec les branches les plus fines: elles me serviront à marquer les semis tout au long de la saison. Un bout de bande à masquer avec le nom de la variété et la date du semis et le tour est joué! Il arrive souvent que  la branche prenne racine. On peut l’éviter en plantant le bâtonnet avec les bourgeons tête en bas.

 

 

 

 

 

 

Montants de panier- Salix viminalis, ou saule des vanniers, fournit une matière première idéale pour tresser des clôtures vivantes, des paniers en osier … ainsi que des ligatures pour attacher les cardons et les lianes (vignes, rosiers, ..). Quelques brins flamboyants (qui ne le resteront pas) contribuent au squelette de cette future « hotte à champignons », tressée avec du cornouiller, de la clématite et de la viorne lantane.

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec du saule broyé, on peut encore produire un excellent BRF (bois raméal fragmenté), préparer une eau qui dope les boutures, … Vous l’aurez compris: le saule têtard est une  mine d’or pour le jardin. Alors n’hésitez pas à planter une baguette de saule dans un angle de votre jardin! Il lui donnera du caractère, vous rendra service et donnera un bon coup de pouce -et de tête- à la biodiversité!

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens