Une cuillère de sureau pour…

Une cuillère de sureau pour…
Une cuillère de sureau pour…

Un petit coup de mou et la gorge qui gratte m’ont poussée jusqu’au fond du congélateur, pour en extirper deux sacs de baies de sureau noir, cueillies au jardin par mon fils cet été. Plus question de tergiverser, il y a urgence. Ma réserve de sirop est à sec: il faut réagir pour contrer les microbes.

Ma recette est très simple: après avoir extrait le jus avec un moulin à légumes (le fameux «passe-vite»), je le fais cuire avec un poids équivalent de miel et un jus de citron. Je le glisse ensuite à chaud dans des petites bouteilles et le sirop peut se conserver ainsi plusieurs années à la cave. Selon les goûts, on peut y rajouter du rhum, remplacer le miel par du sucre candi ou encore y rajouter des petits morceaux de carottes comme le faisait ma maman. Quoi qu’il en soit, le résultat est apprécié par mes garçons qui s’inventent volontiers un rhume pour avoir droit à une cuillère. En plus de ses vertus diurétiques et sudorifiques, le sureau est réputé anti-inflammatoire, anti-grippe et décongestionnant. Et au vu de sa couleur, qui tache énormément, il doit être bourré d’anti-oxydants.  Bref, il n’en faut pas plus pour me convaincre de l’efficacité de ma potion gratuite. Et ça tombe bien, car du sureau j’en ai plein le jardin.

Il s’est installé tout seul et nous l’avons laissé pousser partout où son ampleur ne deviendrait pas gênante.  En juin, on cueille ses ombelles de fleurs pour en faire des beignets et un délicieux sirop estival, mais il en reste toujours assez pour qu’en été, ses branches ploient sous le poids des baies dont se régalent aussi les oiseaux. Crues, elles sont indigestes pour nous les humains, mais leurs toxines sont détruites à la cuisson. Besoin d’un tuteur ou d’un bâton pour marquer les semis? Le sureau en offre pléthore à deux pas du potager. Bien sûr il est souvent couvert de « poux », mais pas de souci: ce ne sont pas les mêmes pucerons qui s’attaquent aux légumes et aux rosiers. Les décoctions de feuilles de sureau, aux relents de cyanure, sont d’ailleurs efficaces contre ceux-là.

Arbre mythique par excellence, la réputation du sureau oscille selon les régions entre le bien et le mal, l’amour et la haine. Et bien moi je l’aime ce sauvageon. Et il me le rend bien. La preuve? Deux cuillères de sirop et ma gorge va déjà beaucoup mieux.

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Antoine Lavorel, Aino Adriaens