Un tunnel mobile, ça se bricole!

Un tunnel mobile, ça se bricole!
Un tunnel mobile, ça se bricole!

Le  système D n’est pas très valorisé en Suisse. Que ce soit en matière de construction ou d’agriculture, la tendance est plutôt au flambant neuf, au high tech et au surdimensionnement. C’est le luxe d’un pays riche, mais c’est aussi la faute aux banques et au « système » qui poussent au surendettement. La faute aux normes très sévères et la faute au voisin qui avait un plus gros tracteur que le mien… Un vent nouveau est pourtant en train de se lever. Il souffle déjà sur les petites fermes qui veulent s’affranchir de l’agroindustrie et misent sur la diversification, la transformation locale et le contact humain. Sur le domaine de  l’école d’agriculture de Marcelin, à Morges, il a même la force d’une tempête sous l’impulsion de Victor Bovy, ingénieur en environnement, paysan et permaculteur.

Fan d’agroécologie, le jeune homme a repris le domaine avec son père il y a deux ans, le reconverti au bio et multiplie les initiatives pour faire de sa ferme un véritable écosystème productif autosuffisant et low tech. La dernière en date est l’autoconstruction d’un tunnel maraîcher mobile, dont Terre & Nature s’est fait l’écho dans l’édition de ce jeudi 6 décembre. L’idée est simple: on fait glisser le tunnel sur un rail au fil des saisons, ce qui permet de faire bénéficier plusieurs cultures de l’effet de serre, d’augmenter les récoltes et de régénérer le  sol. «Cet outil a été bricolé et expérimenté  par le maraîcher américain Eliot Coleman sur sa microferme et il commence à arriver en Europe car les résultats sont excellents» souligne Victor Bovy qui, pour adapter son tunnel existant, a appelé en renfort L’Atelier paysan,  une coopérative française qui encourage la souveraineté technologique du monde paysan.  Son objectif? Aider les paysans à se réapproprier des savoirs-faire dans le domaine des équipements, histoire de disposer d’outils mieux adaptés à une agriculture biologique, à échelle humaine. Le tunnel mobile, construit à partir de glissières d’autoroute et de ferraille récupérée, n’est qu’un exemple. La brouette maraîchère et le pousse-pousse, le chariot enjambeur construit à partir de vieux cadres de vélos, l’aggrozouk ou bicitracteur sont d’autres outils innovants développés à moindre coût par les ingénieurs de l’Atelier paysan.

Terriblement séduit par la démarche et bidouilleur dans l’âme, Victor Bovy rêve déjà sur les plans de l’outil sandwich, du vélo-cargo et de la brosse à blé pour la meunerie, qui permettra d’ôter les mycotoxines des céréales produites sur son domaine: «L’autoconstruction n’est pas vraiment rentable si on compte les heures qu’on y passe. Par contre, elle permet d’avoir des outils sur mesure et bien adaptés à nos besoins.  C’est aussi le plaisir de faire simple, soi-même et de maîtriser les réparations. Ou autrement dit: d’être plus autonome et plus écolo à tous les niveaux».

 

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens, Arthur Dietrich