Un jardin-paradis aux yeux des enfants
Un jardin-paradis aux yeux des enfants

Je suis une jardinière comblée. Comblée par les sourires des parents et les exclamations des enfants: «On est au paradis ici!  On pourrait rester plus longtemps?». Est-ce que ce sont les herbes folles, les tritons de l’étang, le chant des grillons, le parfum des fleurs, le clin d’œil du hibou et les plumes du beau Georges qui leur ont donner cette impression? Ou bien le contraste saisissant entre notre jungle débridée et le simili-golf robot-tondu de la parcelle voisine? Quoi qu’il en soit, la fête de la nature ce week-end au jardin a drainé tant d’enthousiasme que j’en suis encore toute ébahie. Comme le cycliste le nez dans le guidon qui lève enfin la tête pour apprécier le paysage.

Cela fait 20 ans que la nature est bienvenue dans cet ancien pâturage, modeste portion de la ceinture de verger traditionnelle du village. Nous y avons creusé un étang et plusieurs mares, remonté des pierres affalées, bâti de nouveaux murets, mis la prairie grasse au régime minceur et bien sûr planté à tour de bras et dans les moindres recoins une kyrielle d’arbres, arbustes, lianes et fleurs d’espèces sauvages et horticoles, comestibles ou non. Et dès le début la nature a répondu à notre invite. Les tritons et les grenouilles sont arrivés d’on ne sait où, les libellules et les sauterelles ont suivi le mouvement. Dès que les aubépines, les cornouillers, les viornes et les nerpruns se sont étoffés,  ça a été le tour des oiseaux, des hérissons, des papillons de s’installer à demeure. Les fleurs ont mis plus de temps à s’épanouir dans le pré mais aujourd’hui elles sont là et nombreuses à titiller nos sens.

Aux visiteurs du jardin, nous avons raconté tout ça. Nos réussites et nos plus beaux échecs. Comment s’y prendre et ce qu’il vaut mieux éviter. On s’est appliqué à rassurer les inquiets. Non les moustiques ne sont pas un problème: ils ne survivent pas dans les mares car des prédateurs s’en occupent. Non le lierre n’étouffe pas les arbres et le bois mort ne ramène pas « la » maladie. Oui les limaces et les campagnols nous énervent, et les chats domestiques aussi. Non ce n’est pas grave s’il y a des chenilles qui boulottent le fusain, ses feuilles repousseront rapidement. Oui c’est bien de résister au regard du voisin qui ne supporte pas ce qui dépasse, se resème, s’envole ou chante la nuit. Oui c’est bien de laisser du « chenis » car la biodiversité est à ce prix.

La fête a été belle et j’ose croire que notre jardin sauvage, magnifié par les sculptures, peintures et photographies de nos deux garçons, a convaincu. J’ose espérer qu’incessament sous peu la nature envahira les quartiers de villas, les espaces verts et les jardins d’immeubles.  Car il y a urgence pour les oiseaux, les hérissons et les insectes. Urgence aussi pour nos enfants qui croient encore au paradis.

 

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens, Christian Lavorel