Les paysannes s’ouvrent à la permaculture

Les paysannes s’ouvrent à la permaculture
Les paysannes s’ouvrent à la permaculture

Le changement des pratiques agricoles passera-t-il par les femmes? Dans le jardin potager des familles paysannes en tous cas, la réponse ne fait aucun doute. Ce sont les femmes qui prennent en charge ce petit lopin de terre dont leur mari n’a pas le temps de s’occuper. Ce sont elles qui sèment, bichonnent, récoltent et transforment les légumes qu’elles veulent les plus sains possible, goûteux et sans chimie. Curieuses et souvent moins sceptiques que la gente masculine, les paysannes s’intéressent de plus en plus à la permaculture. J’en veux pour preuve leur intérêt et leur enthousiasme à visiter notre jardin.

Après le groupe de l’association des Paysannes vaudoises de Montcherand-Lignerolle, j’ai accueilli ces derniers jours des paysannes fribourgeoises inscrites à la formation continue en économie familiale de l’Institut agricole de Grangeneuve. «La demande de programmer un cours d’initiation à la permaculture vient de nos membres. Qu’elles soient épouses,  filles d’agriculteurs ou elles-mêmes  agricultrices, elles ont envie d’apprendre à jardiner différemment et sont séduites par cette nouvelle forme d’agriculture, même si elle remet passablement en question leurs acquis» souligne Evelyne Gabriel, conseillère en économie familiale en charge du programme. Au jardin, les questions fusent. Les échanges sont passionnants. Certaines ont commencé par faire une butte dans un coin du potager, d’autres testent les associations de plantes, les purins, les huiles essentielles. Certaines y vont timidement, d’autres carrément, selon leur tempérament ou leur disponibilité . « La plupart d’entre elles ont hérité du potager familial et souhaitent aujourd’hui se démarquer de la façon conventionnelle dont la grand-mère ou la belle-mère s’en occupait. Le jardin propre-en-ordre a fait son temps. La permaculture ouvre la porte a beaucoup plus de fantaisie» sourit Céline Andrey, formatrice en permaculture et responsable du cours.

Mais qu’en pensent les maris? Les réponses sont nuancées mais convergent en un constat: la permaculture ne les laisse pas indifférents. Elle est même parfois un projet de couple. D’ailleurs trois hommes étaient présents au jardin, emmenés par leur femme ou envoyés par celles qui ne pouvaient pas se libérer. Pas forcément bio mais avec une sacré tendance à s’en rapprocher, «car en vente directe les clients sont très demandeurs, mais aussi parce qu’on aimerait pouvoir éviter de traiter». En permaculture, on suggère au jardinier de ne pas tout chambouler d’un coup, de mettre les choses en place pas à pas, en prenant le temps d’observer, d’évaluer. Dans les têtes c’est la même chose. Les femmes ont pris les devants. Mais les hommes vont les suivre. Lentement mais sûrement.

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Céline Andrey, Aino Adriaens, Antoine Lavorel

Fribourg n'est pas à la traîne

Cours avec des apprentis en horticulture à Marcelin (VD)

Dans un billet et un article publié en février dernier sur la permaculture dans les écoles d’agriculture, le canton de Fribourg faisait figure de parent pauvre dans la formation romande. C’était omettre le cours d’initiation à la permaculture proposé aux femmes paysannes par l’institut agricole de Grangeneuve. Comme quoi, l’information ne circule pas toujours aisément au sein des écoles et entre les filières… Quoi qu’il en soit, le mouvement est en marche et il est fort à parier que la permaculture se fasse à l’avenir une place respectable dans le cursus des apprentis.