Le Jardin des Possibles a la patate

Le Jardin des Possibles a la patate
Le Jardin des Possibles a la patate

La patate est énorme. Les patates, en fait. Il en reste deux ou trois posées négligemment sur ce qu’il reste de paille, comme preuve irréfutable de la réussite de l’expérience. Winde De Coster a le sourire modeste devant les visiteurs venus profiter, malgré le temps maussade, des portes ouvertes de ce jardin à la réputation grandissante.  «J’ai presque réussi à la convaincre d’acheter une friteuse» me glisse son compagnon Michel Rossignol, qui compose avec Winde le duo des Jardiniers du Possible.  Nous sommes à Estévenens (FR), aux portes de la Gruyère, dans un jardin déroutant où des fleurs et des légumes aux proportions gigantesques poussent sur des buttes qui ne le sont pas moins.

A commencer donc par les patates. Pour préparer l’emplacement de leur future serre, Michel et Winde ont déroulé l’automne dernier une immense botte de paille cylindrique, qu’ils ont ensuite recouverte de fumier de bovins. Au printemps, ils y ont enterré les pommes de terre, planté des courges et des courgettes et semé un mélange d’avoine, tournesol, lin et sarrasin en guise d’engrais vert. Début juillet, la parcelle était luxuriante et impénétrable. A la fin de l’été, le résultat a dépassé leurs espérances: au moins 150 kg de pommes de terre récoltés avec aisance et des courgettes en pleine croissance, prêtes à prendre le relais des plants qui s’essoufflent sur les buttes environnantes.

Et quelles buttes! Paysagistes de profession, Winde et Michel les ont créées de toutes pièces avec les déchets verts qu’ils ramènent des jardins de leurs clients (lire pp 17-19 du hors-série permaculture). « Nous broyons et mélangeons absolument tout, thuyas et laurelles compris, puis nous accumulons ces déchets au fur et mesure des arrivages sur de vieilles planches étalées au jardin. Quand la taille et la longueur de la butte nous convient, on la laisse au repos quelque temps et on en commence une autre» nous explique Winde avec son savoureux accent belge. Au printemps suivant, la butte accueillera des courges en guise de couvre-sol, la seconde année des pommes de terre  et dès la troisième année, nos jardiniers plantent et sèment dans le compost fertile qu’elle est devenue une diversité incroyable de légumes, de fleurs, vivaces et annuelles, et de petits arbres. En moins de 4 ans, le pré tondu qui entourait la ferme séculaire s’est transformé en labyrinthe exubérant où l’on se perd et s’attarde avec délice, un brin envieux quand même d’une telle réussite.

Heureusement Winde et Michel ne sont pas avares d’explications. Bien au contraire. Ils partagent leur passion avec tant de plaisir qu’ils ouvrent leur jardin chaque premier samedi du mois, d’avril à novembre. Ils proposent aussi depuis cette année des cycles de formation en permaculture et lanceront notamment dès l’année prochaine une pépinière participative où chacun pourra choisir et semer ce qu’il voudra planter plus tard dans son propre jardin. Pour l’heure, j’ai ramené une patate. Elle fait 572 grammes et j’ai sorti la friteuse.

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens