Laissons du chenit pour les oiseaux!
Laissons du chenit pour les oiseaux!

La biodiversité est en chute libre, les oiseaux ne chantent plus, les insectes disparaissent de nos vies et de nos parebrises. Les mauvaises nouvelles se succèdent à un rythme effréné, au point de susciter peu à peu l’indifférence ou le fatalisme. Sur les ondes, on se demande encore ce qu’on peut faire. On débat sur les enjeux, on alarme, on minimise ou on tempère. Les politiques ergotent sur les coûts, affirment qu’on en fait déjà beaucoup. Et bien, de toute évidence, on en fait pas encore assez!  A notre humble échelle, le potentiel est énorme. En tant qu’électeur bien sûr, en votant autrement (ce que suggère d’ailleurs Doris Leuthard dans le reportage RTS « Le silence des oiseaux« ), en tant que consommateur, en achetant bio, mais aussi en tant que jardinier…

En cette saison, la première mesure à prendre, qui ne coûte rien et ne demande aucun effort (sauf dans la tête!), c’est de soigner notre fâcheuse manie du propre-en-ordre! A l’approche des frimas, les oiseaux ont plus que jamais besoin de graines, de baies sauvages, de petites bêtes cachées dans les tiges creuses et les inflorescences desséchées. Où les trouveront-ils si toutes les tiges sèches des vivaces sont coupées bien ras et les haies taillées prématurément? On me rétorquera peut-être que ça fait « chenit » et que les voisins vont faire des remarques. Et bien tant pis pour les voisins et tant mieux pour les oiseaux!  Tant mieux aussi pour la poésie des ombelles saupoudrées de givre et des toiles perlées de rosée entre les herbes folles.  Pour ma part, j’attends le printemps pour faire de l’ordre dans les massifs. Je dépose alors mes déchets de taille en bordure d’une haie: les abeilles sauvages qui ont peut-être passé l’hiver dans les hampes défleuries pourront éclore en toute tranquillité. Plus tard dans la saison, je les transformerai en mulch pour pailler le potager.

Deuxième conseil permacole, à la fois reposant et bon pour la nature:  laisser les feuilles mortes là où elles tombent! Car c’est sous leur couvert que la micro-faune trouve refuge, que les sols vivants se créent, que les merles et les grives grattent pour trouver de quoi manger. Ce serait dommage d’aller remplir la benne de la déchetterie avec une matière aussi précieuse pour le jardin. Si vraiment elles gênent sur les allées ou le gazon, on peut les recycler au potager, dans les massifs ou sous les arbres, dont elles protégeront le sol tout l’hiver.

On peut en faire davantage encore pour la biodiversité, moyennant un poil plus d’efforts. Comme par exemple remplacer ses thuyas ou ses laurelles par des arbustes indigènes, intégrer des plantes sauvages  dans ses massifs, creuser un étang, monter un tas de bois ou de cailloux… La charte des jardins  dresse une liste des gestes qui comptent, des bonnes pratiques à adopter. Elle propose même un très joli emblème à mettre sous le nez des voisins grincheux. Une chose est sûre: si on s’y met tous, au pas de notre porte, la nature s’en portera déjà beaucoup mieux!

Texte(s): Aino adriaens
Photo(s): Antoine Lavorel, Aino Adriaens