La guilde du pommier

La guilde du pommier
La guilde du pommier

La guilde du pommier n’est ni une danse traditionnelle ni une réunion secrète qui se tiendraient sous ce bel arbre fruitier à la  pleine lune. Non! En langage permacole, ce terme guilleret désigne un ensemble de plantes comestibles, aromatiques, grimpantes, fixatrices d’azote, etc… qui se complètent et s’entraident mutuellement comme dans un véritable écosystème naturel. Autrement dit, plus question de cultiver de l’herbe sous les arbres de mon verger!  Place à la diversité et à la densification végétale, place aux fraisiers, aux consoudes et aux alchémilles en couvre-sol, à la vigne qui grimpe à l’assaut des troncs, aux petits fruits que l’on glane avant les pommes et aux framboises qui clôturent la saison.

L’image fait rêver. En pratique, la réalisation relève quand même un peu de la prise de tête et mobilise pas mal de temps et d’énergie. On s’y est attelé en 2016 déjà, en plantant en ligne sur un bout de prairie une série de jeunes arbres « en fuseau », encadré de plantes vivaces et de fixateurs d’azote, en suivant les conseils de Stefan Sobkowiak. L’idée est maintenant de diversifier la végétation sous et en périphérie de nos vieux arbres : c’est plus compliqué que lorsque toutes les strates sont plantées en même temps et croissent en bonne harmonie, mais a priori pas du tout insurmontable . J’ai donc jeté mon dévolu sur un vieux pommier « rainette » pour tenter l’expérience.

En théorie, il faudrait commencer par dessiner et positionner sur le papier les formes et les végétaux que l’on souhaite installer, en réfléchissant à l’étagement des végétaux, aux exigences en lumière et humidité de chacun et aux aspects pratiques de la récolte. J’ai sauté cette étape. Peu à l’aise avec le dessin, je préfère travailler directement en 3D et j’ai préféré délimiter directement avec des bouts de troncs morts les cheminements et les zones à étoffer. Mes poules et des vieux cartons m’ont aidée à préparer le terrain durant tout l’hiver, tandis que j’épluchais des catalogues de vivaces, consultais les guildes de fruitiers proposées par permaculture design,  préparais des boutures et commandais des plantes.

L’installation des cassis, groseillers, cornouillers mâle et kouza, fuschias, menthes, chalef, griottier, fougères…   s’est échelonnée au fil des derniers mois au fil des arrivages et des opportunités. Il reste encore pas mal de trous à boucher, notamment en couvre sol et strate herbacée, mais comme dans quelques jours, je pars en reportage dans la pépinière permacole atmosvert, il y a fort à parier que je ne rentrerai pas bedrouille. En attendant, je me suis quand même décidée à faire le plan de mes plantations et de vous l’offrir en primeur.  Car il faut bien admettre qu’en cette saison, n’importe quel dessin est bien plus lisible que des photos prises dans la grisaille…

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Antoine Lavorel