Faut-il remballer les cartons?
Faut-il remballer les cartons?

Depuis que je me passionne pour la permaculture, je recycle pas mal de vieux cartons au jardin. J’en récupère même régulièrement à la déchetterie, mine intarissable d’emballages d’écrans géants et de meubles en kit. J’en étale sur les chemins du potager, j’en drape le pied des nouvelles plantations, afin de freiner la concurrence et maintenir une certaine humidité, puis je les cache sous des feuilles mortes, du BRF ou de la paille, car question esthétique, ce n’est pas vraiment une réussite. Les grands cartons ondulés servent aussi de « planche à crottes »  sous le perchoir du poulailler, avant d’aller fertiliser le jardin.

Bref, le carton c’est très pratique pour couvrir de grandes surfaces, ça apporte de la matière carbonée et ça se dégrade complètement. Mais n’empêche. Je ne suis jamais complètement sereine en les utilisant, car les cartons contiennent inévitablement des résidus d’encres et de colle pas forcément recommandables. Dans les guides de jardinage, les conseils d’experts divergent. C’est oui, non ou ni-oui ni-non. J’ai donc décidé de mener ma propre enquête, dont vous pouvez découvrir le résultat dans cet article du jeudi 24 janvier.

En résumé, il est très difficile d’obtenir des informations précises sur les procédés de fabrication, encres et adjuvants de la part de l’industrie du carton. Mais a priori, toutes les encres utilisées seraient conformes aux directives de l’EuPia, association européenne des industries de l’impression, qui a dressé une liste de molécules à exclure des emballages alimentaires. Pour les colles, on n’en apprendra guère plus que ce que nous dit l’Association Recylage Papier + carton, à savoir qu’elles sont souvent d’origine végétale ou animale, mais peuvent aussi être vinyliques (colle blanche) ou à base de résine synthétique. Du côté des scientifiques, on n’exclut pas la toxicité éventuelle de certaines molécules, mais on relativise. Gaëtan Morard, spécialiste du sol et permaculteur, fait entièrement confiance aux micro-organismes présents dans un sol vivant pour se débarrasser des toxines, et plaide pour les circuits courts quand il s’agit de recycler nos déchets. Et selon Nathalie Chèvre, écotoxicologue à l’uni de Lausanne, il n’existe pas de solution idéale car les polluants sont partout et chacun de nos choix a un impact sur l’environnement: «Il faut prendre du recul et chercher ce qu’il y a de moins pire. Dans ce contexte, le carton au jardin ne m’inquiète pas outre mesure»

Me voilà un peu rassurée. Et vous?

 

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens, Antoine lavorel