Et si on sortait les champignons du bois?

Et si on sortait les champignons du bois?
Et si on sortait les champignons du bois?

Cultiver des champignons dans son jardin? C’est possible! C’est en tous cas ce que nous promet Paco Dutoit, cofondateur de l’association champibûches et grand amoureux des pleurotes, shiitakés et autres fumets des sous-bois.  Ce samedi, Paco a débarqué dans notre jardin une jolie pile de bûches, une boîte de mycélium et tout l’attirail nécessaire pour satisfaire la curiosité d’une dizaine d’amateurs de champignons,  inscrits à un atelier proposé par la maison Nature. Objectif: apprendre à cultiver des pleurotes dans une botte de paille, une bûche de frêne ou dans du marc de café.

On a donc commencé par la botte de paille, bio comme il se doit, que j’avais copieusement arrosée la veille dans une brouette. Nous l’avons fait basculer à l’ombre d’une haie, mais sur un lieu de passage pour ne pas rater les premiers champignons. Une fois en place, Paco et un assistant l’ont percée de deux rangées de trous avec un bâton, jusqu’à peu près au milieu de son épaisseur. Après s’être désinfecté les mains avec de l’alcool, pour neutraliser d’éventuels spores indésirables, notre professeur a inséré une petite boule de mycélium de pleurotes élevées sur grains de seigle dans chacun des trous. Resserrer la paille, arroser et le tour est joué. Enfin pas tout à fait: on a encore emballé la botte dans une toile respirante pour la garder humide. Je l’ôterai dans un mois et si tout se passe bien (càd s’il pleut un peu d’ici là), on mangera des pleurotes en juillet!

A peine plus compliqué: la culture sur bûche de bois. A l’aide d’une mèche à bois (12 mm), chacun a eu l’occasion de percer une vingtaine de trous dans une bûche de frêne, coupée il y a moins de deux mois. Ce détail a son importance car il ne faut pas que le bois soit trop vieux, au risque d’être déjà habité par d’autres champignons, et qu’il soit encore humide. On prélève ensuite le mycélium de pleurote à l’aide d’un piston inoculateur, et on en remplit les trous, que l’on bouche en surface avec de la cire pour éviter l’entrée d’autres germes. La bûche doit ensuite être emballée dans un plastique troué, et placée au jardin, dans un endroit à la fois ombragé, chaud et humide. On laisse incuber pendant 4 à 6 mois et on déballe le tout à la fin de l’été. Il faut encore faire tremper la bûche pendant 24 heures, puis la planter dans le sol. En principe, les pleurotes apparaîtront dans le courant de l’automne. Je dis bien en principe, car un automne particulièrement sec peu sérieusement contrecarrer vos plans. C’est ce qui m’est arrivé avec mes bûches inoculées l’an passé: j’attends toujours mes premières platées de champignons, mais j’ai bon espoir car les bûches sont feutrées de  mycélium…

Troisième substrat: un mélange de paille et de marc de café. Cette fois ça prend nettement moins de place et c’est à la portée de chacun, car il n’y a même pas besoin d’un jardin! La recette est simple: mélanger une part de paille hachée avec une part de marc de café stérilisé (à l’eau bouillante). Bourrer avec ce mélange le fond d’une bouteille plastique coupée en deux,  déposer une boulette de mycélium de pleurotes et rajouter le mélange paille marc jusqu’en haut de la bouteille. Faites quelques petits trous et placer la bouteille au fond de l’armoire de la salle de bain. Dans environ un mois, quand le mycélium aura colonisé toute la bouteille, agrandir un des trous et poser la bouteille bien en vue dans la cuisine. Puis attendre que les champignons jaillissent!

Bien sûr, on a encore appris plein d’autres choses lors de cette magnifique journée, comme par exemple comment élever son propre mycélium sur un bout de carton. Mais pour en savoir plus, le mieux est de participer à un des ateliers de champibûches ou de rencontrer Paco Dutoit sur l’un des prochains marchés qu’il anime, à Aigle et à Lausanne

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens, Paco Dutoit