Avalanche de fruits 2018

Avalanche de fruits 2018
Avalanche de fruits 2018

Si ma mémoire est bonne, on n’a jamais eu autant de fruits au jardin! A croire que tous les arbres se sont donnés le mot pour épater la galerie.  Même ceux qui n’avaient jamais rien donné sont sortis de leur torpeur. Des plus jeunes au plus vieux, ils ont les bras qui pendent lourdement sous la charge des prunes, pommes, poires ou mirabelles juteuses et ensoleillées. Il a fallu étayer mais cela n’a pas toujours suffit, car les branches les plus chargées ne font pas le poids face aux rafales. Le pêcher a une cassure, le mirabellier une déchirure.  Mais pas de souci, ils panseront leurs cicatrices. Si j’en crois l’écho des campagnes, c’est le même scénario du Jura au fin fond des Alpes, avec plusieurs semaines d’avance sur la saison. L’avalanche de fruits a déferlé partout. C’est la fameuse abondance dont rêvent les permaculteurs, sauf que le jardinier n’y est pour rien. Il doit plutôt remercier le ciel, la terre et les pollinisateurs qui, malgré tous leurs ennuis, ont fait des miracles dans les vergers.

Autant dire qu’on ne chôme pas. Le séchoir solaire ne désemplit pas (plus d’infos). Tout y passe, même les mouches les plus téméraires. On a sorti le grand pressoir, on fait du jus, des compotes, des gâteaux, des confitures. On charge les claies, on dénoyaute à tour de bras jusque tard dans la nuit. On se remplit la panse à chaque descente au jardin car c’est trop bon même si on n’a plus faim. Mais j’en connais qui soupirent, se lamentent. Accablés par  le poids de cette manne tombée du ciel. Dépités de ne pas réussir à tout cueillir et engranger. Mais il faut partager que diable! Appeler les amis et les voisins à la rescousse, distribuer le surplus, encourager la maraude, ouvrir les portes de son  jardin (lire l’encadré). Ça ne coûte rien et ça fait des heureux et des sourires entre les branches. Et tant mieux s’il en reste trois fois autant au sol et dans les cimes. Ce ne sera pas perdu pour les oiseaux, les insectes et les champignons. Dans un jardin de cocagne, chacun a droit à sa part du gâteau.

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens

Local, gratuit et social

Dans les campagnes, on voit souvent des vergers délaissés mais ruisselants de fruits que personne ne cueille ou n’ose cueillir. Si vous êtes l’heureux propriétaire de tels arbres fruitiers, que vous êtes dépassé ou pas du tout intéressé par leur générosité, sachez qu’il existe des associations à vocation sociale,  telle la Bourse aux Fruits,  à Chavornay (VD), qui viennent volontiers cueillir ou ramasser les fruits pour en faire des merveilles. Des initiatives similaires se développent également en ville. Comme à Neuchâtel où une habitante, Perihan Incegoz, a lancé il y a deux ans le projet « Les fruits en cavale ». L’idée est simple et efficace: on vient cueillir vos fruits, on vous en offre une partie et on partage le reste entre nous et avec ceux qui en ont besoin. Une belle façon de s’approvisionner localement et qui ne coûte que le temps heureux de la cueillette.