Au secours! J’ai trop d’abeilles!

Au secours! J’ai trop d’abeilles!
Au secours! J’ai trop d’abeilles!

J’ai huit ruches au jardin. J’en avais quatre au printemps passé. La magie de l’essaimage et la bonne santé de mes abeilles ont démultiplié mes colonies. Je devrais m’en réjouir mais depuis quelques temps je suis en proie à une grande perplexité. Car les abeilles, c’est top si on veut du miel, mais contrairement à ce qu’on a pu nous  faire croire, c’est beaucoup moins bien pour  la biodiversité!

Les spécialistes des abeilles sauvages sont unanimes:  les abeilles domestiques représentent une véritable concurrence pour les abeilles sauvages en ce qui concerne les ressources alimentaires, au point même de provoquer le déclin des pollinisateurs sauvages à proximité des ruchers. Les études et les enquêtes se multiplient en ville et dans les campagnes . Vous avez pu en lire les résultats dans Terre & Nature, et plus récemment dans Le Temps et  Sciences.  Si on veut bien admettre que l’abeille mellifère est devenue un animal d’élevage au même titre que les poules et les cochons, on comprend facilement que poser des ruches qui contiennent chacune entre 30 et 50 000 abeilles au plus fort de la saison a forcément un impact sur les alentours. Même si les butineuses privilégient les sources de nectar abondantes comme le colza ou le tournesol, elles raflent aussi une grande partie du pollen et du nectar disponible jusqu’à environ 3 km du rucher. Les abeilles sauvages, qui elles ne se déplacent que de quelques centaines de mètres, ne font pas le poids: les espèces spécialisées sur quelques familles de plantes seulement sont les plus vulnérables, car elles n’ont rapidement plus rien à se mettre sous la langue. Bien sûr, les abeilles domestiques ne sont pas les seules responsables de cette situation, car pendant des millénaires on a pu faire de l’apiculture sans  mettre en danger les pollinisateurs sauvages.  Mais aujourd’hui cette concurrence est plus difficile à supporter dans des campagnes où les fleurs sauvages se font rares, où les habitats naturels sont détruits et où les pesticides sont omniprésents.

Et l’importante des abeilles domestiques pour la pollinisation me direz-vous? Là aussi on l’a surestimée (voir synthèse du FIBL) . Il existe en effet des centaines d’espèces d’abeilles sauvages (près de 600 rien qu’en Suisse) et bien d’autres pollinisateurs (syrphes, coléoptères, papillons, …)  qui sont souvent plus efficaces pour polliniser tant les fleurs sauvages que cultivées et qui sont bien plus menacés de disparition. Ces espèces sont souvent moins sensibles aux mauvaises conditions météo, et  contrairement aux abeilles domestiques, elles transportent généralement le pollen sur leur corps, sans l’agglutiner en pelotes compactes, et le lâchent donc plus facilement sur les fleurs qu’elles visitent. Il semble aujourd’hui admis que les abeilles domestiques peuvent compléter l’activité pollinisatrice des butineurs sauvages, mais pas la remplacer. Sauf bien sûr dans les zones sinistrées d’agriculture hyper intensive, où il n’y a plus de fleurs ni d’abeilles  sauvages mais où les abeilles domestiques sont elles aussi en danger.

Vous l’aurez compris, la question n’est pas simple. Et le sujet hyper sensible, car l’abeille domestique bénéficie d’un tel capital de sympathie et de solidarité que tout le monde aimerait avoir une ruche dans son jardin. Je jette un pavé dans la mare mais je m’éclabousse en même temps. J’aime mes abeilles, pourtant ma décision est prise: dès ce printemps, je réduis drastiquement le nombre de mes colonies. Et je continue à semer des fleurs tout partout.

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens

Coup de pouce aux abeilles

Voici quelques sites qui permettent d’en savoir plus sur « les abeilles » et qui donnent des conseils pour leur venir en aide, toutes espèces confondues.

  • www.avenirabeilles.ch: une plateforme récente et très complète soutenue par le Fond Engagement Migros
  • www.oabeilles.net : En France, l’Observatoire des abeilles éudie les espèces sauvages, réalise des inventaires, informe et contribue à la protection des abeilles et de leur habitat.
  •  www.insectes.org. : l’Office pour les insectes et leur environnement OPIE a participé au plan national d’action « France terre de pollinisateurs »
  •  www.florabeilles.org : une plateforme proposée par l’INRA d’Avignon visant à informer sur les abeilles sauvages et les fleurs qu’elles butinent