Aspirant microfermier: comment passer du rêve à la réalité?
Aspirant microfermier: comment passer du rêve à la réalité?

Certains disposent de 2000 m², d’autres en ont obtenu 8000. Les mieux lotis cultivent déjà une dizaine d’hectares. Et il y a bien sûr ceux qui n’ont encore rien mais qui y travaillent. Tout ces paysans en devenir, ou installés récemment, se sont retrouvés lundi dernier sur le domaine de l’école d’agriculture de Marcelin, à Morges. Une quarantaine de personnes, issue de toute la Suisse romande, des jeunes beaucoup, des moins jeunes aussi, et pour les 3/4 des non-agriculteurs, ont ainsi répondu à l’appel de l’institut de recherche de l’agriculture biologique (FIBL) et de la direction générale de l’agriculture, la viticulture du canton de Vaud  (DGAV) qui organisaient les premières rencontres du Groupe d’intérêt microferme & permaculture . «Depuis quelques temps, nous recevons beaucoup d’appels de la part de personnes qui souhaitent s’installer et développer des projets d’agriculture innovante sur de petites surfaces, tel que nous en faisons la démonstration dans le biodiverger et le perma-jardin de Marcelin. Comme il est difficile de leur apporter toutes les réponses, on a préféré créer un réseau pour que les porteurs de projet puissent se rencontrer, s’entraider et partager plus facilement leurs expériences » explique Hélène Bougouin, collaboratrice au FIBL.

Car des questions il y en a. Et beaucoup de problèmes à résoudre. Sur le mode participatif, des groupes de discussion se sont rapidement formés pour aborder des thématiques aussi diverses que la transition vers la permaculture, l’acquisition de terres, le maraîchage sans travail du sol, la gestion humaine ou encore les besoins et les ressources pour démarrer. Quel embarras du choix! J’aurais aimé glisser mes oreilles partout mais me suis décidée à rejoindre le débat sur les difficultés d’accès à la terre, premier écueil de l’aspirant. Autour de la table: de jeunes gens sans terre cherchant désespérément à acheter ou louer deux ou 3 hectares mais « c’est impossible car ceux qui en ont déjà beaucoup ont toujours la priorité et ne cessent de s’agrandir, ou bien alors les vieux paysans préfèreront céder du terrain à leur pire ennemi qu’à des nouveaux venus qui ne sont pas de leur monde, même s’ils ont un CFC agricole», et à l’inverse un paysan vaudois qui aimerait bien mettre à disposition une partie de ses terres, mais qui ne le peut pas car légalement, il n’en a pas le droit. Autrement dit: le serpent qui se mord la queue, fruit d’une politique agricole incohérente qui favorise l’agriculture intensive et les grands domaines, tout en affichant sa volonté de maintenir une agriculture familiale, locale et durable. Pour aider les porteurs de projet,  le FIBL planche actuellement sur un guide à l’installation des microfermes et espère aussi créer une plateforme virtuelle visant à mettre en contact ceux qui cherchent des terres avec ceux qui en proposent.

Les discussions se sont poursuivies autour d’un copieux buffet proposé entre les cultures de la micro-ferme exemplaire de Marcelin. Et là encore les témoignages convergent: passer du rêve d’agriculture alternative à la réalité du terrain ressemble sérieusement au parcours du combattant. Mais qu’à cela ne tienne: visiblement, les participants à ces premières rencontres, motivés et enthousiastes, ne se laisseront pas abattre si facilement.

 

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens

Un réseau prometteur

Piloté par le FIBL dans le cadre de ses activités pour la DGAV,  le groupe d’intérêt « Microferme & permaculture »  est ouvert sans restriction à toutes les personnes souhaitant développer ou ayant développé une activité professionnelle autour des microfermes et/ou de la permaculture. Il a pour objectif de créer un réseau, susciter des rencontres et soutenir l’enthousiasme suscité par l’agriculture alternative de proximité et la permaculture à l’échelle professionnelle . En savoir plus