1er avril, j’ai des patates!
1er avril, j’ai des patates!

Enfin presque. Ce n’est pas encore gagné mais cela s’annonce bien: les plus beaux plants dépassent déjà 50 cm et leur feuillage pète la santé. Bien sûr, j’ai la chance d’avoir une serre, mais n’empêche qu’elle n’est pas chauffée et que nous sommes à 680 mètres d’altitude. L’idée de planter des patates le 9 février, alors qu’il y avait encore une jolie couche de neige au jardin, n’était pas du tout planifiée. Elle m’est venue alors que je venais de rehausser ma « lasagne » après avoir consommer les derniers légumes asiatiques du mois de janvier. Pour rappel, à défaut d’avoir plusieurs mètres cubes de terre végétale à disposition, je remplis depuis trois ans le grand bac de culture avec ce que j’ai sous la main: bois mort, paille, BRF (bois raméal fragmenté), fanes de légumes,  terre de taupinière,…  Et comme le niveau du substrat baisse avec la décomposition de la matière organique, il faut chaque hiver en rajouter un peu.

En janvier, j’ai donc commencé par retirer jusqu’à la couche de branches mortes l’humus formé l’an passé, puis j’ai rajouté de bas en haut du bois bien pourri, du broyat de nos haies fraîchement taillées, des feuilles mortes et du fumier de poules tout juste sorti du poulailler. J’ai ensuite remis l’humus en réserve et couronné le tout d’une nouvelle couche de feuilles mortes. C’est alors que j’ai pensé aux patates car elles n’ont pas leur pareil pour préparer le terrain aux nouvelles cultures, aiment pousser dans la paille et sont gourmandes en azote. Elles feraient ainsi un lien idéal avant la plantation des tomates et des poivrons. Seul bémol: elles ne supportent pas le moindre gel, ce qui rend l’entreprise périlleuse à notre altitude. La chaleur qui régnait dans la serre,  par le haut grâce au soleil, et par le bas grâce à la fermentation du fumier m’a convaincue de courir le risque, mais j’ai aussi pris quelques précautions, en couvrant le bac de couches amovibles en polycarbonate.

Le feuillage est apparu rapidement et j’ai suivi sa croissance de près en relevant le matin et en rabaissant le soir la double couche isolante. Et ce jusqu’en mars où ma garde a baissé tandis qu’augmentait la douceur nocturne. Puis il y a eu le 11 mars. Un coup de froid était annoncé, mais mon cher et tendre m’avait rassuré et dissuadé de calfeutrer mes protégées, arguant qu’il ne gèlerait pas dans la serre. C’était sans compter sur une brutale apparition des étoiles pendant la nuit. Au réveil, les tiges des pommes de terre avaient une allure cristalline et au dégel, les feuilles ont commencé à s’affaisser lamentablement.  Coup de déprime et scène de ménage, mais à y regarder de plus près, l’espoir était de mise car le gel très superficiel. J’ai taillé les feuilles flétries et les plants sont repartis de plus belle. Ce qui m’épate le plus, c’est qu’il n’y a aucun signe de maladie, alors que dans tous les bouquins, on lit qu’il ne faut jamais utiliser du fumier de poules à l’état frais, ni l’enterrer, car il serait beaucoup trop riche pour les cultures.

A côté des patates, j’ai aussi des radis et des salades magnifiques. Et des champignons du compost (volvaires) qui pointent leur chapeau.  Contre les vitres de la serre, des mouches à fumier volètent en compagnie des cétoines grises, preuve que la digestion de la matière se passe bien. Et nouvelle surprise ce week-end, une énorme araignée-loup postée sur une feuille de pomme de terre se délectait d’une chenille de noctuelle.  Reste encore à savoir si les pommes de terre n’auront pas trop chaud d’ici la mi-mai, si les tubercules se développeront correctement, si… Franchement, je n’aurais jamais cru que cultiver des patates pouvait être si passionnant.

 

Texte(s): Aino Adriaens
Photo(s): Aino Adriaens