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L’orchidée sauvage et sa pâle copie domestiquée
L’orchidée sauvage et sa pâle copie domestiquée

Samedi 18 mai, 10 heures 30. Gravissant le petit coteau de Chancy, j’ai l’impression d’être sur une île sauvage qui émerge d’un océan de colza et de blé. Je déambule tranquillement dans le pré sec en faisant très attention à l’endroit où je pose mes pieds. Le ciel est gris, le temps incertain, mais il ne pleut pas. L’air est frais, humide et procure une sensation merveilleuse de bien-être. Après une minutieuse recherche, je découvre enfin quelques pieds d’ophrys araignées que je suis venu dessiner.

Ils sont si discrets et si peu nombreux cette année que j’ai bien failli passer à côté!

Agenouillé devant la petite fleur, je détaille avec émerveillement sa structure. Comme toutes les orchidées, un de ses pétales, le label, s’est développé de manière exubérante. Chez elle, une sorte de petit dé creux renversé de la taille d’un ongle, à l’aspect de velours brun foncé sur lequel se dessine un motif bleuté et lisse qui peut faire penser à une araignée, d’où son nom.

Quelques heures plus tard, je suis de retour en ville. Je file au supermarché afin d’acheter en vitesse quelques produits manquants pour le week-end. A une heure de la fermeture, il y a un monde fou et du lieu se dégage un brouhaha qui donne l’impression d’être au salon de l’auto… Je trouve rapidement ce qu’il me faut et attends mon tour pour payer à la caisse, dans le cliquetis des chariots et les «bips» des articles scannés par les caissières.

En passant devant le coin fleurs et ses odeurs enivrantes, mon regard est attiré par une grosse orchidée blanche coincée dans un pot minuscule, que semble regarder fixement un vilain flamant rose en plastique! Je me hâte vers la sortie quand je tombe sur un terrarium. Je n’avais pas remarqué, en arrivant, la petite exposition dédiée aux araignées dans le hall que je traverse à présent.

Je m’approche de la vitrine où sont exposés un crâne de vache et quelques cactus. Posée sur une litière de copeaux, une mygale géante du Brésil me fait de l’œil. L’orchidée et l’araignée. Le coteau de Chancy et le centre commercial des Charmilles. Quelques heures plus tôt, j’admirais une espèce sauvage, que j’ai mis de longues minutes à trouver. Je fuis maintenant son imitation domestiquée, trop voyante, presque vulgaire, sans aucun intérêt. Ou quand la représentation de la nature vire à la caricature… ou au cauchemar!

 

Texte(s): Pierre Baumgart
Photo(s): Pierre Baumgart

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