L’ombre d’une rivière
L’ombre d’une rivière

Excepté quelques pêcheurs, peu de gens observent les poissons…

Le rapport que nous entretenons avec ces magnifiques animaux n’est généralement que d’ordre culinaire. Ainsi la truite, la perche, l’omble ou la fera nous sont familiers. Le mot quenelle vient très vite à l’esprit, quand on évoque le brochet. Mais qui connaît le spirlin, le chabot ou le chevaine?

L’ombre de rivière, souvent confondu avec l’omble, n’est pas mieux loti puisqu’il n’est pas commercialisé. Seuls les pêcheurs connaissent le goût de thym de sa chair (qui lui a d’ailleurs valu son nom latin de thymalus).

Ce magnifique poisson devient rare et les grands rassemblements de géniteurs sur les frayères au printemps ne sont plus qu’un souvenir pour quelques nostalgiques

Depuis plusieurs années je guette en vain, depuis les berges de plusieurs splendides rivières, dans l’espoir d’une observation. Trop d’eau pour la visibilité, pas au bon endroit, pas au bon moment ou simplement plus de poissons sur le site. Cette année, grâce à la rencontre fortuite de Didier, un garde-pêche valaisan, je vais réaliser un vieux rêve. Rendez-vous est pris le  samedi matin dans un café de la plaine.

Après avoir roulé un moment, nous garons le véhicule près d’un petit pont. Ma vision romantique d’une observation d’ombre dans une rivière sauvage aux berges naturelles en prend un sacré coup! La petite rivière canalisée, flanquée de routes bétonnées, coule au pied de talus herbeux, dans une plaine exploitée à outrance. A l’horizon, des petits arbres fruitiers à peine en fleurs sont alignés comme des poteaux, entre des serres, des champs rectilignes et quelques cabanons.

Et pourtant ils sont là! Nous repérons plusieurs poissons de belles tailles qui filent à notre approche. Je m’installe au bord de la route, jumelles sur trépied et attends patiemment que les ombres reviennent occuper leur poste. Une belle femelle se tient maintenant dans le courant, sans effort apparent. Dans son sillage, un mâle semble aimanté.

De temps en temps dans une élégante ondulation latérale, elle déploie sa magnifique nageoire dorsale aux teintes violacées et se replace dans le courant.

Les reflets sur l’eau et les plis de la rivière déforment un peu sa silhouette fusiforme et sous son corps, cassée par les aspérités du lit de la rivière, son ombre…

Texte(s): Pierre Baumgart
Photo(s): Pierre Baumgart

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